2 juin 2026

ANDRETTI 1er pilote

M Andretti et JP Jarier

RETOUR A LA TABLE DES MATIÈRES

Mario Andretti et l'affaire Peterson

Le champion et son lieutenant

À la fin de la saison 1977, Ronnie Peterson pilote encore pour Tyrrell et sa spectaculaire P34 à six roues. Dans le même temps, les rumeurs d'un transfert chez Lotus deviennent de plus en plus insistantes.

Le Suédois est alors considéré comme l'un des pilotes les plus rapides du monde. Son arrivée chez Lotus ne fait guère de doute, mais elle s'accompagne d'une condition particulière.

Mario Andretti, pilote vedette de l'équipe de Colin Chapman, souhaite conserver un statut privilégié. Selon plusieurs témoignages rapportés à l'époque, l'Américain exige que Peterson accepte un rôle de soutien et ne puisse en aucun cas compromettre sa quête du titre mondial.

Andretti aurait même menacé de quitter Lotus si cette garantie ne lui était pas accordée.

Ronnie Peterson accepte néanmoins ces conditions. La nouvelle Lotus à effet de sol paraît capable de dominer la Formule 1, et le Suédois est convaincu du potentiel révolutionnaire de la voiture.

Une hiérarchie très claire

Tout au long de la saison 1978, de nombreux épisodes alimentent les discussions.

À Brands Hatch, Peterson réalise la pole position avec une marge impressionnante. Pourtant, au départ, il choisit volontairement la partie la moins favorable de la grille, laissant à Andretti la trajectoire idéale pour aborder le premier virage.

À Hockenheim, alors qu'il domine les essais et semble disposer d'un rythme supérieur en course, il s'efface au profit de son équipier.

D'autres observateurs affirment qu'au Grand Prix de France, des ajustements auraient été effectués afin que la voiture de Peterson reste derrière celle d'Andretti lors des qualifications.

Vraies ou exagérées, ces histoires participent à construire l'image d'un Ronnie Peterson contraint de mettre son immense talent au service de la conquête du titre de Mario Andretti.

La lassitude de Peterson

Au fil des mois, la situation devient difficile à accepter pour le pilote suédois.

Habitué à se battre pour la victoire, Peterson supporte de moins en moins les consignes d'équipe et les limitations imposées par Lotus.

Sa décision est finalement prise : il quittera l'écurie à la fin de la saison pour rejoindre McLaren.

Un choix qui doit lui permettre de retrouver sa liberté et son statut de pilote de premier plan.

Les intérêts de Chapman

Certains membres de l'entourage Lotus avancent également une autre explication à la stratégie de Colin Chapman.

Selon plusieurs témoignages, le fondateur de Lotus nourrit alors l'ambition de développer davantage son activité aux États-Unis.

Rex Hart évoquera plus tard l'idée qu'un champion du monde américain pouvait représenter un formidable argument commercial pour faciliter cette expansion.

Dans cette optique, la réussite de Mario Andretti devenait un enjeu dépassant largement le cadre sportif.

Monza 1978 : la tragédie

Le 10 septembre 1978, au départ du Grand Prix d'Italie à Monza, un accident dramatique bouleverse la Formule 1.

Ronnie Peterson est grièvement blessé.

Le paddock entier est sous le choc.

Les jours suivants, plusieurs de ses amis et rivaux lui rendent hommage. Emerson Fittipaldi, James Hunt, Niki Lauda, Jody Scheckter ou encore John Watson participeront à ses funérailles en portant son cercueil.

Parmi les personnes présentes figure également Gunnar Nilsson, lui-même gravement atteint d'un cancer. Malgré son état de santé, il tient à faire un dernier adieu à celui qui avait pris sa place chez Lotus.

L'absence de Mario Andretti à cette cérémonie sera parfois critiquée. Certains lui reprocheront de poursuivre ses engagements sportifs alors que le monde de la Formule 1 pleure l'un de ses pilotes les plus appréciés.

Une autre version

D'autres témoignages dressent cependant un portrait différent de l'attitude d'Andretti.

Champion du monde dès l'issue du Grand Prix de Monza, il aurait refusé toute célébration immédiate avant d'obtenir des nouvelles rassurantes concernant l'état de santé de Peterson.

Selon cette version, Mario n'accepte de trinquer à son titre qu'après avoir reçu un appel lui indiquant que son équipier souffre essentiellement de fractures aux jambes et que son pronostic vital n'est pas engagé.

Ce n'est que le lendemain matin, alors qu'il se rend à l'hôpital pour lui rendre visite, qu'il apprend le décès du Suédois à la suite de complications.

Comme souvent en Formule 1, plusieurs récits coexistent et chacun se forge sa propre opinion.

Un trait de caractère ancien

Les critiques adressées à Andretti ne datent pas uniquement de son passage chez Lotus.

Dès 1965, alors qu'il poursuit son ascension en sport automobile américain, il souhaite déjà occuper une position dominante au sein du team Brawner.

Le vétéran Chuck Hulse devait initialement piloter la seconde voiture de l'équipe, mais il est finalement écarté.

Un épisode qui renforce l'image d'un Mario Andretti extrêmement sûr de son talent et peu enclin à partager la lumière.

