2 juin 2026

La recette envolée

 La recette envolée

Au début des années 1980, le président de la Confédération brésilienne de l'automobile, que nous appellerons simplement Monsieur « L », se retrouve au cœur d'une affaire pour le moins embarrassante.

Il faut dire que l'homme n'en est pas à sa première controverse. Quelques années auparavant, il avait déjà connu des démêlés avec la justice de son pays et même un séjour en prison après avoir été impliqué dans une affaire de vente de terrains dont il n'était pas propriétaire.

Malgré ce passé agité, il demeure l'une des personnalités importantes du sport automobile brésilien.

Un jour, il s'apprête à quitter Rio de Janeiro pour rejoindre Londres. Dans une main, sa valise de voyage. Dans l'autre, une mallette beaucoup plus précieuse.

À l'intérieur se trouvent 300 000 dollars.

Cet argent correspond au solde restant des recettes du Grand Prix du Brésil 1981, somme destinée aux plus hautes instances du sport automobile international.

Mais l'histoire prend rapidement une tournure inattendue.

Selon les déclarations de Monsieur « L », il n'a même pas eu le temps d'arriver à l'aéroport que des inconnus lui dérobent la mallette et son contenu.

Les 300 000 dollars se seraient ainsi volatilisés dans la nature.

Cette explication ne convainc pas tout le monde.

Du côté des autorités sportives, la réaction est immédiate. Les responsables exigent que la totalité de la somme soit versée malgré la disparition de l'argent. Pour eux, peu importe les circonstances : le montant dû doit être réglé.

Face à cette pression, la Confédération brésilienne est contrainte de combler le manque et de verser les 300 000 dollars réclamés.

L'affaire a des conséquences importantes. Monsieur « L » doit abandonner la présidence de la fédération.

Quant aux fonds disparus, ils seront finalement remboursés par l'intéressé, mais en monnaie brésilienne, les fameux cruzeiros. Entre les fluctuations monétaires et l'inflation de l'époque, l'opération ne lui sera guère défavorable.

L'argent avait disparu une première fois dans une mystérieuse mallette. Il réapparaîtra finalement sous une autre forme, laissant derrière lui plus de questions que de réponses.

RINDT réflexion


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Jochen Rindt

Une « occasion » à ne pas manquer

Jochen Rindt n'avait pas son pareil pour faire passer un message.

À la fin des années 1960, Colin Chapman développe une nouvelle Lotus à quatre roues motrices. Convaincu que cette technologie représente l'avenir de la Formule 1, le patron de Lotus souhaite que ses pilotes participent activement au programme d'essais.

Rindt, lui, n'y croit absolument pas.


Plutôt que de multiplier les discussions techniques, l'Autrichien choisit une méthode beaucoup plus directe. Dans un garage voisin, il récupère un petit panneau publicitaire portant l'inscription : « Occasion à saisir ».

Il place ensuite l'écriteau sur la Lotus expérimentale.

Le message est limpide : selon lui, cette voiture n'a aucun avenir et mérite davantage sa place dans une petite annonce que sur un circuit de Grand Prix.

Une démonstration d'humour aussi mordante qu'efficace, parfaitement dans le style de Rindt.


Talentueux et parfaitement conscient de l'être

Jochen Rindt possédait une confiance en lui peu commune.

Un jour, évoquant ses débuts en compétition, il résume sa situation avec une ironie caractéristique :

« Manifestement, j'ai du talent. Il n'est donc pas très juste que je continue à empêcher les amateurs de gagner quelques trophées. Il va falloir que j'organise ma vie en conséquence. »

Derrière la plaisanterie se cachait une réalité. Rindt savait parfaitement qu'il disposait d'un don exceptionnel pour le pilotage.

À sa majorité, il hérite de la fortune familiale. Son père, industriel prospère dans le secteur de la transformation et du broyage des épices, lui laisse des moyens financiers confortables.

Contrairement à de nombreux pilotes de l'époque, contraints de rechercher des soutiens ou de financer difficilement leur carrière, Rindt peut investir librement dans sa passion.

Cette indépendance lui permet de se consacrer entièrement à la compétition et d'accélérer son ascension vers les sommets du sport automobile.

À la fois brillant, provocateur et souvent lucide sur lui-même, Jochen Rindt restera l'une des personnalités les plus singulières de son époque, un pilote dont le talent était aussi éclatant que le caractère.

