3 nov. 2026

JANO Vittorio la rigeur

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Débauché de chez Fiat par Enzo Ferrari en 1923, le génial ingénieur Vittorio Jano imposa une rigueur maniaque chez Alfa Roméo. Dès son arrivée, pour tester la résistance des moteurs qu'on ne faisait tourner que 30 secondes auparavant, il bloqua les gaz avec un poids et ordonna aux techniciens d'aller dejeuner trois heures.

Tazio Nuvolari respectait Jano pour son génie des moteurs.

 Quand Jano concevait une auto comme la redoutable l'Alfa P3, le pilote savait qu'il tenait la machine ultime. 

Jano répétait à ses équipes que la vitesse ne sert à rien si la voiture casse. 

Ses duos légendaires avec les as du volant ont forgé l'âge d'or des Grands Prix dans les années 1930. 

2 nov. 2026

PORSCHE la clé

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La célèbre position de la clé de contact des voitures de sport Porsche à gauche du volant vient d'une astuce de pilotes. 
Lors des départs "façon Le Mans" en épi, ils tournaient la clé de la main gauche tout en passant la première vitesse de la droite pour gagner de precieuses secondes. 

Cette astuce de pilote est devenue une signature légendaire de la marque de Stuttgart conservée par amour de l'histoire. 

En 1951, pour la première participation officielle au Mans, les voitures de course sont venues de l'usine par la route, pilotées durant 11 heures à travers la France.

1 nov. 2026

MAGNUSSEN insolites



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Jan Magnussen. 

Décrit à ses débuts par Sir Jackie Stewart comme le « plus grand talent brut depuis Ayrton Senna », le Danois était un pilote ultra-rapide mais au style de vie résolument "old school" et rebelle. 

Lorsqu'il arrive chez McLaren en tant que pilote d'essai et de réserve au milieu des années 1990, Jan Magnussen détonne complètement avec la culture ultra-stricte et corporative de l'écurie. 
Le grand patron, Ron Dennis, connu pour sa manie du contrôle et de la propreté, désespère face au comportement de sa jeune pépite. 
Jan est un fumeur invétéré, déteste cordialement aller à la salle de sport et possède un style de vie très désorganisé. 
Ron Dennis tentera par tous les moyens (en vain) de le faire arrêter de fumer et de le mettre au sport pour en faire un athlète moderne. Magnussen, lui, préférait simplement monter dans la voiture et rouler à l'instinct. 

Malgré son immense talent en Formule 3 (où il explose le record de victoires de Senna), son passage en F1 chez Stewart Grand Prix s'avère très difficile. 
Face à ses difficultés, le triple champion du monde Jackie Stewart décide de prendre les choses en main de manière insolite : il emmène Jan Magnussen sur un circuit pour lui donner une leçon de pilotage privée au volant d'une simple Ford Escort de route. 
Jan racontera plus tard que cette tentative de revoir toutes ses bases de pilotage avait fini par lui faire perdre toute sa confiance naturelle, lui qui fonctionnait uniquement à l'improvisation. 

Après la F1, Jan Magnussen trouve une seconde carrière couronnée de succès en Endurance, notamment avec le team officiel Corvette. En 2019, lors de la course de Long Beach en IMSA, dans le tout dernier tour, la Ford GT de Dirk Müller qui le précède tombe en panne d'essence à la réaccélération. Magnussen, masqué, percute de plein fouet l'arrière de la Ford, ce qui détruit instantanément le radiateur de sa Corvette. Malgré une voiture fumante et à l'agonie, Jan Magnussen réussit à traîner sa machine sur les quelques mètres restants pour couper la ligne d'arrivée et sauver son podium sur trois roues. 

WALKINSHAW insolites

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Le coup de sang de Tom contre l'ordinateur de bord

Tom Walkinshaw était un homme pragmatique de l'ancienne école, qui détestait que la technologie vienne contredire son instinct de pilote ou de manager.

Lors du développement de la mythique Jaguar XJ220 (supercar développée par TWR), les ingénieurs se plaignaient qu'une alerte électronique sur un prototype coupait constamment le moteur par sécurité à cause d'un capteur défaillant. Fatigué d'attendre que l'équipe d'informaticiens trouve le bug sur l'ordinateur, Walkinshaw est monté dans la voiture, a arraché le boîtier de contrôle électronique défectueux à mains nues, l'a jeté par la fenêtre et a dit aux mécaniciens : « Remettez-moi un câble d'accélérateur normal, maintenant on va voir ce qu'elle a dans le ventre. »

Avant d'être le chef d'orchestre de l'un des plus grands empires du sport automobile, Tom Walkinshaw était un jeune pilote écossais qui tentait de percer en Formule Ford à la fin des années 60. Son tempérament face aux instances et aux officiels s'est forgé dès ses débuts. 

En 1968, alors qu'il pilote une Lotus 51 flambant neuve, Walkinshaw perd le contrôle de sa monoplace sur le circuit d'Ingliston, en Écosse. Il percute violemment les glissières de sécurité en acier, pulvérisant l'avant de sa voiture. 

Quelques jours après l'accident, alors qu'il panse ses plaies financières pour réparer sa voiture, Tom reçoit un courrier officiel du directeur du circuit, John Romanes. Ce n'est pas une lettre de soutien, mais une facture salée exigeant le remboursement intégral des frais de réparation de la barrière de sécurité du circuit ! Furieux, Walkinshaw s'est déplacé en personne dans les bureaux du circuit, a jeté un sac contenant les débris tordus de sa propre Lotus sur le bureau du directeur et lui a lancé : « Je paierai votre fichue barrière quand vous m'aurez remboursé l'acier de ma voiture que vos rails m'ont volé ! ». Il n'a jamais payé la facture.

31 oct. 2026

DUCAROUGE DEPAILLER ALFA

DUCAROUGE DEPAILLER ALFA

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Gérard Ducarouge arrive chez Alfa Romeo fin 1981, sa première mission est d'analyser et de corriger les faiblesses de l' Alfa Roméo 179 (et ses évolutions), la monoplace même dans laquelle Patrick Depailler s'était tué un an plus tôt. 

Ducarouge, réputé pour sa rigueur cartésienne et son obsession de la sécurité (acquise chez Matra), pose un diagnostic technique impitoyable sur cette voiture conçue sous la direction de Carlo Chiti. Ses critiques majeures se concentraient sur trois axes principaux 

L'Alfa utilisait un châssis en alliage d'aluminium classique. Pour Ducarouge, la rigidité torsionnelle de la voiture était catastrophique. 

Sous les énormes charges aérodynamiques générées par les pontons à effet de sol (les wing cars de l'époque), le châssis se déformait et vrillait en courbe.
Cette flexibilité structurelle modifiait de manière imprévisible la géométrie des suspensions en plein appui. La voiture devenait instable, vicieuse et particulièrement dangereuse à haute vitesse, précisément le comportement que Depailler tentait désespérément de corriger avant son accident.