Entre ambition et controverse

Mario Andretti restera l'un des plus grands pilotes de l'histoire du sport automobile. Son titre mondial de 1978, ses succès en IndyCar, à Daytona ou encore à Indianapolis témoignent d'un talent exceptionnel.

Mais son association avec Ronnie Peterson continue d'alimenter les débats.

Pour certains, Andretti n'a fait qu'utiliser les règles d'une Formule 1 où les consignes d'équipe étaient monnaie courante.

Pour d'autres, Peterson fut sacrifié au profit d'un champion désigné d'avance.

Près d'un demi-siècle plus tard, cette histoire demeure l'un des épisodes les plus discutés de l'ère Lotus.

Schumacher mal-aimé

Schumacher, le mal-aimé

Pourquoi tant de haine ?

À la fin de la saison 2002, Michael Schumacher a déjà réécrit une grande partie des livres de records de la Formule 1.

Titres mondiaux, victoires, podiums, records du tour, points marqués : partout son nom apparaît au sommet des statistiques.

Pourtant, contrairement à d'autres géants de la discipline, il ne bénéficie pas d'une admiration unanime.

Pourquoi ?

Sans doute parce que derrière les chiffres extraordinaires se cache une carrière marquée par une succession de polémiques qui ont profondément divisé les passionnés.

Entre coups de génie et coups de volant contestés, Schumacher a souvent donné l'impression d'évoluer à la limite du règlement... et parfois au-delà.

Les débuts : un compétiteur sans compromis

Avant même la Formule 1, Schumacher affiche déjà un caractère bien trempé.

En Formule Ford, alors que de nombreux pilotes voient d'un mauvais œil la domination de Mika Salo, Michael est l'un des rares à aller féliciter son rival après les courses.

Mais cette sportivité cohabite déjà avec une agressivité redoutable en piste.

En Formule 3, les accrochages se multiplient. À Macao en 1990, il se retrouve roue contre roue avec Mika Häkkinen dans les derniers tours. Les deux voitures s'accrochent violemment alors que le Finlandais semblait se diriger vers la victoire.

Schumacher viendra présenter ses excuses, mais l'épisode contribue déjà à construire sa réputation.

La même année, il est également impliqué dans plusieurs incidents en championnat d'Allemagne et connaît même une disqualification au Mans en Formule 3 pour l'utilisation irrégulière d'une voiture de réserve.

L'affaire Jordan

Lorsque Eddie Jordan lui offre sa première chance en Formule 1 à Spa en 1991, le jeune Allemand impressionne immédiatement.

Mais en coulisses, son manager Willi Weber prépare déjà l'avenir.

Jordan souhaite sécuriser son pilote avec un contrat de plusieurs saisons. Weber refuse de s'engager trop vite.

Pendant que l'équipe irlandaise croit tenir sa future vedette, des discussions sont discrètement engagées avec Benetton.

Quelques jours plus tard, Schumacher change d'équipe.

Jordan saisit la justice, sans succès.

La carrière de Michael est lancée.

1994 : l'année des soupçons

La saison 1994 est probablement celle qui va façonner définitivement son image.

La Benetton impressionne dès les premiers Grands Prix par ses départs parfaits. Ayrton Senna s'interroge publiquement sur la légalité de certaines aides électroniques.

La FIA lance une enquête approfondie.

Les analyses révèlent notamment la présence d'un programme de contrôle de départ (« launch control ») dans les logiciels de l'équipe.

Impossible cependant de démontrer qu'il a été utilisé en course.

L'affaire se termine sans condamnation majeure mais laisse planer un doute durable.

La même saison, Schumacher est sanctionné à plusieurs reprises :

  • pénalité à Silverstone pour non-respect des consignes officielles ;
  • suspension après le Grand Prix de Belgique ;
  • disqualification pour usure excessive du fond plat.

Chaque épisode alimente les critiques.

Adélaïde 1994 : le titre de la discorde

L'image la plus controversée de sa carrière arrive lors du dernier Grand Prix de la saison.

Schumacher et Damon Hill jouent le championnat.

Après une erreur qui endommage sa Benetton, Michael voit revenir la Williams de son rival. Quelques secondes plus tard, les deux voitures entrent en collision.

Les deux abandonnent.

Schumacher devient champion du monde.

Pour ses partisans, il s'agit d'un simple incident de course.

Pour ses détracteurs, il a volontairement éliminé son adversaire.

Trente ans plus tard, le débat continue.

La méthode Schumacher

Au fil des saisons, un schéma se répète.

Lorsque la situation devient critique, Schumacher défend sa position avec une agressivité rarement vue à ce niveau.

Hill, Villeneuve, Frentzen, Coulthard, Häkkinen, Montoya ou encore son propre frère Ralf en feront l'expérience.

Ses changements de trajectoire au départ, ses fermetures de porte tardives et certaines manœuvres défensives deviennent sa signature.

L'Allemand assume d'ailleurs pleinement sa philosophie :

« Les règles existent. Je me contente de les utiliser. »

Cette approche lui permet souvent de prendre l'avantage, mais elle contribue aussi à détériorer son image.

Jerez 1997 : la faute de trop

Trois ans après Adélaïde, le scénario se répète.

Au Grand Prix d'Europe disputé à Jerez, Jacques Villeneuve attaque la Ferrari.

Schumacher comprend immédiatement que son titre est en danger.

Il braque vers la Williams.

Cette fois, le résultat est différent.