1 juin 2026

FILA FILE

Fila, Parmalat et le sens des affaires de Bernie Ecclestone

Au début de la saison 1983, une importante conférence de presse est organisée pour dévoiler la nouvelle Brabham de Formule 1. Une soixantaine de journalistes venus du monde entier sont présents pour découvrir la monoplace qui défendra les couleurs de l'écurie durant le championnat.

La veille de la présentation, tout semble parfaitement en ordre.

Le président de Fila, partenaire de l'équipe, constate avec satisfaction que les Brabham arborent bien les couleurs et les logos prévus dans les accords conclus avec l'écurie. Rien ne laisse présager le moindre changement.

Mais quelques heures avant le dévoilement officiel, coup de théâtre.

Lorsque les bâches sont retirées devant les photographes et les journalistes, le dirigeant de Fila découvre avec stupéfaction que sa marque a pratiquement disparu de la carrosserie. Les emplacements les plus visibles sont désormais occupés par Parmalat, nouveau partenaire majeur de l'équipe.

L'opération a été menée dans la plus grande discrétion.

Au final, Fila ne conserve qu'une présence symbolique : trois autocollants d'environ vingt-cinq centimètres. L'un est placé sur le nez de la voiture, tandis que les deux autres prennent place sur les côtés de l'aileron arrière.

Une visibilité bien éloignée de celle qui avait été envisagée initialement.

L'histoire devient encore plus surprenante lorsque le montant du contrat est révélé. Pour ces trois modestes emplacements publicitaires, Fila aurait déboursé près de 5,5 millions de dollars.

Cette anecdote illustre parfaitement les méthodes du paddock de l'époque, où les négociations commerciales pouvaient être aussi redoutables que les batailles en piste. Elle témoigne également de l'évolution rapide de la Formule 1 des années 1980, devenue un univers où le marketing et les commanditaires commençaient à peser presque autant que la technique et le pilotage.

Dans ce domaine, certains dirigeants possédaient un talent aussi impressionnant pour attirer les sponsors que leurs pilotes pour gagner des courses.

GORDINI destin

Les difficultés de Gordini : pourquoi un tel destin ?

Pour commencer par une anecdote, Amédée Gordini était réputé pour sa simplicité, sa disponibilité et sa grande gentillesse. Pourtant, ceux qui avaient l'occasion de jouer aux cartes avec lui racontaient une tout autre histoire : autour d'une table de jeu, il devenait un redoutable tricheur.

Mais la véritable question demeure : pourquoi Gordini n'a-t-il jamais bénéficié d'un soutien financier important de l'État ou de l'industrie française ?

Un constructeur trop isolé

Au fil des années, plusieurs tentatives furent menées afin de commercialiser les moteurs conçus par Gordini.

La Ford Comète reçut notamment une version équipée d'un moteur V6 Gordini. Des discussions furent également engagées avec le constructeur britannique AC. Cependant, ces projets ne débouchèrent sur aucune collaboration durable. Souvent, les équipes techniques ou les responsables industriels se montraient réticents à travailler avec une structure aussi atypique.

Les véritables réussites commerciales viendront finalement des préparations réalisées pour Renault, notamment sur les Dauphine Gordini, les R8 Gordini puis les R12 Gordini, qui feront connaître son nom auprès du grand public.

Un changement d'époque

La disparition progressive de l'écurie Gordini correspond également à une profonde transformation du sport automobile.

À partir de la fin des années 1950 et surtout durant les années 1960, les budgets explosent. La compétition cesse peu à peu d'être l'affaire d'artisans passionnés pour devenir un domaine dominé par les grands constructeurs et les financements industriels.

Ni Peugeot ni Citroën ne souhaitent soutenir l'entreprise de Gordini. Quant à Renault, son implication reste limitée pendant de nombreuses années.

Face à cette évolution, une petite structure indépendante ne peut plus rivaliser.

Gordini tente pourtant d'être présent partout à la fois : en Formule 1, en Formule 2, en endurance et dans les catégories sport de 1000 à 3000 cm³. Son atelier développe simultanément plusieurs moteurs et plusieurs châssis différents.

Une ambition admirable, mais sans doute déraisonnable au regard de ses moyens.

Le passionné avant l'entrepreneur

Amédée Gordini raisonne avant tout comme un homme de course.