En 1980, la performance reposait sur l'étanchéité des "jupes" coulissantes le long des pontons pour maximiser l'effet de sol. Ducarouge a sévèrement critiqué la qualité de fabrication de ces systèmes chez Autodelta.

Les jupes d'Autodelta manquaient de précision mécanique et avaient une fâcheuse tendance à se gripper.

Si une jupe restait bloquée en position haute dans une courbe rapide, l'effet de sol s'annulait instantanément, provoquant une perte d'adhérence brutale et totale. 
C'est cette défaillance mécanique (le blocage d'une jupe ou la rupture d'une suspension à 280 km/h dans l'Ostkurve d'Hockenheim) que Ducarouge et une grande partie du milieu français considéraient comme la cause technique indiscutable de la mort de Depailler, loin de la thèse du "malaise" avancée par Chiti. 

Bien que le moteur V12 Alfa Romeo fût puissant et mélodieux, Ducarouge le considérait comme une hérésie pour l'architecture d'une F1 moderne à effet de sol.
Le bloc italien était extrêmement lourd, gourmand en carburant (nécessitant de gros réservoirs) et surtout très large à sa base.
Cet encombrement masquait et rétrécissait les tunnels Venturi situés sous la voiture. Pour compenser ce manque d'appui naturel, l'équipe devait durcir les suspensions à l'extrême, rendant la monoplace inconfortable, cassante pour les pièces mécaniques et imprévisible pour les pilotes.

Face à ces tares de la version 179, Gérard Ducarouge impose une rupture totale dès son arrivée. Puisque le châssis en aluminium de Chiti manquait de rigidité, il conçoit en un temps record l' Alfa Roméo 182 (1982). Il s'agit d'une monoplace dotée d'une coque en fibre de carbone, infiniment plus rigide, plus légère et plus sûre pour les pilotes, corrigeant ainsi définitivement les défauts qui avaient coûté la vie à son ami Patrick Depailler. 

ENSIGN insolites

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Morris « Mo » Nunn, de sa petite écurie de Formule 1 Ensign (qui a couru de 1973 à 1982) 

En 1976, alors que les écuries commençaient à dévoiler leurs F1 dans de grands hôtels branchés, l'écurie Ensign n'avait absolument pas de budget. 

Pour la présentation de la nouvelle Ensign N176, Mo Nunn convia le célèbre journaliste britannique Nigel Roebuck directement dans son petit atelier.

La présentation officielle se résumait à trois personnes : Mo Nunn, le journaliste et le pilote Chris Amon. Au beau milieu de l'interview, le téléphone sonne. 
C'est l'épouse de Mo, Sylvia, qui appelle pour lui demander de ne pas oublier d'acheter un paquet de petits pois surgelés en rentrant ce soir. Un contraste total avec le strass de la F1. 

Pour couronner le tout, Roebuck remarque que Mo Nunn porte un blouson aux couleurs de Duckhams (son ancien sponsor), alors que l'équipe vient de signer avec Valvoline. Quand le journaliste lui fait remarquer, Mo répond avec candeur : « Tu crois que ça va leur poser un problème ? ». 

En 1977, Mo Nunn réussit un coup de maître en engageant la star suisse Clay Regazzoni, tout juste débarqué de la prestigieuse Scuderia Ferrari. Personne ne comprenait comment une si petite structure pouvait s'offrir un tel pilote.

Regazzoni a en réalité piloté gratuitement. L'équipe disposait d'un budget minuscule de 60 000 £ fourni par le sponsor Tissot.
Regazzoni, par pur amour du défi, payait lui-même ses billets d'avion et ses chambres de motel. Tout l'argent des primes de course était directement réinjecté dans le développement de la monoplace. Ce fut l'une des meilleures saisons d'Ensign (10e au championnat). Malheureusement, le retour de Clay chez Ensign en 1980 se brisera tragiquement lors d'un terrible accident à Long Beach. 

En 1979, Ensign conçoit la N179, une voiture restée célèbre pour son design original (et inefficace) intégrant des radiateurs directement à l'avant, lui donnant un look de "râpe à fromage" ou de radiateur de maison.
En 1981, après avoir arrêté d'utiliser ce châssis obsolète, Mo Nunn revend son stock de vieilles voitures. L'une de ces Ensign N179 est rachetée par le propriétaire de la marque Rainbow Jeans (qui avait brièvement sponsorisé l'équipe).
Ce dernier aimait tellement la voiture qu'il l'a fait livrer par hélicoptère directement à l'intérieur de son penthouse à New York pour en faire un objet de décoration. 

Après avoir fermé Ensign à la fin de l'année 1982, Mo Nunn s'exile aux États-Unis où son génie d'ingénieur et de régleur fait des miracles en CART (IndyCar).
Il fait gagner Emerson Fittipaldi au sein du Patrick Racing (titre et Indy 500 en 1989), puis devient l'ingénieur en chef mythique du Chip Ganassi Racing, décrochant 4 titres consécutifs avec Jimmy Vasser, Alex Zanardi et Juan Pablo Montoya. 
C'est Mo Nunn qui a repéré Juan Pablo Montoya lors d'un test alors qu'il n'avait jamais entendu parler de lui. Impressionné par son contrôle de voiture "effrayant", Nunn avait dit à Chip Ganassi : « Ce gamin est un peu dingue, mais il a un contrôle incroyable. On doit le signer. ». Montoya gagnera le championnat dès sa première tentative en 1999 sous les ordres de Mo. 

En 1962, en se promenant dans les Midlands, il aperçoit une monoplace Cooper-Climax de Formule 2 exposée dans la vitrine d’un garage. 
Sur un pur coup de tête, il l’achète pour 850 £ (une petite fortune à l'époque). La toute première course à laquelle il assiste de sa vie... est celle où il se trouve lui-même au volant, sur le circuit de Mallory Park. Malgré ce départ tardif, il s'avère si doué qu'il devient pilote officiel pour Lotus en Formule 3 quelques années plus tard, rivalisant avec François Cevert ou James Hunt. 

Quand sa carrière de pilote s'est arrêtée faute de budgets, Mo Nunn a décidé de construire ses propres voitures en 1970.
Totalement dépourvu d'ateliers ou d'usine à ses débuts, Mo Nunn a conçu et fabriqué la toute première Ensign de l'histoire (une Formule 3) dans le garage attenant à son propre bungalow. C’est sa femme Sylvia qui a suggéré le nom « Ensign », en référence au pavillon de la Royal Navy britannique. Dès sa première sortie de garage, la voiture bat le record du tour. En à peine un an, l'artisan construit et vend 33 voitures depuis son jardin.