La Ferrari termine sa course dans le bac à gravier tandis que Villeneuve poursuit sa route vers le titre mondial.

Face aux images, la défense est difficile.

La FIA exclut Schumacher du classement du championnat 1997.

Pour beaucoup, cet épisode restera la preuve la plus évidente de ses excès.

Ferrari : le règne absolu

À partir de 1996, Schumacher rejoint Ferrari.

Avec Jean Todt, Ross Brawn et Rory Byrne, il participe à la reconstruction complète de la Scuderia.

Le succès est phénoménal.

Mais les controverses ne disparaissent jamais vraiment.

Les ordres d'équipe deviennent monnaie courante.

Les équipiers sont clairement désignés comme soutiens du pilote numéro un.

L'affaire Barrichello au Grand Prix d'Autriche 2002 symbolise cette période.

Rubens ralentit volontairement à quelques mètres de la ligne afin de laisser passer Schumacher.

Le public siffle.

La presse s'indigne.

Michael tente d'atténuer le scandale en offrant son trophée à son équipier sur le podium.

Le mal est déjà fait.

Un champion hors normes

Ce qui rend Schumacher si particulier est sans doute ce mélange unique de talent exceptionnel et de controverses permanentes.

Ses qualités sont incontestables :

  • vitesse pure ;
  • capacité de travail hors du commun ;
  • préparation physique révolutionnaire ;
  • implication technique exceptionnelle ;
  • faculté à fédérer une équipe entière autour de lui.

Mais son obsession de la victoire lui a parfois fait franchir des limites que d'autres champions refusaient d'approcher.

Là où Fangio, Clark, Stewart ou Prost restent souvent associés à une certaine élégance sportive, Schumacher demeure une figure plus complexe.

Admiré par les uns.

Contesté par les autres.

Les chiffres de 2002

À l'issue de la saison 2002 :

  • Champion du monde
  • 11 victoires
  • 17 podiums en 17 Grands Prix
  • 144 points sur 170 possibles

Depuis ses débuts :

  • 197 Grands Prix disputés
  • 64 victoires
  • 94 podiums
  • 51 records du tour
  • 945 points inscrits

Ferrari totalise alors 46 podiums consécutifs depuis 1999, dont 38 obtenus par Schumacher.

Le paradoxe

Peu de pilotes ont dominé leur époque avec une telle autorité.

Peu de pilotes ont également suscité autant de débats.

Michael Schumacher possédait probablement le talent nécessaire pour devenir une légende incontestée de la Formule 1.

Mais sa volonté de gagner à tout prix a souvent éclipsé ses performances.

C'est tout le paradoxe du champion allemand : ses records sont presque unanimement reconnus, alors que son héritage sportif continue, lui, à diviser les passionnés.

 

F1 guerre des pneus

La guerre des pneus en Formule 1

Keith Duckworth, le père des moteurs Cosworth, résumait souvent la compétition automobile par une formule simple :

« La course est une affaire de pneus. »

Car disposer du moteur le plus puissant du plateau ne sert à rien si cette puissance ne peut être transmise efficacement à la piste.

L'histoire de la Formule 1 lui donnera largement raison.

Les années d'après-guerre

À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les voitures de course existent encore, mais les pneumatiques constituent un véritable problème.

Les monoplaces peuvent souvent être remises en état avec les moyens du bord, mais les pneus d'avant-guerre sont usés ou inutilisables. Les manufacturiers peinent à relancer leur production et certains pilotes doivent se contenter de solutions improvisées.

On verra même une monoplace courir avec des pneus destinés à une Jeep militaire.

À cette époque, Pirelli est pratiquement le seul fournisseur capable de proposer des pneumatiques modernes et performants. Ses produits sont coûteux, mais efficaces. Même Alfa Romeo, championne du monde en 1950 et 1951, achète ses pneus auprès du manufacturier italien.

En contrepartie, Pirelli récompense les victoires par diverses primes.

Dunlop adopte une politique différente. Les récompenses financières existent également, mais les meilleurs pilotes bénéficient surtout de remises importantes sur les fournitures. Cette stratégie lui permet d'équiper rapidement une grande partie du plateau.

Ferrari, Gordini et Talbot restent fidèles aux pneus Englebert, dont la conception dérive encore largement des technologies d'avant-guerre. Le manufacturier belge compense son retard technique par une politique commerciale agressive : montage gratuit et primes parfois généreuses.

Mercedes et la suprématie Continental

En 1954 et 1955, les Mercedes-Benz W196 dominent la Formule 1.

Équipées de pneus Continental particulièrement performants, les Flèches d'Argent semblent imbattables.

Puis survient la catastrophe des 24 Heures du Mans 1955. Le retrait des constructeurs allemands bouleverse l'équilibre du sport automobile. Dans ce climat difficile, Pirelli décide également de quitter la discipline.

Maserati et Vanwall sont autorisées à utiliser les stocks restants jusqu'en 1957.

Pendant ce temps, Ferrari remporte le championnat avec des pneus Englebert, tandis que Dunlop poursuit sa progression.

Une autre révolution se prépare pourtant.

Ferrari refuse encore les freins à disque, alors que Vanwall démontre déjà leur supériorité. Mike Hawthorn et Peter Collins négocient directement avec Dunlop afin d'obtenir cette technologie.