Pour lui, l'essentiel est d'être au départ, même lorsque les finances sont au plus bas. Les moteurs sont exploités jusqu'à leurs dernières limites, les pièces sont réutilisées autant que possible et les équipes travaillent souvent dans l'urgence.

Cette philosophie permet quelques exploits mémorables, mais elle fragilise durablement l'entreprise.

Là où un chef d'entreprise aurait réduit ses engagements pour préserver ses finances, Gordini choisit presque toujours la solution la plus passionnée plutôt que la plus raisonnable.

Son principal défaut n'est peut-être pas le manque de talent ou de moyens, mais une dispersion permanente de ses ressources.

L'esprit Gordini

Malgré les difficultés, l'aventure Gordini demeure l'une des plus belles pages du sport automobile français.

Autour d'Amédée gravite une équipe de mécaniciens, d'ingénieurs et de pilotes qui acceptent des conditions de travail souvent très difficiles. Les journées interminables, les nuits passées à l'atelier et les déplacements improvisés font partie du quotidien.

L'équipe sera d'ailleurs surnommée par certains concurrents « les clochards magnifiques » de la course automobile.

Le Mans 1949 : un premier coup dur

Aux 24 Heures du Mans 1949, Gordini engage pas moins de cinq voitures.

L'ambition est immense, mais la réalité beaucoup plus brutale. Les délais de préparation ne peuvent être respectés et aucune des voitures n'est prête à temps.

Les cinq engagements sont finalement déclarés forfait avant même le départ.

Un épisode révélateur des difficultés chroniques auxquelles l'équipe est confrontée.

1953 : la victoire des "clochards"

Quatre ans plus tard, l'écurie connaît pourtant l'un de ses plus beaux moments.

Au Tour de France Automobile 1953, Jean Behra s'impose au terme d'une performance remarquable.

Cette victoire symbolise parfaitement l'esprit Gordini : des moyens modestes, une équipe sous-estimée, mais une détermination capable de battre des adversaires bien mieux armés.

1955 : l'année du naufrage

En 1955, la situation financière devient critique.

Gordini travaille alors sur une ambitieuse voiture de sport à moteur trois litres. Malheureusement, les fonds manquent. Le projet reste bloqué à environ 70 % d'avancement et ne sera jamais achevé.

Comme si cela ne suffisait pas, survient la catastrophe des 24 Heures du Mans.

À la suite du drame, de nombreuses compétitions sont annulées ou suspendues. Pour une équipe comme Gordini, qui dépend largement des primes de départ et des engagements en course pour survivre, les conséquences sont dévastatrices.

Les rares ressources financières disparaissent brutalement.

Ce choc porte un coup presque fatal à une structure déjà extrêmement fragile.

AILERONS la démesure

Les ingénieurs disposaient d'une liberté presque totale et exploraient toutes les pistes possibles pour gagner quelques dixièmes de seconde. L'apparition des ailes aérodynamiques allait transformer radicalement le visage des monoplaces.

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À cette époque, tout semblait permis : moteurs V8, V12 ou même H16, voitures à quatre roues motrices, turbines expérimentales, monoplaces à six roues, radiateurs déplacés dans les endroits les plus improbables et recherches incessantes sur la répartition des masses.

Lotus, Matra, Tyrrell, BRM, Brabham, March ou Surtees pouvaient encore rêver de victoire. Les écarts étaient faibles, l'innovation permanente et chaque Grand Prix apportait son lot de surprises. Une décennie unique.

L'apparition des ailes hautes

Au Grand Prix d'Afrique du Sud 1969, l'évolution aérodynamique atteint un niveau spectaculaire.

Lotus engage ses trois vedettes : Jochen Rindt, Graham Hill et Mario Andretti. Leurs Lotus 49B sont équipées d'impressionnantes ailes montées directement sur les porte-moyeux arrière. Placées à près de deux mètres du sol, elles peuvent modifier leur incidence grâce à une commande actionnée par le pilote.

L'objectif est simple : augmenter l'appui dans les virages tout en réduisant la traînée dans les lignes droites.

Rob Walker, fidèle client de Lotus, engage quant à lui Jo Siffert avec un système similaire. Le Rhodésien John Love dispose même d'un dispositif automatique modifiant l'angle des ailes lors du passage du cinquième rapport.

Chez Matra, la MS80 adopte la même philosophie. McLaren préfère une approche plus prudente avec des déflecteurs à l'avant et une aile fixe à l'arrière. Brabham suit également la tendance.