En 1973, un riche pilote de Formule 3 nommé Rikki von Opel (héritier de la célèbre marque automobile allemande) demande à Mo Nunn de lui construire une Formule 1 pour monter dans la catégorie reine.
Sans l'argent de la famille Opel, Ensign n'aurait jamais vu le jour en F1. 
L'arrivée de von Opel tenait presque du film d'espionnage : pour financer la conception de l'Ensign N173, le pilote voyageait et payait Mo Nunn avec des valises pleines d'argent liquide ou des transactions directes ultra-rapides. 
L'aventure F1 d'Ensign a ainsi démarré à l'été 1973. Mais von Opel, réalisant que la voiture manquait de développement, quitta l'équipe dès 1974 pour Brabham, laissant Mo Nunn sans un sou au milieu du paddock. 

À la dérive après le départ d'Opel, Mo Nunn fait la rencontre de Teddy Yip, un fantasque milliardaire sino-indonésien basé à Macao, fondateur de l'équipe Theodore Racing.
Teddy Yip adorait le style de Mo Nunn mais gérait ses investissements de manière très excentrique. Il injectait régulièrement de l'argent pour sauver Ensign à la dernière minute

En échange, Teddy Yip adorait placer des pilotes asiatiques ou des profils atypiques. C’est cette alliance qui a permis à Ensign de survivre pendant 10 ans en F1, avant que l’écurie en faillite ne soit définitivement absorbée par Theodore Racing à la fin de la saison 1982.

La plus grande ironie de la carrière de Mo Nunn est qu'il n'avait aucun diplôme ni aucune formation en ingénierie. Pourtant, lorsqu'il a débarqué aux États-Unis dans les années 80 pour régler des IndyCar sur les circuits ovales (la discipline la plus pointue techniquement en matière d'aérodynamique et de suspension), il est devenu une légende absolue. 

30 oct. 2026

MOSS insolites

Sir Striling Moss (1929-2020), surnommé "le champion sans couronne"


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Un soir, alors qu'il roule un peu trop vite dans les rues de Londres, Moss se fait escorter et arrêter par un policier. L'officier s’approche de la portière, sort son carnet et lui lance, agacé et sarcastique 

« Pour qui vous vous prenez à conduire comme ça ? Stirling Moss ? » 

Le pilote l'a regardé droit dans les yeux et a répondu calmement : « Mais... je suis Stirling Moss. » Pensant d'abord à une mauvaise plaisanterie, le policier a vérifié son permis de conduire avant de réaliser, un brin embarrassé, qu'il avait bel et bien arrêté la légende nationale. 

Stirling Moss n'a jamais été champion du monde de Formule 1, mais c'est uniquement parce qu'il a fait passer l'honneur avant la gloire.
Au Grand Prix du Portugal 1958, son rival pour le titre, Mike Hawthorn, part à la faute en fin de course et cale. Pour repartir, Hawthorn pousse sa Ferrari sur la piste mais à contre-sens, ce qui est strictement interdit par le règlement. Les commissaires décident immédiatement de le disqualifier, ce qui offre virtuellement le titre de champion du monde à Moss.

En apprenant la nouvelle, Moss se rend directement chez les commissaires pour prendre la défense de son rival. Il argumente qu'Hawthorn était sur le bas-côté et non sur la piste elle-même lorsqu'il a manœuvré. Grâce au témoignage de Moss, Hawthorn est réintégré et récupère ses points. En fin de saison, Hawthorn sera sacré champion du monde pour… un seul petit point de plus que Stirling Moss. Un geste de fair-play unique qui n'existerait probablement plus aujourd'hui. 

Lors du Grand Prix de Monaco 1961, Moss pilote une Lotus 18 privée engagée par Rob Walker. Pour essayer de refroidir l'habitacle sous la chaleur écrasante de la principauté, Moss demande à ses mécaniciens de retirer carrément les panneaux latéraux de sa carrosserie. 

En retirant ces panneaux juste avant le départ, un mécanicien repère soudainement une fissure majeure sur le châssis tubulaire de la monoplace. Une telle casse peut provoquer un accident mortel à tout moment. N'ayant pas le temps de démonter la voiture, l'équipe décide de régler le problème à la "roots" : un mécanicien sort un chalumeau et commence à ressouder le châssis directement sur la grille de départ, alors que Moss est déjà installé dans son baquet et que les réservoirs sont pleins d'essence à ras bord. Malgré le danger d'explosion, Moss ne bouge pas d'un cil, prend le départ et remporte magistralement la course face aux Ferrari officielles.

DALLARA et FERRARI

DALLARA


Dallara et le projet clandestin de la Ferrari 333 SP

Au début des années 1990, Ferrari souhaite revenir en endurance aux États-Unis (en championnat IMSA), mais ses usines de Maranello sont totalement saturées par le programme de Formule 1. Plutôt que de renoncer, la direction de Ferrari fait appel en grand secret à Dallara. L'accord est si confidentiel qu'au départ, très peu de personnes sont au courant de cette sous-traitance.

Dallara conçoit et assemble dans ses ateliers la quasi-intégralité du châssis et de l'aérodynamique de la légendaire Ferrari 333SP, tandis que Ferrari se contente de fournir le moteur V12 hurlant issu de la F1. Présentée en 1994, la voiture survole le championnat américain et remporte les 24 Heures de Daytona, devenant l'un des prototypes de course les plus mythiques de l'histoire... mais avec un cœur de conception 100 % Dallara.

Aujourd'hui encore, Dallara est le secret le mieux gardé des constructeurs automobiles majeurs. Lorsque la nouvelle catégorie reine de l'endurance (Hypercar / LMDh) a été créée pour courir aux 24 Heures du Mans et en WEC, de nombreux constructeurs ont refusé de partir d'une feuille blanche. Ils ont préféré utiliser le savoir-faire de la firme de Varano de' Melegari. 

C'est ainsi que Dallara a été choisi pour concevoir la monocoque en carbone et les éléments de sécurité de la Cadillac et de la  BMW M V8. 

Plus impressionnant encore : la fabuleuse Ferrari 449P, qui a brisé l'hégémonie de Toyota en remportant les 24 Heures du Mans dès son retour en 2023, s'est appuyée massivement sur les outils de simulation et l'expertise aérodynamique de Dallara pour parfaire son développement. 


Pour rester au sommet, Dallara possède l'un des simulateurs de conduite les plus perfectionnés (et chers) de la planète, utilisé par des pilotes de F1, d'IndyCar et d'Endurance pour s'entraîner. Installé sur d'immenses vérins hydrauliques au cœur de l'usine italienne, sa puissance de calcul et son réalisme sont si extrêmes que l'appareil reproduit les forces G de manière ultra-fidèle.

L'anecdote veut que lors des premières phases de test, plusieurs pilotes professionnels aguerris ont dû demander à s'arrêter au bout de seulement deux tours de circuit virtuel, pris de violentes nausées et de vertiges. 
Le niveau de détail de la piste, combiné aux mouvements brutaux de la cabine, trompait si bien le cerveau qu'il provoquait un véritable mal de mer mécanique. L'équipe a dû légèrement adoucir les réglages pour que les pilotes puissent travailler sans tomber malades.