La contrepartie est claire : pour conserver les freins à disque, Ferrari devra adopter les pneus britanniques.

Le marché est conclu.

Englebert se retire et Dunlop obtient un quasi-monopole en Formule 1 jusqu'au milieu des années 1960.

Ford change les règles du jeu

Au début des années 1960, Lee Iacocca lance le programme « Total Performance » chez Ford.

Son objectif est clair : associer l'image sportive de la compétition automobile au lancement de nouveaux modèles destinés à une clientèle jeune, notamment la Mustang.

Après l'échec des négociations pour le rachat de Ferrari, Ford décide de battre l'Italien sur son propre terrain.

Le programme GT40 est lancé.

Pour Firestone et Goodyear, il ne fait aucun doute que Ford finira par remporter les 24 Heures du Mans. Les essais se multiplient à une échelle jamais vue. Des fortunes sont investies dans le développement des pneus.

Pour la première fois, les pilotes commencent à gagner des sommes considérables grâce aux manufacturiers.

Les compagnies pétrolières, qui soutenaient jusque-là une partie de la Formule 1, ne peuvent suivre cette inflation et réduisent progressivement leur engagement.

La FIA réagit en autorisant les voitures à abandonner les couleurs nationales pour adopter celles de leurs sponsors.

Une nouvelle ère commence.

Goodyear, Firestone et la bataille mondiale

En 1964, Goodyear fait son entrée en Formule 1 avec Brabham et Honda et décroche rapidement sa première victoire.

Firestone répond en renforçant sa présence auprès de Lotus et Ferrari.

Dunlop se retrouve pris en étau.

Pourtant, Ken Tyrrell convainc son directeur sportif Dick Jeffrey de tout miser sur Jackie Stewart et Matra.

Le pari porte ses fruits.

Firestone remporte le championnat 1968, mais Dunlop prend sa revanche dès 1969.

Les grandes innovations

1966 : les pneus tubeless

Les chambres à air disparaissent progressivement.

Les pneus sans chambre offrent davantage de fiabilité et permettent de nouvelles évolutions techniques.

1968 : la démonstration de Zandvoort

Lors du Grand Prix des Pays-Bas disputé sous la pluie, les Matra de Jackie Stewart et Jean-Pierre Beltoise bénéficient de pneus Dunlop particulièrement performants.

Le résultat est spectaculaire.

Les deux voitures terminent avec un tour d'avance sur l'ensemble du plateau.

Le responsable de Goodyear quitte même le circuit avant l'arrivée afin d'éviter les reproches des pilotes et des directeurs d'équipe équipés de ses pneus.

L'ère Goodyear

En 1970, Tyrrell quitte Matra pour voler de ses propres ailes.

Dunlop, affaibli, se retire.

De 1971 à 1975, la lutte oppose principalement Goodyear et Firestone. Lorsque Firestone abandonne à son tour, Goodyear se retrouve seul fournisseur.

Cette situation ne dure pas.

Michelin entre en scène

Renault arrive en Formule 1 en 1977 avec Michelin.

L'année suivante, Ferrari adopte également les pneus français.

Michelin introduit alors une innovation majeure : le pneu radial.

Les concurrents se montrent sceptiques. Plusieurs pilotes jugent son comportement brutal à la limite de l'adhérence.

Pourtant les résultats sont là.

Face au succès de la technologie française, Goodyear est contraint de s'adapter et de développer ses propres versions.

Ironiquement, c'est néanmoins Goodyear qui remporte le championnat 1978 grâce aux Lotus à effet de sol.

1970 : les premiers slicks

Quelques années auparavant, Goodyear avait déjà révolutionné la discipline en introduisant les pneus slicks, totalement dépourvus de sculptures.

Une innovation devenue incontournable.

La guerre FISA-FOCA

En 1981, le conflit politique entre la FISA et la FOCA finit par lasser Goodyear, qui annonce son retrait.

Bernie Ecclestone conclut alors un accord avec Avon, marque distribuée par sa société IRTS.

Pendant quelques mois, la Formule 1 se retrouve avec quatre manufacturiers :

  • Michelin
  • Goodyear
  • Avon
  • Pirelli

Pirelli effectue un retour discret grâce à Toleman. L'équipe britannique bénéficie notamment des compétences de Rory Byrne, ingénieur de formation chimiste particulièrement intéressé par les pneumatiques.

La situation évolue rapidement.

Michelin et Pirelli quittent la Formule 1 en 1984.

Goodyear retrouve alors une position dominante.

Les arrêts au stand deviennent stratégiques

Durant cette période, l'ingénieur Gordon Murray développe une idée nouvelle.

Selon lui, les pneus modernes permettent d'envisager un changement de gommes en cours de course afin de gagner du temps sur l'ensemble d'un Grand Prix.

Aujourd'hui banale, cette stratégie constituait alors une véritable révolution.

Bridgestone, Michelin et l'ère moderne

En 1997, Bridgestone arrive en Formule 1.

L'année suivante, Goodyear se retire définitivement après plusieurs décennies de présence.

Le manufacturier japonais se retrouve seul jusqu'au retour de Michelin au début des années 2000.

La guerre des pneus est relancée.

Quand les pneus deviennent une arme politique

En 2002, Luciano Burti participe aux essais de développement Bridgestone pour Ferrari.

À cette époque, les manufacturiers sont devenus des partenaires stratégiques majeurs.