Mais ces structures gigantesques présentent un défaut majeur : leurs supports sont extrêmement fins et insuffisamment dimensionnés pour résister aux contraintes aérodynamiques.

Sous l'effet de la vitesse, les montants se déforment. Les ailes vibrent, se plient et finissent parfois par rompre, provoquant une perte brutale d'adhérence.



Les premiers avertissements

Dès le Grand Prix d'Afrique du Sud, les problèmes apparaissent.

Sur la Brabham de Jack Brabham, une aile reste bloquée en position de fort appui, comme lors d'un freinage permanent. L'équipe doit démonter l'ensemble pour poursuivre la course.

Quelques tours plus tard, Jacky Ickx rencontre à son tour des difficultés similaires lorsque les ailes de sa Brabham cèdent.

Fait remarquable, seules les Brabham sont alors touchées par ces défaillances majeures.

Les incidents inquiètent, mais personne n'imagine encore l'ampleur du problème.

Montjuïc : le tournant

Quelques semaines plus tard, le Grand Prix d'Espagne se déroule dans le parc de Montjuïc, à Barcelone.

Le circuit a été modifié à la demande des pilotes afin d'améliorer la sécurité. Malgré cela, les vitesses dépassent désormais 270 km/h dans plusieurs portions du tracé.

Le huitième tour marque le début de la catastrophe.

Graham Hill quitte brutalement la piste. Sa Lotus est détruite. L'origine exacte de l'accident reste alors inconnue.

Onze tours plus tard, Jochen Rindt est victime d'un accident pratiquement identique. Sa voiture percute les rails de sécurité, glisse longuement avant de venir s'écraser contre l'épave de la Lotus de Hill.

Les deux monoplaces officielles sont anéanties.

Plus tard dans la course, Jacky Ickx est lui aussi victime d'une déformation progressive de son aileron avant. Fragilisée tour après tour, la structure finit par céder et provoque une nouvelle sortie de piste.

L'enquête révélera rapidement l'origine des accidents des Lotus. Colin Chapman avait augmenté la surface des ailes afin d'obtenir davantage d'appui aérodynamique. Les contraintes exercées sur les suspensions et les supports dépassaient leurs capacités de résistance.

Les ruptures mécaniques des fixations ont directement provoqué les sorties de route de Hill et Rindt.

La réaction des autorités

Le choc est considérable.

Au Grand Prix de Monaco suivant, Graham Hill, profondément marqué par les événements de Montjuïc, adopte désormais un casque intégral. Rindt, blessé lors de son accident, doit déclarer forfait.

La Commission Sportive Internationale intervient rapidement et exige des fixations beaucoup plus robustes.

Mais la situation devient confuse.

Entre la première et la deuxième séance d'essais, les autorités décident purement et simplement d'interdire les ailes mobiles. Cette décision remet en cause l'homologation même de l'épreuve.

Face au risque de voir le Grand Prix exclu du championnat du monde, la FIA revoit sa position. Les ailes sont finalement autorisées à condition d'être solidement fixées au châssis et intégrées à la carrosserie.

Les immenses structures montées directement sur les suspensions disparaissent alors définitivement.

Tous les temps réalisés lors de la première séance d'essais sont annulés et les équipes doivent revoir leurs voitures dans l'urgence.

L'ère des ailes géantes touche à sa fin.

Les derniers géants

Pourtant, l'idée ne disparaît jamais complètement.

Au début des années 1980, les spécialistes de la course de côte Marcel Tarrès et Marc Sourd poussent une nouvelle fois le concept à l'extrême.

Leurs voitures sont équipées d'ailerons arrière démesurés, solidement ancrés au châssis et culminant parfois à près de deux mètres de hauteur.

L'efficacité est réelle, mais les autorités sportives considèrent rapidement ces dispositifs comme excessifs.

Comme les ailes hautes de Formule 1 dix ans auparavant, ces appendices spectaculaires finiront eux aussi par être interdits.

La Formule 1 et les courses de côte avaient alors vécu l'une de leurs périodes les plus extravagantes : celle où l'imagination des ingénieurs semblait n'avoir aucune limite.

MERZARIO le premier



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Arturo Merzario : toujours le premier à intervenir

Tout au long de sa carrière, Arturo Merzario s'est forgé une réputation particulière. Au-delà de ses performances en piste, il fut très souvent l'un des premiers pilotes à se porter au secours de ses collègues accidentés.