29 oct. 2026

Alfa - Matra

Alfa Romeo - Matra


L'une des plus belles passerelles entre les deux écuries s'appelle Henri Pescarolo. Véritable pilier de Matra Sport, "Pesca" décide pourtant de quitter l'équipe française en 1971 pour s'engager sous les couleurs d'Alfa Romeo (écurie Autodelta).

Ce passage chez l'ennemi italien a été vécu comme un véritable choc en France. Mais l'exil sera de courte durée. Dès 1972, Henri Pescarolo revient au bercail chez Matra. Ironie de l'histoire automobile : c'est précisément cette année-là qu'il remporte ses premières 24 Heures du Mans au volant de la mythique Matra MS670, lançant une hégémonie française absolue. 

Dans les paddocks de la saison 1974, la tension est à son comble entre les Matra MS670C et les redoutables Alfa Romeo 33 TT12.

À cette époque, le Vatican était actionnaire d'Alfa Romeo. Les ingénieurs de chez Matra et les autres écuries s'amusaient à répéter, avec un brin d'ironie et de superstition, que les voitures italiennes « roulaient à l'eau bénite ». Dès qu'une Alfa signait un temps canon ou bénéficiait d'un coup de chance en course, le paddock murmurait que l'écurie italienne avait reçu une aide divine en direct de Rome.

Le sommet de ce duel a lieu en 1974. Ferrari s'étant retirée, Alfa Romeo est le seul rival capable de faire trembler le V12 Matra. Le duel psychologique fait rage entre le colossal ingénieur italien d'Alfa, Carlo Chiti, et le concepteur du V12 français, Georges Martin. 

Alors que les Alfa Romeo enchaînent des chronos d'essais terrifiants (notamment avec Arturo Merzario), Georges Martin lance une pique technique en affirmant publiquement que Le Mans est la seule course à la portée d'Alfa Romeo, car les Matra dominent outrageusement les formats plus courts de 1000 km. Touché dans son orgueil mais confronté à une terrible crise budgétaire en Italie, Carlo Chiti doit déclarer forfait pour Le Mans au dernier moment. Matra écrasera le championnat avec 10 victoires sur 11 courses, mais le duel manqué du Mans 1974 reste l'un des plus grands regrets des puristes. 

MATRA FERRARI

Matra et Ferrari 

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Au-delà de la piste, la rivalité s'est jouée jusque dans les stands avec une célèbre provocation visuelle. Roland Roy, l'un des membres clés de l'écurie Matra, avait préparé en secret un grand tableau pour chambrer la prestigieuse Scuderia. Le dessin représentait de manière explicite le coq gaulois (symbole de Matra et de la France) en train de terrasser le fameux cheval cabré de Ferrari. Gardé caché pendant toute la course en raison du suspense insoutenable, le panneau a été fièrement brandi devant les stands italiens dès le passage de la ligne d'arrivée pour célébrer la victoire de la Matra MS670B d'Henri Pescarolo et Gérard Larrousse. 

Une guerre psychologique et technique : Si les Matra étaient extrêmement rapides, elles ont toutes souffert d'un terrible problème récurrent de déchapage de pneus (sauf la voiture gagnante). Cela a provoqué l'abandon de la voiture de François Cevert et Jean-Pierre Beltoise alors qu'ils menaient la course.

Sentant la pression monter, Ferrari a tenté un coup stratégique à la mi-course en panneautant à ses pilotes (dont Jacky Ickx et Arturo Merzario) de ralentir pour économiser la mécanique et piéger Matra. Mais la robustesse du V12 Matra et le rythme infernal imprimé par Pescarolo ont finalement poussé la Ferrari de tête à la panne d'échappement à quelques heures du but.

Toujours lors de ces fameuses 24 Heures du Mans 1973, l'ingénieur en chef de Matra, Gérard Ducarouge, était hors de lui dans les stands. Les relevés techniques montraient que la Matra MS670B de tête (Pescarolo/Larrousse) consommait ses freins à une vitesse anormale et totalement inexpliquée. Pensant que ses pilotes attaquaient trop fort pour contrer Ferrari, il les a vertement réprimandés. 

Ce n'est qu'après la course que le secret fut découvert
Un léger défaut sur le circuit de freinage laissait les plaquettes frotter en continu sur les disques. Paradoxalement, ce défaut technique a sauvé Matra ! Ce frottement constant transmettait une telle chaleur aux jantes qu'il empêchait les pneus Goodyear de refroidir dans les lignes droites. Alors que toutes les autres Matra ont abandonné à cause de pneus qui déchapaient à haute vitesse, la voiture de tête a eu ses gommes maintenues à la parfaite température par ses freins défectueux, lui évitant la crevaison fatale face aux Ferrari. 

La rivalité entre Matra et Ferrari était aussi une affaire de décibels. Bien que le V12 à plat de la Ferrari 312 PB fût une merveille de sonorité, le V12 Matra à 60° reste considéré comme le moteur le plus bruyant et le plus mélodieux de l'histoire du sport automobile. 
Henri Pescarolo répétait souvent : "Un moteur Matra n'émet pas un bruit, il joue une musique". Le hurlement strident du bloc français était si perçant qu'il faisait vibrer physiquement le corps des spectateurs à des kilomètres.


L'anecdote veut que le légendaire et très chauvin Commendatore, Enzo Ferrari, ait lui-même confessé en privé son admiration pour la sonorité du moteur français, admettant qu'il s'agissait du seul V12 au monde capable de rivaliser et même de surpasser en pure émotion la signature vocale de ses propres créations de Maranello. 

Lors des qualifications du Mans 1973, une véritable guerre psychologique oppose le flamboyant pilote français François Cevert (Matra) au volcanique pilote italien Arturo Merzario (Ferrari) pour décrocher le record du tour.

Merzario, réputé pour son tempérament de feu et son éternel chapeau de cowboy, claque un temps canon en début de course. Sûr de lui, il passe devant le stand Matra en faisant un signe ironique de la main à Cevert, l'invitant à essayer de faire mieux. Piqué au vif, François Cevert monte dans sa Matra MS670B en pleine nuit. 
Cevert prend tous les risques dans la pénombre de la ligne droite des Hunaudières, pulvérise le chrono de l'Italien et s'empare du record absolu. À son retour au stand, Cevert croise Merzario, lui tape amicalement sur l'épaule et lui lâche un sourire ravageur : "Alors Arturo, on a froid aux yeux la nuit ?"
La Ferrari 312 PB d'Arturo Merzario et Carlos Pace met une pression d'enfer. Mais au bout du suspense, c'est le duo légendaire Henri Pescarolo et Gérard Larrousse qui l'emporte sur leur Matra "bleue de France", coupant l'herbe sous le pied d'Enzo Ferrari.

Le pilote belge Jacky Ickx. Véritable icône chez Ferrari en Formule 1 et en Endurance, est pourtant recruté par l'écurie française Matra pour disputer certaines courses.