Les critiques publiques sont rarement appréciées.

Les pilotes équipés de Michelin évitent soigneusement d'attaquer ouvertement leur fournisseur malgré certaines difficultés de performance.

L'exemple d'Alain Prost reste dans toutes les mémoires. En critiquant publiquement Peugeot lorsque son équipe utilisait les moteurs français, il avait détérioré des relations essentielles dans un sport où les alliances techniques comptent autant que la vitesse.

Car en Formule 1, les pneus ne servent pas seulement à relier la voiture à la piste.

Ils relient aussi les équipes à leurs partenaires, leurs sponsors et parfois à leur avenir.

FORMULE 1 4X4



Les Formules 1 à quatre roues motrices

Lorsque la réglementation de la Formule 1 évolue et que la cylindrée maximale passe de 1500 à 3000 cm³, les ingénieurs se retrouvent face à une nouvelle problématique : comment transmettre efficacement toute cette puissance au sol ?

Pour beaucoup, la réponse paraît évidente. Si les voitures de tourisme et les engins militaires utilisent déjà les quatre roues motrices avec succès, pourquoi ne pas appliquer la même recette à la Formule 1 ?

Les pionniers

L'idée n'est pourtant pas nouvelle.

Dès 1961, Ferguson expérimente la transmission intégrale en Grand Prix. La voiture est confiée notamment à Stirling Moss, qui lui offre un fait d'armes historique en remportant la seule victoire obtenue par une Formule 1 à quatre roues motrices.

La même année, Graham Hill participe également à des essais de la machine.

Séduite par le concept, BRM développe à son tour un prototype utilisant la technologie Ferguson. Richard Attwood prend le volant dès 1964. En Formule 1, la voiture ne laisse guère de souvenirs marquants. Son heure de gloire viendra plus tard lorsque Tom Marsh l'achète et l'engage en course de côte, discipline dans laquelle elle accumule les succès.

La mode du 4x4

À la fin des années 1960, le concept revient brusquement sur le devant de la scène.

En USAC, Lotus et Lola expérimentent la transmission intégrale. Les résultats obtenus par Lotus sont suffisamment encourageants pour convaincre Colin Chapman de poursuivre le développement en Formule 1 pour la saison 1969.

Très vite, d'autres constructeurs suivent le mouvement.

Matra et McLaren lancent leurs propres programmes tandis que Cosworth décide également de construire sa propre monoplace expérimentale.

Pourtant, une voix discordante tente de calmer l'enthousiasme général. Tony Rudd, qui avait déjà travaillé sur la BRM quatre roues motrices de 1964, déconseille fortement à tous les constructeurs de poursuivre dans cette voie.

Ses avertissements resteront lettre morte.

Chapman est tellement persuadé de tenir la solution de l'avenir qu'il revend même certaines de ses Lotus conventionnelles à des pilotes privés afin de concentrer ses efforts sur les nouvelles voitures à transmission intégrale.

Chez Matra, le projet est confié à Derek Gardner, ancien ingénieur de Ferguson et spécialiste reconnu du système.

Le verdict des pilotes

La théorie est séduisante.

La pratique beaucoup moins.

Après quelques essais seulement, Jochen Rindt refuse catégoriquement de piloter la Lotus 4x4. Pour faire passer son message à Colin Chapman, il récupère dans un garage voisin une pancarte publicitaire portant l'inscription :

« Affaire à saisir ».

L'écriteau est immédiatement fixé sur la voiture.

Le jugement du pilote autrichien est sans appel.

Chez McLaren, Bruce McLaren demande au jeune Derek Bell de tester la monoplace intégrale de l'équipe. Une fois les essais terminés, il lui demande ce qu'il en pense.

La réponse est cinglante :

« Je n'ai pas d'avis. Pas de potentiel. Rien. »

Malgré les investissements considérables, les résultats sont désastreux.

Chapman devra finalement racheter certaines de ses anciennes Lotus vendues à des pilotes privés afin de pouvoir revenir à des solutions plus conventionnelles. Un véritable camouflet pour celui qui avait tant cru au projet.

Même Cosworth se trompe

L'échec ne touche pas uniquement les constructeurs de châssis.

Keith Duckworth et Mike Costin, fondateurs de Cosworth, décident eux aussi de construire leur propre Formule 1 à quatre roues motrices en 1969.

La voiture est dessinée par Robin Herd. Duckworth participe personnellement à plusieurs aspects techniques du projet, tandis que Costin travaille notamment sur les roues et les moyeux.

Les premiers essais sont catastrophiques.

Robin Herd, Mike Costin, Trevor Taylor et Brian Young participent aux mises au point mais les conclusions sont unanimes : la voiture est extrêmement difficile à conduire.

Selon Mike Costin :

« Au départ, la répartition du couple était de 55 % à l'arrière et 45 % à l'avant. Mais les réactions dans le volant et les problèmes de comportement ont poussé tout le monde vers des répartitions de 60-40, puis 75-25 et finalement 80-20. »

À ce stade, l'intérêt même de la transmission intégrale devient discutable.

Avec 80 % de la puissance envoyée aux roues arrière, le système se rapproche fortement d'une monoplace classique.