Son courage dans les moments les plus dramatiques du sport automobile est devenu l'une de ses marques de fabrique.

1971 : Buenos Aires

Lors des 1000 kilomètres de Buenos Aires, Merzario est témoin du terrible accident impliquant Ignazio Giunti et Jean-Pierre Beltoise.

Parmi les premiers arrivés sur les lieux, il tente d'apporter son aide à son équipier. Malheureusement, l'ampleur du choc ne laisse aucun espoir. Il ne peut que constater le décès de Giunti, victime de l'un des accidents les plus tragiques de l'époque.

1971 : Monza

Quelques mois plus tard, sur l'autodrome de Monza, la catastrophe frappe à nouveau.

La Porsche de Meier qui percute violemment les installations de sécurité. La voiture part en tête-à-queue, glisse sur la piste puis s'embrase. L'explosion est si violente que le pilote est éjecté tandis que son prototype se désintègre autour de lui.

Grièvement blessé, souffrant de multiples fractures, Meier reste étendu dans l'herbe.

Dans le chaos, Jacky Ickx traverse le brasier. Sa Ferrari heurte un débris ou un obstacle invisible dans la fumée, perd une roue et termine sa course hors de la piste. Peu après, Toine Hezemans franchit à son tour la zone de l'accident et son Alfa Romeo prend également feu.

Une fois encore, Merzario figure parmi les premiers à intervenir auprès des victimes.

1976 : Le Nürburgring

L'acte le plus célèbre de sa carrière se déroule le 1er août 1976 sur le redoutable Nürburgring.

Les relations entre Arturo Merzario et Niki Lauda sont loin d'être amicales. Les deux hommes ne s'apprécient guère. Pourtant, lorsque la Ferrari de l'Autrichien s'écrase et s'embrase, toute rivalité disparaît instantanément.

Lauda racontera plus tard la scène :

« On pouvait voir la Ferrari partir vers la droite, franchir la glissière puis rebondir contre le talus à plus de 200 km/h. Lors de l'impact, le réservoir s'est détaché. La voiture est ensuite restée en travers de la piste. Brett Lunger l'a percutée et l'a poussée sur une centaine de mètres. Puis les flammes ont envahi l'épave. Guy Edwards, Brett Lunger et Harald Ertl ont essayé de me sauver. Enfin, Arturo Merzario a trouvé le courage de se jeter dans le feu pour détacher ma ceinture. »

Sans hésiter, Merzario plonge dans l'incendie malgré la chaleur et les risques d'explosion. Son intervention, aux côtés des autres pilotes arrêtés sur les lieux, contribue directement à sauver la vie du triple champion du monde.

Cet acte de bravoure restera à jamais associé à son nom.

1978 : Monza

Deux ans plus tard, lors du dramatique départ du Grand Prix d'Italie, Arturo Merzario est encore présent parmi les premiers secouristes improvisés.

Au milieu du chaos provoqué par le carambolage du premier tour, il se précipite vers Ronnie Peterson pour lui porter assistance.

Une nouvelle fois, lorsque la tragédie frappe, Merzario est déjà en train d'aider.

Plus que ses résultats en course, c'est peut-être cette constante disponibilité face au danger qui a fait d'Arturo Merzario l'une des figures les plus respectées du paddock.


MOSS anecdotes


Stirling Moss

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Une brouille avec Ferrari

En 1951, Enzo Ferrari invite Stirling Moss à essayer l'un de ses prototypes et prévoit même de lui confier la voiture pour une course à Bari. Le pilote britannique fait le déplacement avec enthousiasme, persuadé qu'il prendra le volant de la machine qui lui a été promise.

À son arrivée, il découvre pourtant que la voiture a finalement été attribuée à Piero Taruffi. Sans explication satisfaisante, Moss se retrouve simple spectateur d'une course qu'il pensait disputer.

Humilié par cette désinvolture, il en garde une profonde rancœur. Durant les années qui suivent, Ferrari lui proposera à plusieurs reprises de rejoindre la Scuderia, mais Moss rejettera systématiquement toutes les offres. Ce n'est qu'au début des années 1960 que les relations entre les deux hommes commenceront à s'apaiser. Un rapprochement est même envisagé en 1962, mais le grave accident dont est victime Moss cette année-là met définitivement fin à toute collaboration possible.