Lors de cette fameuse saison 1973, Ickx se retrouve dans une position unique : piloter la Ferrari 312 PB dans le championnat du monde face aux Matra, tout en partageant un immense respect pour l'ingénierie française. Cette confrontation de talents purs (Ickx chez Ferrari contre Pescarolo et Cevert chez Matra) a donné lieu à des joutes mémorables où les pilotes se saluaient parfois à plus de 300 km/h dans la ligne droite des Hunaudières.

Blessé dans son orgueil par les victoires répétées de Matra au Mans (1972 et 1973), le légendaire Enzo Ferrari prit une décision radicale fin 1973 : abandonner officiellement l'Endurance et les Sport-Prototypes pour concentrer toutes les ressources de la Scuderia sur la Formule 1.

Matra avait réussi l'impensable : faire plier Ferrari sur son propre terrain de l'endurance.

28 oct. 2026

DUDOT insolites

Bernard Dudot

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Père du mythique moteur V6 Turbo

Lors des essais du GP de France 1981 à Dijon-Prenois, l'équipe Renault Sport cherche désespérément un moyen de refroidir l'air d'admission du moteur pour gagner de la puissance à l'accélération. 

Bernard Dudot et ses ingénieurs se rendent compte qu'ils ont besoin de glace carbonique pour refroidir les échangeurs thermiques. Problème : le circuit n'en dispose pas.

Sans s'avouer vaincu, l'ingénieur envoie des membres de l'équipe réquisitionner en urgence toute la glace normale disponible au marché aux poissons local. 

Les mécaniciens bourrent les pontons de la monoplace avec cette glace. L'astuce fonctionne à merveille : le moteur respire un air frais, la puissance grimpe en flèche et Alain Prost décroche une magnifique pole position avant de remporter sa toute première victoire en F1 le lendemain. 

Sous l'effet de la chaleur intense du bloc moteur, la glace fond rapidement en dégageant une odeur insoutenable de poisson pourri dans tout le stand Renault. L'odeur était si forte qu'elle a littéralement chassé les journalistes et les invités du garage pour le reste de la journée.

Cette improvisation géniale menée par Bernard Dudot a directement servi de laboratoire. Elle a poussé Renault à concevoir de manière officielle le premier système de refroidissement air-eau embarqué de la F1. 

Avant de briller en F1, Bernard Dudot et François Castaing jouaient littéralement leur carrière lors de l'édition de 1978. La direction de la Régie Renault avait mis une pression colossale : une défaite face à Porsche aurait été synonyme de licenciement ou d'arrêt des programmes sportifs. La victoire de la Renault-Alpine A442B (Jaussaud / Pironi) a sauvé leur projet et a validé le ticket de Renault vers la Formule 1.


Lorsque la F1 interdit les moteurs turbo fin 1988, Dudot dirige la fameuse « cellule de veille » technique. Plutôt que de copier le classique V8 ou le lourd V12 des concurrents, il prend le risque de concevoir une architecture totalement inédite à l'époque : le V10 atmosphérique. Ce choix audacieux fera de Renault le motoriste ultra-dominateur des années 90 avec l'écurie Williams. 

Connew Formule1

Connew Formule1

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Une minuscule équipe sous-financée, dirigée par un propriétaire, manager, concepteur obstiné, avec une voiture de course construite dans un garage pour une seule voiture, a effectué son premier et dernier départ dans un Grand Prix de Formule 1 du championnat.

L'histoire de l'écurie Peter Connew Motor Racing Team a débuté deux ans plus tôt, lorsque Peter Connew, alors âgé de 24 ans et dessinateur industriel chez Team Surtees, décida de devenir constructeur de Formule 1. Une décision surprenante pour un homme qui ne s'intéressait guère au sport automobile et qui avait décroché son poste chez Surtees presque par hasard.

Lorsqu'il évoquait son intention de courir en Formule 1, on le traitait de fou, ce qui ne fit que renforcer sa détermination, selon Barry Boor, cousin et membre de son équipe. Un comportement peu surprenant de la part de celui qui, enfant, avait lutté avec acharnement contre les séquelles de la polio. Apparemment, la détermination de la famille Connew est une source de fierté, comme le confiait avec tendresse Christopher, le fils de Peter : « Mon père a un sacré caractère ; je tiens beaucoup de lui. On est tous les deux de sacrés durs à cuire. »

Ce qui a fait naître son rêve, c'est sa première rencontre avec la McLaren de John Surtees, achetée un an auparavant par l'ancien champion du monde pour piloter en attendant la construction de sa première F1. « À la fin de l'année, Surtees a quitté BRM et a commencé à développer la TS7 de Grand Prix. En attendant, il a acheté la M7C de Bruce McLaren, que nous avons dû modifier avec de nouveaux réservoirs de carburant pour nous conformer à un changement de réglementation. C'était un de ces beaux jours de février, lorsque la voiture, fraîchement peinte, a été sortie pour la première fois. Elle était d'un rouge magnifique, le soleil l'illuminait et je me suis dit : "Il faut que je construise quelque chose comme ça" », a déclaré Connew.

Peter était également animé par une rigueur logique qui lui permettait de surmonter les peurs qui auraient paralysé la plupart d'entre nous. Lorsqu'on lui demandait pourquoi il avait commencé par construire une Formule 1 et non une voiture plus simple comme une Formule Ford, il répondait qu'il savait construire une F1 à partir de pièces Surtees ; il ne connaissait rien à la Formule Ford.

En décembre 1970, un garage individuel fut loué à Chadwell Heath, dans le nord-est de Londres, et une coque en aluminium commença à sortir de son gabarit. Le budget minuscule de l'équipe fut principalement consacré aux matières premières ; Roger Doran, ami et mécanicien en chef, et son père usinèrent, soudèrent et fabriquèrent la quasi-totalité des pièces du châssis. Même les panneaux de carrosserie en fibre de verre furent réalisés sur place par Bloor, professeur de menuiserie. Il faut savoir que tout cela fut accompli dans un espace si réduit qu'il fallait enjamber la voiture de course pour traverser l'atelier.

La qualité de la construction ne tient pas compte du budget restreint dont disposait l'équipe.

Le premier d'une longue série d'obstacles est apparu avec un changement de réglementation. La première coque a été construite en aluminium de calibre 18, conformément aux normes en vigueur. Cependant, pour 1972, la FIA a exigé que les monocoques soient construites en aluminium de calibre 16. La construction d'une seconde coque a alors commencé.

Ce qui ne pouvait être fabriqué en interne ou avec l'équipement de l'entreprise habituelle d'un membre de l'équipe était acheté à prix réduit ou offert par des fournisseurs avec lesquels Peter avait établi des relations chez Team Surtees. Avdel a fait don de rivets de structure, tandis que Girling a fourni les freins, les pneus Firestone et les amortisseurs Armstrong, le tout gratuitement pour l'équipe. Gomm Metal Development, qui fabriquait des châssis monocoques pour les petites écuries de F1, a roulé les panneaux latéraux et a « oublié » de facturer Connew.