Costin se souvient également :

« Trevor Taylor et moi l'avons essayée. Elle était épuisante à piloter. Après cinq tours seulement, vous étiez complètement vidé. »

Selon plusieurs témoins de l'époque, Keith Duckworth avait lancé ce programme davantage par défi intellectuel que par conviction technique. Persuadé qu'il pouvait faire mieux que les spécialistes du domaine, il sous-estima la complexité du problème.

Le résultat fut à la hauteur de l'ambition : spectaculaire, coûteux... et sans avenir.

Les principales Formules 1 à quatre roues motrices

1961

  • Ferguson — Pilotée par Fairman et Moss
  • Ferguson — Essais réalisés par Graham Hill

1964

  • BRM P67 — Richard Attwood

1969

  • Lotus 63 — Graham Hill, Jo Bonnier, John Miles, Mario Andretti
  • Matra MS84 — Jackie Stewart, Jean-Pierre Beltoise, Johnny Servoz-Gavin
  • McLaren M9A — Derek Bell
  • Cosworth 4WD — essais de Mike Costin, Robin Herd, Trevor Taylor et Brian Young

Une impasse technique

Sur le papier, la transmission intégrale devait résoudre les problèmes de motricité engendrés par l'augmentation spectaculaire de la puissance des moteurs.

Dans la réalité, elle ajoutait du poids, de la complexité mécanique et créait des comportements imprévisibles dont les pilotes se méfiaient.

Ironiquement, alors que plusieurs équipes dépensaient des fortunes pour entraîner les quatre roues, l'avenir de la Formule 1 allait finalement passer par une toute autre révolution : l'aérodynamique et l'effet de sol.

Les Formules 1 à quatre roues motrices n'auront été qu'une fascinante parenthèse dans l'histoire des Grands Prix, une idée séduisante qui, malgré l'énergie déployée pour la faire fonctionner, ne trouva jamais réellement sa place sur les circuits.


Grands Prix en sous-sols

Les Grands Prix des sous-sols

À première vue, l'interdiction des essais privés en Formule 1 semblait être une mesure destinée à réduire les coûts.

La réalité est beaucoup plus complexe.

Prenons l'exemple d'une équipe engagée au Grand Prix de Monaco. Entre deux épreuves, il est pratiquement impossible d'effectuer des essais sur le circuit. Pourtant, dès que la monoplace prend la piste, une quantité considérable de données est immédiatement transmise.

Les informations recueillies par la télémétrie apparaissent non seulement sur les écrans du stand, mais également en temps réel dans les bureaux du siège de l'écurie, parfois situés à plusieurs centaines ou milliers de kilomètres du circuit.

Pendant que le pilote roule en Principauté, une autre course débute dans les bâtiments du team.

Les voitures fantômes

Dans les sous-sols du centre technique, plusieurs châssis d'essais sont installés sur des bancs dynamiques extrêmement sophistiqués.

Ces monoplaces ne voient jamais la lumière du jour, mais elles travaillent presque sans interruption.

À partir des données reçues du circuit, les ingénieurs reproduisent les contraintes rencontrées par la voiture réelle. Les modifications proposées par les pilotes ou les techniciens sont immédiatement testées virtuellement.

Quelques heures suffisent pour déterminer si un réglage est pertinent, s'il améliore les performances ou s'il doit être abandonné.

L'information circule en permanence dans les deux sens.

Les données du circuit alimentent les simulations. Les résultats des simulations retournent ensuite vers les ingénieurs présents sur le Grand Prix.

Même les paramètres moteur peuvent être ajustés à distance alors que la voiture roule encore sur la piste.

Une Formule 1 qui roule sans quitter le bâtiment

La scène est impressionnante.

Dans l'un des bâtiments techniques de l'écurie se trouve une fosse au centre de laquelle est installé un banc dynamique géant. Une Formule 1 complète y est fixée et couverte de capteurs, de câbles et d'accéléromètres.

Chaque élément est surveillé : les suspensions, le châssis, la boîte de vitesses, la direction, les roues, les liaisons mécaniques ou encore les déformations de la coque.

Sous la voiture, une série de vérins hydrauliques travaille dans toutes les directions.

Ils reproduisent les bosses, les vibreurs, les freinages, les accélérations et les efforts subis sur un véritable circuit.

Autour de l'installation, plusieurs ingénieurs suivent les résultats en temps réel. Des caméras numériques analysent les réactions de la voiture tandis que les ordinateurs enregistrent une quantité phénoménale de données.

La monoplace semble vivante.

Elle bondit, oscille, se déforme sous les contraintes. Le volant tourne seul, les roues braquent, les pneus crissent artificiellement.

Parfois même, la simulation va trop loin.

Il arrive qu'un ingénieur demande à l'ordinateur de reproduire un tour plus rapide que prévu. La voiture virtuelle part alors en glissade, effectue un tête-à-queue et le programme se bloque comme après un véritable accident.

Quelques minutes sont alors nécessaires pour relancer l'ensemble du système avant de poursuivre les essais.

Un Grand Prix entre le samedi et le dimanche

Ces bancs d'essais ne se contentent pas de reproduire quelques virages.

Ils peuvent effectuer l'équivalent d'un Grand Prix complet, parfois plusieurs, entre la fin des qualifications du samedi et le départ de la course du dimanche.

Pendant que les spectateurs dorment, les ingénieurs poursuivent le développement de la voiture.

Les réglages sont affinés, les pièces analysées et les scénarios de course simulés à l'infini.