Le test des trois écuries

À la fin de la saison 1955, Stirling Moss souhaite choisir la meilleure équipe pour poursuivre sa carrière. Refusant de se fier uniquement aux promesses des constructeurs, il imagine une méthode inédite.

Il obtient de trois équipes majeures — Connaught, BRM et Vanwall — qu'elles mettent leurs voitures à sa disposition pour une séance d'essais comparatifs. Toutes les monoplaces doivent rouler le même jour, sur le même circuit et dans des conditions strictement identiques.

Moss impose lui-même le protocole : essais avec le plein de carburant, puis avec une charge réduite, avant de répéter les mêmes exercices pour chaque voiture. Cette démarche méthodique lui permet d'évaluer avec précision les qualités et les défauts de chaque machine avant de prendre sa décision pour la saison 1956.

Une approche rare à l'époque, qui témoigne déjà de son professionnalisme et de son intelligence de pilote.

Un charmeur invétéré

En dehors de la piste, Stirling Moss possédait une réputation de grand séducteur.

Même lancé à très haute vitesse, il semblait capable de remarquer dans les tribunes ou au bord du circuit une jeune femme qui attirait son attention. Lors d'un arrêt au stand, il indiquait alors discrètement sa position à son mécanicien.

Celui-ci avait pour mission de retrouver l'heureuse élue et de lui remettre un court message que Moss avait griffonné à la hâte sur un morceau de papier ou parfois directement sur son volant avant le ravitaillement.

SCHLESSER Jo Pas de chance

Schlesser :

Pas de chance

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Je me tuerais ou je serais champion du monde.

1960 : Lors d’essais préliminaires des 24 Heures du Mans, Jo essaie, à la demande du Commandatore, une Ferrari 250 GT. Mais la veille, il est à Bruxelles où il dispute une course. Il ne sera même pas admis au départ. Il prend la route pour Le Mans et arrive vers 3 heures du matin. Il décide de dormir dans sa voiture, mais sans doute trop fatigué, il sort de la piste au sommet de la courbe Dunlop (qui était à l’époque une courbe en plein appui et très rapide). L’auto est détruite.

Jo a le nez, les bras et les jambes cassés. Plusieurs mois en clinique seront nécessaires car sa jambe droite est broyée, mais heureusement elle sera sauvée.

À Chimay, il frôle la mort : il manque d’être décapité par un fil barbelé.

Lors des 24 Heures 1964, les Ford attaquent. Jo, lui, à qui rien ne fait peur, veut pousser. À la sortie de la grande courbe, la voiture est désaxée par une flaque d’eau. La Ford mord le gazon, part en glissade, escalade une partie du talus et revient en contrebas. J. Schlesser est ramené au stand ; le temps de poser un sparadrap sur l’arcade, et le revoilà reparti au volant d’une AC Cobra.

24 Heures du Mans 1967 : avant la mi-course, Andretti tape aux Tertre Rouge. Sa Ford est en plein travers de la piste. Les commissaires courent de partout pour prévenir, mais ils se trompent de drapeau et déploient le drapeau bleu (signal qu’un pilote veut vous doubler ; le jaune signifie danger, et lorsqu’il est agité, danger immédiat sur la piste). Greder se dévie à gauche, pensant qu’une voiture le suit de près ; ainsi il évite la voiture d’Andretti en perdition. McCluskey choisit le côté droit et tape également.

La piste est devenue une chicane. Arrive le pauvre Jo : si le premier coup de volant lui permet d’éviter l’accident, le second est sans effet. Sa Ford tape lourdement. Trois Ford dans le même accident abandonnent.

Jo achète deux McLaren F2 quand Honda lui propose un essai de la Honda RA302 Formule 1, que M. Honda veut absolument développer, voiture que Surtees rejette après des tests, la trouvant dangereuse…

Au GP de France de F1 à Rouen 1968 : ça valait le coup d’attendre 16 ans pour avoir un piège pareil. Au 2e tour, la Honda décroche de l’arrière et bondit vers le milieu de la piste. Le pilote corrige trop fort : la F1 s’engage dans un mouvement de balancier et fonce sur le talus. La roue avant gauche quitte la piste, la F1 percute le talus, se cabre, explose, rebondit en flammes — une torche haute de 10 mètres. J. Schlesser est mort.

La monoplace a 200 litres de carburant et Jo est prisonnier de sa voiture.

Jo aura été spectaculaire jusqu’au bout.