 Compte tenu du manque d'expérience de l'équipe et des ressources limitées dont elle disposait, on pourrait s'attendre à un résultat final bâclé. Or, rien n'est plus faux. Non seulement la voiture était d'une qualité professionnelle, mais elle présentait également des éléments de design avant-gardistes.

La voiture terminée avec la transmission factice, carrosserie démontée. Notez l'emplacement du radiateur.

Le radiateur, situé à l'avant, était positionné quasiment parallèlement à la route, l'air étant aspiré par le dessous. Cette configuration permettait d'obtenir un nez plat et large, générant ainsi de l'appui aérodynamique sans recourir à des radiateurs latéraux plus grands, plus lourds et plus complexes. Elle contribuait également à limiter les turbulences sous la voiture. La suspension arrière était conçue avec des triangles de suspension à base large afin de supprimer les barres de rayon, que Peter jugeait superflues. Robin Herd utilisa une conception similaire sur la March 721X, et la suspension arrière sans barres de rayon devint rapidement la norme pour les Formule 1.

Une fois le châssis terminé, un moteur et une transmission factices, empruntés à la bibliothèque municipale, furent installés pour une séance photo sur le parking. Peter apporta ces photos, ainsi qu'une maquette de la voiture fabriquée à la main par Barry Boor, membre de l'équipe et cousin germain, lors de présentations aux sponsors.

La voiture terminée, avec sa fausse transmission, est exposée sur le parking d'une bibliothèque locale.

L'une de ces rencontres eut lieu avec Yardley, qui, à l'insu de Peter, avait déjà signé chez McLaren après avoir mis fin à sa collaboration avec BRM. Cependant, le géant des produits de toilette fut tellement impressionné par la jeune équipe qu'il demanda à McLaren d'aider Connew de toutes les manières possibles. Le premier avantage, et peut-être le plus important, de cette collaboration fut un moteur Ford-Cosworth DFV flambant neuf fourni à Connew à un prix très avantageux (que Peter ramena chez lui à bord de sa voiture). L'équipe était lancée.

Il ne manquait plus qu'un pilote. Plusieurs jeunes talents prometteurs de l'époque, dont Howden Ganley et Gerry Birrell, vinrent discuter avec Connew. Cependant, aucun ne put apporter les fonds indispensables à l'équipe. Un accord fut donc conclu avec le pilote français de Formule 3, François Migault, pour disputer cinq Grands Prix européens pour la somme de 40 000 £. Les investisseurs de Migault étaient un groupe hétéroclite, dont les contributions étaient généralement versées en liasses de francs. Selon Bloor, les membres de l'équipe devaient ensuite se dépêcher de changer ces sommes dans différentes banques londoniennes, le montant maximal autorisé par jour étant alors de 30 £ par personne.

L'équipe avait initialement prévu de faire ses débuts à Monaco, mais il fallut attendre début juillet pour que la voiture soit prête à concourir. Le Grand Prix de France, disputé pour la dernière fois sur le circuit de la Charade, fut alors choisi pour les débuts de l'équipe. L'équipage chargea la PC-1 et ses maigres pièces de rechange dans un camion emprunté par Migault et prit la route vers le sud, en direction de Clermont-Ferrand.

Essais sur le circuit Bugatti du Mans

Au beau milieu de la France, le camion Ford D300 emprunté tomba en panne moteur et dut être remorqué jusqu'au Mans pour réparation. Migault, fils du Mans, suggéra de faire des essais sur le circuit Bugatti avant de se rendre à Clermont-Ferrand, la location du circuit ne lui coûtant apparemment presque rien. Au déchargement de la voiture, on constata qu'un triangle de suspension arrière avait été endommagé pendant le transport et que l'équipe n'avait pas de pièce de rechange. Il fut donc décidé de faire l'impasse sur le Grand Prix de France de Formule 1 et de rester au Mans pour fabriquer de nouveaux triangles et effectuer des essais.

L'équipe était loin de se douter que le bras de suspension endommagé n'était pas dû à un mauvais arrimage de la voiture dans le transporteur, comme elle le pensait alors, mais plutôt à des ressorts hélicoïdaux insuffisamment durcis qui ont cédé sous la charge – une défaillance qui allait bientôt perturber à nouveau l'équipe.

La prochaine tentative de qualification de l'écurie Connew eut lieu lors du Grand Prix de Grande-Bretagne. Lors de la première séance d'essais libres, Migault réalisa une excellente performance, mais les ressorts de sa suspension cédèrent à nouveau. Suite à ces dégâts, Migault dut abandonner au bas de Paddock Hill. Malgré cette séance écourtée, il signa un chrono de 1 min 30 s 2, à seulement une seconde du deuxième meilleur temps de cette même séance – celui d'une voiture qualifiée pour la grille de départ.

L'équipe a récupéré la voiture et s'est précipitée vers son atelier pour réparer les dégâts, travaillant sans relâche pendant 40 heures. Au moment même où l'escorte policière (que le comptable de l'équipe avait réussi à organiser) arrivait pour accompagner l'équipe jusqu'au circuit, une fissure a été repérée sur un montant arrière et le Grand Prix de Grande-Bretagne de l'équipe Connew s'est terminé avant même d'avoir commencé.

Malgré deux forfaits consécutifs, l'équipe Connew restait optimiste avant de se rendre au Nürburgring pour le Grand Prix d'Allemagne. Il convient de noter qu'à cette époque, l'ASN (Autorité Nationale du Sport) exerçait un contrôle bien plus important sur son propre Grand Prix qu'aujourd'hui. Ainsi, à leur arrivée à Brands Hatch, les membres de l'équipe Connew furent accueillis comme des locaux et leur inscription se fit sans problème. Il en fut autrement pour l'ASN. N'ayant pas fourni les documents nécessaires avant la course, l'équipe se vit refuser l'inscription. Et même si une pétition, signée par la quasi-totalité des équipes, demandait à Connew d'être autorisée à participer, la réponse de l'autorité allemande demeura inchangée : « Nein ».

Le porte-soupapes arrière problématique

L'équipe retourna donc au Mans pour poursuivre les essais, et deux semaines plus tard, elle arriva à l'Österreichring pour le Grand Prix d'Autriche 1972. Bien que la PC-1 n'ait pas encore réussi à se qualifier pour une course, l'équipe commençait à se sentir pleinement intégrée au monde des Grands Prix. De nouvelles bagues furent usinées sur le tour mobile de McLaren et un mécanicien de Brabham aida à résoudre un problème d'allumage dû à un mauvais acheminement des conduites de carburant.