On estime qu'environ 200 informations par seconde sont collectées sur une trentaine de points stratégiques de la monoplace.

La mise au point d'un tel système nécessite souvent plusieurs années de développement et des investissements considérables.

Réduire les coûts ?

L'interdiction des essais privés avait pour objectif de limiter les dépenses des équipes.

Pourtant, les grands constructeurs ont rapidement remplacé les kilomètres parcourus sur les circuits par des infrastructures technologiques gigantesques : simulateurs, bancs dynamiques, centres de calcul et outils de télémétrie capables de reproduire presque toutes les situations réelles.

Les essais ont disparu des circuits.

Ils ont simplement été déplacés dans les sous-sols.

La question reste donc entière : a-t-on réellement réduit les coûts... ou seulement changé leur destination ?

Et puis arrive les simulateurs.

La recette envolée

 La recette envolée

Au début des années 1980, le président de la Confédération brésilienne de l'automobile, que nous appellerons simplement Monsieur « L », se retrouve au cœur d'une affaire pour le moins embarrassante.

Il faut dire que l'homme n'en est pas à sa première controverse. Quelques années auparavant, il avait déjà connu des démêlés avec la justice de son pays et même un séjour en prison après avoir été impliqué dans une affaire de vente de terrains dont il n'était pas propriétaire.

Malgré ce passé agité, il demeure l'une des personnalités importantes du sport automobile brésilien.

Un jour, il s'apprête à quitter Rio de Janeiro pour rejoindre Londres. Dans une main, sa valise de voyage. Dans l'autre, une mallette beaucoup plus précieuse.

À l'intérieur se trouvent 300 000 dollars.

Cet argent correspond au solde restant des recettes du Grand Prix du Brésil 1981, somme destinée aux plus hautes instances du sport automobile international.

Mais l'histoire prend rapidement une tournure inattendue.

Selon les déclarations de Monsieur « L », il n'a même pas eu le temps d'arriver à l'aéroport que des inconnus lui dérobent la mallette et son contenu.

Les 300 000 dollars se seraient ainsi volatilisés dans la nature.

Cette explication ne convainc pas tout le monde.

Du côté des autorités sportives, la réaction est immédiate. Les responsables exigent que la totalité de la somme soit versée malgré la disparition de l'argent. Pour eux, peu importe les circonstances : le montant dû doit être réglé.

Face à cette pression, la Confédération brésilienne est contrainte de combler le manque et de verser les 300 000 dollars réclamés.

L'affaire a des conséquences importantes. Monsieur « L » doit abandonner la présidence de la fédération.

Quant aux fonds disparus, ils seront finalement remboursés par l'intéressé, mais en monnaie brésilienne, les fameux cruzeiros. Entre les fluctuations monétaires et l'inflation de l'époque, l'opération ne lui sera guère défavorable.

L'argent avait disparu une première fois dans une mystérieuse mallette. Il réapparaîtra finalement sous une autre forme, laissant derrière lui plus de questions que de réponses.

RINDT réflexion


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Jochen Rindt

Une « occasion » à ne pas manquer

Jochen Rindt n'avait pas son pareil pour faire passer un message.

À la fin des années 1960, Colin Chapman développe une nouvelle Lotus à quatre roues motrices. Convaincu que cette technologie représente l'avenir de la Formule 1, le patron de Lotus souhaite que ses pilotes participent activement au programme d'essais.

Rindt, lui, n'y croit absolument pas.


Plutôt que de multiplier les discussions techniques, l'Autrichien choisit une méthode beaucoup plus directe. Dans un garage voisin, il récupère un petit panneau publicitaire portant l'inscription : « Occasion à saisir ».

Il place ensuite l'écriteau sur la Lotus expérimentale.

Le message est limpide : selon lui, cette voiture n'a aucun avenir et mérite davantage sa place dans une petite annonce que sur un circuit de Grand Prix.

Une démonstration d'humour aussi mordante qu'efficace, parfaitement dans le style de Rindt.


Talentueux et parfaitement conscient de l'être

Jochen Rindt possédait une confiance en lui peu commune.

Un jour, évoquant ses débuts en compétition, il résume sa situation avec une ironie caractéristique :

« Manifestement, j'ai du talent. Il n'est donc pas très juste que je continue à empêcher les amateurs de gagner quelques trophées. Il va falloir que j'organise ma vie en conséquence. »

Derrière la plaisanterie se cachait une réalité. Rindt savait parfaitement qu'il disposait d'un don exceptionnel pour le pilotage.

À sa majorité, il hérite de la fortune familiale. Son père, industriel prospère dans le secteur de la transformation et du broyage des épices, lui laisse des moyens financiers confortables.

Contrairement à de nombreux pilotes de l'époque, contraints de rechercher des soutiens ou de financer difficilement leur carrière, Rindt peut investir librement dans sa passion.

Cette indépendance lui permet de se consacrer entièrement à la compétition et d'accélérer son ascension vers les sommets du sport automobile.

À la fois brillant, provocateur et souvent lucide sur lui-même, Jochen Rindt restera l'une des personnalités les plus singulières de son époque, un pilote dont le talent était aussi éclatant que le caractère.