31 mai 2026

ALLIOT homme de coeur

Philippe Alliot, fidèle à ses amis

Au-delà de ses performances en piste, Philippe Alliot s'est toujours distingué par ses qualités humaines et sa fidélité en amitié.

Lorsque son ami et ancien coéquipier en Formule 1, Manfred Winkelhock, trouve la mort à la suite d'un accident survenu en IMSA en 1985, Alliot est profondément touché par cette disparition brutale.

Refusant de rester simple spectateur du drame qui frappe la famille du pilote allemand, le Français décide alors d'organiser une collecte de fonds destinée à venir en aide à sa veuve.

Un geste rare dans le monde très compétitif du sport automobile, où les solidarités s'expriment souvent discrètement. Cette initiative témoigne de l'attachement qu'Alliot portait à son ancien équipier et de son sens profond de l'amitié.

À ce jour, ce geste demeure pratiquement unique dans l'histoire du sport automobile. Plus qu'un pilote talentueux, Philippe Alliot a ainsi démontré qu'il était aussi un homme de cœur, capable de se mobiliser lorsque l'un des siens était frappé par le destin.


 

CAGNOT à la TARGA

La Targa Florio naît dans la poussière et la folie

Le 6 mai 1906, au cœur des montagnes siciliennes, l’automobile vit encore ses années héroïques. Les routes ne sont que des chemins poussiéreux bordés de murs de pierre, les voitures sont aussi puissantes qu’imprévisibles, et les pilotes avancent souvent davantage au courage qu’à la raison.

Ce jour-là, Alessandro Cagno est engagé au volant d’une imposante Itala dans la toute première édition de la Targa Florio, une épreuve imaginée par le passionné Vincenzo Florio pour défier les meilleurs pilotes et constructeurs de l’époque sur les routes tortueuses de Sicile.

Alors qu’il attaque un virage en épingle à cheveux à vive allure, Cagno perd le contrôle de sa voiture. L’Itala percute un muret avant d’effectuer plusieurs tonneaux spectaculaires sous les yeux des spectateurs médusés.

La scène est impressionnante. Dans un immense nuage de poussière, beaucoup imaginent déjà le pire.

Lorsque l’épave finit par s’immobiliser, les témoins accourent vers la voiture, persuadés qu’ils vont découvrir un pilote gravement blessé.

À leur grande surprise, Alessandro Cagno sort presque indemne de l’accident. Après avoir repris ses esprits, il se relève, remet sa casquette en place, secoue la poussière qui recouvre sa tenue et lance avec humour :

« Je crois que je viens de trouver la limite de ce virage. »

Cette anecdote résume parfaitement l’esprit des pionniers de l’automobile, capables d’affronter des dangers considérables avec un calme déconcertant.

Malgré cette spectaculaire sortie de route, Cagno poursuit sa course et inscrit son nom dans l’histoire en remportant la première Targa Florio.

Personne ne le sait encore, mais cette épreuve sicilienne va rapidement devenir l’une des courses les plus redoutées et les plus prestigieuses du monde. Pendant des décennies, ses routes étroites, ses montagnes escarpées et ses virages innombrables mettront à l’épreuve les plus grands pilotes de la planète.

La légende de la Targa Florio venait de naître, dans un mélange de poussière, d’audace et d’inconscience qui caractérisait les débuts du sport automobile.


NUVOLARI VARZI

Nuvolari contre Varzi : le duel qui passionna l’Italie

Parmi toutes les rivalités du sport automobile, celle qui opposa Tazio Nuvolari à Achille Varzi reste l’une des plus légendaires.

Les deux hommes se connaissaient bien avant leurs affrontements en automobile. Tous deux issus du cyclisme, ils s’étaient déjà mesurés l’un à l’autre au milieu des années 1920 avant de poursuivre leur carrière sur quatre roues.

Pourtant, tout les opposait.

Nuvolari pilotait avec passion, instinct et panache. Varzi, au contraire, privilégiait une approche méthodique, réfléchie et d’une précision presque scientifique. Cette opposition de styles a contribué à alimenter l’une des plus grandes rivalités de l’entre-deux-guerres.

Leur affrontement le plus célèbre reste sans doute celui des Mille Miglia 1930.

Au terme d’une course haletante disputée sur les routes italiennes, Nuvolari se retrouve dans le sillage de Varzi en pleine nuit. Conscient que son rival surveille ses rétroviseurs, il prend alors une décision aussi audacieuse que géniale : éteindre ses phares pour disparaître dans l’obscurité.