Cette année-là, les organisateurs avaient décidé que 25 voitures prendraient le départ, alors que 26 étaient inscrites. Les membres de l'écurie Connew étaient très inquiets pour leurs chances. Le pilote Migault était limité à un régime moteur inférieur, ce qui permettait de préserver l'unique moteur de l'équipe, mais pénalisait sa vitesse dans la longue ligne droite principale. Il s'était qualifié en 26e position .

Frank Williams dut retirer sa March, le pilote Henri Pescarolo ayant endommagé la voiture de manière irréparable lors d'un accident en essais. La Connew PC-1 allait enfin disputer son premier Grand Prix de Formule 1. « Le fait d'être en fond de grille ne m'inquiétait pas, c'était le simple fait d'être sur la grille qui comptait, et c'était fantastique », déclara Connew.

Au fil de la course, « Frankie » (surnom 
affectueux donné à son pilote par l'écurie) gagna plusieurs places. Au 21e tour, Migault pointait à la 17e position, mais au 22e tour, le drame survint à nouveau. Une patte de fixation en aluminium d'un triangle de suspension arrière inférieur céda. Migault parvint à la maintenir en place pour éviter que la voiture ne percute les barrières, mais la course de l'écurie Connew s'achevait, et avec elle, sa carrière en Formule 1.

Barry Boor, membre de l'équipe, estime que si la voiture était restée intacte, Migault aurait pu terminer 11e ou 12e, ce qui lui aurait permis de gagner suffisamment d'argent pour participer au Grand Prix d'Italie.

Au lieu de se rendre à Monza, Connew engagea la PC-1 dans une course de Formule Libre à Brands Hatch. Durant l'épreuve, un circlip retenant un axe de piston se rompit, libérant le piston correspondant et provoquant la fissuration de la chemise du cylindre. L'équipe imputa l'ampleur des dégâts à son inexpérience, d'autres équipes présentes dans les stands leur ayant signalé un fonctionnement anormal du moteur.

Cette course marqua la fin de la collaboration avec Migault, que l'équipe avait beaucoup apprécié (sans doute grâce à son humour, son enthousiasme et sa volonté de travailler en équipe). La rupture se déroula toutefois dans d'excellentes conditions. Migault s'était vu promettre cinq Grands Prix de Formule 1 et n'en obtint qu'un seul. Connew, quant à lui, s'était vu promettre 40 000 £, mais n'en reçut qu'un quart environ.

David Purley a piloté la voiture lors de sa dernière participation à une course de Formule 1 hors championnat.

La Connew PC-1 participa à un dernier Grand Prix hors championnat, la course de la victoire de fin de saison à Brand Hatch. Le pilote était David Purley, dont le père finançait l'effort via sa société Lec Refrigeration, notamment la reconstruction du moteur Ford Cosworth DFV endommagé. « (Purley) avait demandé l'installation d'un coupe-circuit au volant, mais lorsque le câblage électrique a lâché lors du tour de chauffe, il a dû abandonner », expliqua Connew. Une fois de plus, la Connew PC-1 ne prit pas le départ.

La Connew PC-1 fit quelques apparitions peu remarquables en 1973, convertie désormais aux spécifications de la Formule 5000, équipée d'un V8 Chevrolet de 5,0 litres construit par Morand et d'une suspension arrière plus conventionnelle.

Un moteur V8 Chevrolet Small Block F5000 a été installé après la fin de sa carrière en Formule 1.

La dernière course de la PC-1 était une autre manche de Formule 5000, cette fois-ci avec de grands espoirs, puisque le pilote était l'ancien champion de Formule 3 britannique et vainqueur du Grand Prix de Monaco de Formule 3, Tony Trimmer. Pendant la course, une tourelle d'amortisseur a cédé, projetant la voiture contre les barrières. Trimmer est sorti indemne, mais la PC-1 a été gravement endommagée. Sans surprise, compte tenu du rôle joué par le circuit de Brands Hatch dans l'histoire de Connew, c'est à Brands Hatch que s'est terminée la carrière de la voiture.

Alors, qu'est-il advenu de la Connew PC-1 ? Si le moteur Ford-Cosworth DFV est allé à Tom Wheatcroft et la boîte-pont Hewland DG 300 à Alain de Cadenet, étonnamment, la majeure partie du reste de la voiture est restée en possession de Peter, bien qu'en pièces détachées.

Les deux châssis sont restés des décennies dans le jardin de Peter Connew. En 2016, l'équipe d'origine, composée de Connew, Boor et de leur ami et mécanicien en chef Roger Doran, s'est attelée à leur restauration. Faute de moteur et de boîte-pont en stock, ils ont emprunté un moteur DFV hors service à l'historien du sport automobile Doug Nye et une boîte de vitesses Hewland aux restaurateurs Hall & Hall. La voiture a fait ses débuts (non roulante) au Festival de vitesse de Goodwood 2017 et a été de nouveau exposée lors de l'événement « Hall of Fame Live » du magazine Motor Sports, à l'occasion de Race Retro, en 2018. Il est prévu d'en présenter un exemplaire en état de marche lors d'une prochaine édition du Festival de vitesse de Goodwood, où elle sera sans aucun doute accueillie chaleureusement.

Le mot de la fin revient à Peter Connew : « En termes de sport automobile, ce ne fut pas un succès. Mais selon moi, ce fut un succès total. Je m’étais fixé pour objectif de construire une voiture de Grand Prix, et j’ai construit une voiture de Grand Prix. »

27 oct. 2026

REUTEMAN - REGGA

REUTE - REGGA


Au milieu de la saison 1976, Clay Regazzoni fait équipe avec Niki Lauda chez Ferrari. Mais le célèbre et intransigeant patron, Enzo Ferrari (le Commendatore), commence à s'agacer des performances du pilote suisse et cherche discrètement à le remplacer par Carlos Reutemann.

Le point de non-retour est atteint à cause d'une anecdote extra-sportive insolite : Regazzoni signe un contrat publicitaire personnel pour faire la promotion d'une marque de jeans. Problème majeur : la marque de vêtements utilise sans autorisation le logo officiel de Ferrari le célèbre Cheval Cabré (Cavallino Rampante). Pour Enzo Ferrari, ce sacrilège commercial est l'excuse parfaite pour écarter 

Après le terrible accident de Niki Lauda au Nürburgring en août 1976, Ferrari précipite les choses et recrute immédiatement Carlos Reutemann. Pensant remplacer Lauda, l'Argentin se retrouve finalement à cohabiter temporairement avec le champion autrichien (revenu miraculeusement à la compétition) et... Clay Regazzoni ! À la fin de l'année, Regazzoni est définitivement poussé dehors au profit de Reutemann.

L'ironie de l'histoire du sport automobile bégaie trois ans plus tard, en 1979
Clay Regazzoni rebondit chez la jeune écurie Williams et entre dans l'histoire en lui offrant sa toute première victoire en Grand Prix à Silverstone au volant de la FW07. 
Pendant ce temps, Carlos Reutemann s'est exilé chez Lotus mais voit que la Williams est devenue la voiture la plus rapide du plateau. 