Pendant plusieurs kilomètres, Varzi croit avoir distancé son adversaire. Mais au moment opportun, Nuvolari rallume ses feux et surgit soudainement pour le dépasser avant de filer vers la victoire.

Cette manœuvre spectaculaire est entrée dans la légende et résume parfaitement le personnage : un pilote capable d’allier talent, courage et imagination pour triompher dans les situations les plus improbables.

Plus qu’un champion, Tazio Nuvolari est devenu l’une des premières icônes du sport automobile, admiré autant pour ses exploits que pour son style inimitable.

NUVOLARI "la glisse"

NUVOLARI

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Tazio Nuvolari, Le maître de la glisse

Tazio Nuvolari ne s’est pas contenté d’accumuler les victoires. Il a également révolutionné la manière de piloter à une époque où les voitures étaient particulièrement difficiles à maîtriser.

Bien avant que les techniques de dérive ne deviennent célèbres, l’Italien avait développé un style spectaculaire basé sur le contrôle des glissades. Dans les virages, il n’hésitait pas à jeter sa voiture à la limite de l’adhérence, jouant avec les dérapages pour conserver sa vitesse.

Son pilotage reposait autant sur son instinct que sur sa compréhension de la mécanique. On raconte même qu’il utilisait les mouvements de son propre corps pour aider à équilibrer la voiture dans les courbes les plus délicates.

Cette façon de conduire, audacieuse et parfois déroutante pour ses contemporains, fascinait les spectateurs. Nuvolari semblait constamment repousser les limites du possible, transformant chaque course en démonstration de courage et de virtuosité.

LARROUSSE LAMBO

Larrousse et Lamborghini 

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À la fin des années 1980, l’écurie Larrousse semble avoir trouvé le partenaire idéal pour franchir un cap en Formule 1. Grâce à un accord conclu avec Lamborghini Engineering, Gérard Larrousse bénéficie à partir de 1989 du spectaculaire V12 conçu par Mauro Forghieri, l’un des ingénieurs les plus réputés de son époque.

Sur le papier, l’association paraît prometteuse. Larrousse dispose enfin d’un moteur capable de rivaliser avec les meilleurs, tandis que Lamborghini cherche à s’imposer durablement dans la discipline.

Mais dès la fin de la saison 1990, les relations commencent à se tendre.

En parallèle de son travail pour Lamborghini, Mauro Forghieri participe au développement d’un nouveau projet de Formule 1 destiné à un homme d’affaires mexicain. L’affaire prend rapidement une tournure inattendue lorsque ce financier se révèle être impliqué dans un important trafic de drogue.

Le projet ne disparaît pourtant pas. Il est repris par l’industriel italien Carlo Patrucco, qui décide de créer sa propre équipe de Formule 1 : Modena Team. La monoplace, baptisée Lambo 291, est naturellement équipée du V12 Lamborghini et Mauro Forghieri en devient le directeur technique.

Cette nouvelle aventure place Larrousse dans une situation délicate. Gérard Larrousse estime alors que Lamborghini concentre désormais une partie de ses ressources sur son propre projet et décide de mettre fin à la collaboration pour revenir aux moteurs Cosworth.

Avec le recul, ce choix apparaît comme une perte de temps. L’expérience Modena Team tourne rapidement court et l’équipe italienne disparaît après une seule saison. Larrousse se retrouve alors contraint de renouer avec Lamborghini, mais les relations ne sont plus les mêmes.

Dans le même temps, l'écurie française explore également la possibilité d'un rapprochement avec Peugeot pour préparer l'avenir. Ces multiples changements de direction compliquent considérablement la stratégie technique de l'équipe.

Lorsque Larrousse retrouve finalement le V12 Lamborghini à partir de 1992, les conditions ne sont plus réunies pour bâtir un partenariat solide. La confiance qui existait entre les deux parties s'était largement érodée depuis les tensions apparues en 1990.

Cette période illustre parfaitement les difficultés rencontrées par Larrousse au début des années 1990. Entre changements de motoristes, projets parallèles et orientations parfois contradictoires, l'équipe française n'a jamais réussi à stabiliser durablement son développement.

Avec davantage de continuité et une relation préservée avec Mauro Forghieri et Lamborghini, Larrousse aurait peut-être pu exploiter bien plus efficacement l'un des moteurs les plus prestigieux de son époque.