Pour la saison 1980, l'histoire se répète à l'envers : Frank Williams décide d'engager Carlos Reutemann. Le pilote qui fait les frais de cette signature et perd son volant n'est autre que... Clay Regazzoni.

Clay Regazzoni était un bon vivant au tempérament de feu, adoré du public, pilotant pour le pur plaisir de la vitesse.

Carlos Reutemann (surnommé "El Lole") était un personnage ténébreux, un styliste de la trajectoire au talent immense, mais profondément tourmenté et énigmatique. 


THERIER le Fox

THERIER

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Jean-Luc Thérier, l'un des "mousquetaires" d'Alpine, détestait les reconnaissances et courait souvent "à l'aveugle". Il estimait que ne pas saturer le cerveau de kilomètres inutiles préservait le plaisir et l'instinct du pilotage. 

Une approche pure et naturelle qui fonctionnait, puisqu'il a survolé le championnat du monde 1973. 

Surnommé « Le Fox », il fuyait les notes interminables et préférait miser sur ses réflexes et sa lecture immédiate de la route.
Dans Alpine Renault, il incarnait l'esprit joyeux, convivial et fraternel de l'âge d'or de la fameuse berlinette A110. 

Contrairement aux pilotes modernes ultra-préparés, il gérait ses courses au feeling, quitte à surprendre ses rivaux nordiques sur la terre. 

HERD JARIER et March

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L'ingénieurRobin Herd (cofondateur de l'écurie March et ancien concepteur chezMc Laren) entretenait des relations très directes et complices avec ses pilotes, allant parfois jusqu'à leur confier ses propres tâches d'ingénierie de piste. 

Impressionné par le pilotage ultra-rapide de JP Jarier dans les courbes du circuit de Charade en Formule 3, Robin Herd le recrute immédiatement. 

Jarier racontait qu'à l'époque, Herd le considérait comme un vrai technicien et lui déléguait une grande partie des réglages de piste. 

Le pilote français accueillait d'autres pointures de l'équipe, prenait leur monoplace, s'occupait des modifications de setup, tandis que les clients payaient directement l'usine. 

26 oct. 2026

DARNICHE insolites

DARNICHE
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Bernard Darniche a raté son permis de conduire quatre fois avant de l'obtenir in extremis grâce à un inspecteur lucide. 

Le futur champion d'Europe et sextuple vainqueur du Tour de Corse a dû passer l'examen à quatre reprises avant d'être reçu à Corbeil-Essonnes. 
En lui délivrant le précieux sésame lors de la quatrième tentative, l'inspecteur des mines lui a lâché cette phrase culte : « Je vous le donne, mais évitez de conduire ! » 

Surnommé « La Luge » pour son pilotage chirurgical sur asphalte et sur neige, Darniche dominait les spéciales les plus piégeuses du monde (comme le Col de Turini). 

Cette galère avec le permis de conduire a façonné son regard critique sur l'absurdité de certaines réglementations routières administratives, lui qui est devenu par la suite un fervent acteur de la sécurité et du civisme sur la route à travers son association.

25 oct. 2026

MERZARIO LAUDA

MERZARIO LAUDA

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Au terme de la saison 1973, Jacky Ickx et Arturo Merzario doivent céder leur place chez Ferrari à Clay Regazzoni et à Niki Lauda. Arturo est engagé chez Frank Williams et c’est au volant d’une Williams, qui portait alors les couleurs du Walter Wolf Racing, qu’il s’aligne au fameux Grand Prix d’Allemagne de 1976 où il sauva la vie à Niki Lauda, un pilote qu’il ne portait pourtant guère dans son cœur.

« Non seulement, il m’avait piqué ma place chez Ferrari en Formule 1, mais il m’avait également joué un sale coup en 1971 en me privant au Salzburgring d’une victoire qui m’aurait permis de remporter le titre de champion d’Europe dans la catégorie des prototypes jusqu’à deux litres. Moi, je disputais tout le championnat en tant que pilote officiel d’Abarth alors que lui n’était venu disputer que cette seule et unique course, proche de son domicile de Salzbourg, au volant d’une Chevron. Celle-ci était plus puissante que mon Abarth et il remporta la course alors que j’avais dû me contenter du 2e rang. Après la course, je lui dis qu’il avait faussé le championnat et il me répondit d’une façon plutôt arrogante, du style je m’en fous de ton championnat, moi on me paie pour gagner. »

« Inutile de préciser que l’avais trouvé très antipathique ». « Cela ne m’a cependant pas empêché de me jeter dans les flammes et de l’extraire de sa monoplace en feu au Nürburgring. Mais le sommet de mon antipathie à son égard a été atteint lorsqu’il est revenu courir à Monza quatre semaines plus tard. Je m’attendais à ce qu’il me téléphone ou vienne me remercier. Or, rien du tout. Il ne m’a même pas cité lorsqu’il a expliqué son accident lors de la conférence de presse précédant le Grand Prix d’Italie. »

« Quelques semaines plus tard, il est cependant venu me remercier dans les boxes du Salzburgring. J’y courais au volant d’une Alfa Romeo et il m’offrit une Rolex. Il s’agissait en fait d’un cadeau recyclé qui provenait de son ancienne compagne Mariella Reininghaus avant qu’il n’épouse Marlene et, comme je l’ai relevé précédemment, il habitait à côté du circuit », explique Arturo Merzario

« Mon premier réflexe a été de refuser ce cadeau recyclé tellement le bonhomme m’insupportait ». « Mais j’ai quand même fini par l’accepter avant de le confier à notre ingénieur Carlo Chiti et de me mettre au volant de mon proto Alfa Romeo T33. Je n’ai jamais porté sa montre. Je ne voulais pas que les gens me disent en voyant sa breloque à mon poignet: ah, la belle montre, c’est celle que Niki t’a offerte pour te remercier… »

Les contacts entre Arturo Merzario et Niki Lauda restèrent longtemps glaciaux. Cela jusqu’en 2006. Le mérite du «réchauffement» des relations entre ces deux pilotes de légende incombe à Bernie Ecclestone. A l’occasion du 30e anniversaire de l’accident du Nürburgring, le «barbecue» comme l’appelle cyniquement Niki Lauda,

le grand argentier de la Formule 1 avait organisé une petite cérémonie à l’endroit même où le pilote autrichien avait bien failli perdre la vie le 1er août 1976. « Il avait convié une télévision allemande et je devais aller chercher derrière une glissière une oreille de cochon en plastique. Je devais ensuite la remettre à Niki en lui disant: J’ai retrouvé ce que j’avais oublié de te donner il y a 30 ans. Ce fut une belle rigolade et la journée se termina par un repas où nous avons évoqué beaucoup d’anecdotes. Depuis lors, il n’y a plus aucun contentieux entre nous deux et chacune de nos rencontres s’avère très chaleureuse ».