1 juin 2026

FILA FILE

Fila, Parmalat et le sens des affaires de Bernie Ecclestone

Au début de la saison 1983, une importante conférence de presse est organisée pour dévoiler la nouvelle Brabham de Formule 1. Une soixantaine de journalistes venus du monde entier sont présents pour découvrir la monoplace qui défendra les couleurs de l'écurie durant le championnat.

La veille de la présentation, tout semble parfaitement en ordre.

Le président de Fila, partenaire de l'équipe, constate avec satisfaction que les Brabham arborent bien les couleurs et les logos prévus dans les accords conclus avec l'écurie. Rien ne laisse présager le moindre changement.

Mais quelques heures avant le dévoilement officiel, coup de théâtre.

Lorsque les bâches sont retirées devant les photographes et les journalistes, le dirigeant de Fila découvre avec stupéfaction que sa marque a pratiquement disparu de la carrosserie. Les emplacements les plus visibles sont désormais occupés par Parmalat, nouveau partenaire majeur de l'équipe.

L'opération a été menée dans la plus grande discrétion.

Au final, Fila ne conserve qu'une présence symbolique : trois autocollants d'environ vingt-cinq centimètres. L'un est placé sur le nez de la voiture, tandis que les deux autres prennent place sur les côtés de l'aileron arrière.

Une visibilité bien éloignée de celle qui avait été envisagée initialement.

L'histoire devient encore plus surprenante lorsque le montant du contrat est révélé. Pour ces trois modestes emplacements publicitaires, Fila aurait déboursé près de 5,5 millions de dollars.

Cette anecdote illustre parfaitement les méthodes du paddock de l'époque, où les négociations commerciales pouvaient être aussi redoutables que les batailles en piste. Elle témoigne également de l'évolution rapide de la Formule 1 des années 1980, devenue un univers où le marketing et les commanditaires commençaient à peser presque autant que la technique et le pilotage.

Dans ce domaine, certains dirigeants possédaient un talent aussi impressionnant pour attirer les sponsors que leurs pilotes pour gagner des courses.

GORDINI destin

Les difficultés de Gordini : pourquoi un tel destin ?

Pour commencer par une anecdote, Amédée Gordini était réputé pour sa simplicité, sa disponibilité et sa grande gentillesse. Pourtant, ceux qui avaient l'occasion de jouer aux cartes avec lui racontaient une tout autre histoire : autour d'une table de jeu, il devenait un redoutable tricheur.

Mais la véritable question demeure : pourquoi Gordini n'a-t-il jamais bénéficié d'un soutien financier important de l'État ou de l'industrie française ?

Un constructeur trop isolé

Au fil des années, plusieurs tentatives furent menées afin de commercialiser les moteurs conçus par Gordini.

La Ford Comète reçut notamment une version équipée d'un moteur V6 Gordini. Des discussions furent également engagées avec le constructeur britannique AC. Cependant, ces projets ne débouchèrent sur aucune collaboration durable. Souvent, les équipes techniques ou les responsables industriels se montraient réticents à travailler avec une structure aussi atypique.

Les véritables réussites commerciales viendront finalement des préparations réalisées pour Renault, notamment sur les Dauphine Gordini, les R8 Gordini puis les R12 Gordini, qui feront connaître son nom auprès du grand public.

Un changement d'époque

La disparition progressive de l'écurie Gordini correspond également à une profonde transformation du sport automobile.

À partir de la fin des années 1950 et surtout durant les années 1960, les budgets explosent. La compétition cesse peu à peu d'être l'affaire d'artisans passionnés pour devenir un domaine dominé par les grands constructeurs et les financements industriels.

Ni Peugeot ni Citroën ne souhaitent soutenir l'entreprise de Gordini. Quant à Renault, son implication reste limitée pendant de nombreuses années.

Face à cette évolution, une petite structure indépendante ne peut plus rivaliser.

Gordini tente pourtant d'être présent partout à la fois : en Formule 1, en Formule 2, en endurance et dans les catégories sport de 1000 à 3000 cm³. Son atelier développe simultanément plusieurs moteurs et plusieurs châssis différents.

Une ambition admirable, mais sans doute déraisonnable au regard de ses moyens.

Le passionné avant l'entrepreneur

Amédée Gordini raisonne avant tout comme un homme de course.

Pour lui, l'essentiel est d'être au départ, même lorsque les finances sont au plus bas. Les moteurs sont exploités jusqu'à leurs dernières limites, les pièces sont réutilisées autant que possible et les équipes travaillent souvent dans l'urgence.

Cette philosophie permet quelques exploits mémorables, mais elle fragilise durablement l'entreprise.

Là où un chef d'entreprise aurait réduit ses engagements pour préserver ses finances, Gordini choisit presque toujours la solution la plus passionnée plutôt que la plus raisonnable.

Son principal défaut n'est peut-être pas le manque de talent ou de moyens, mais une dispersion permanente de ses ressources.

L'esprit Gordini

Malgré les difficultés, l'aventure Gordini demeure l'une des plus belles pages du sport automobile français.

Autour d'Amédée gravite une équipe de mécaniciens, d'ingénieurs et de pilotes qui acceptent des conditions de travail souvent très difficiles. Les journées interminables, les nuits passées à l'atelier et les déplacements improvisés font partie du quotidien.

L'équipe sera d'ailleurs surnommée par certains concurrents « les clochards magnifiques » de la course automobile.

Le Mans 1949 : un premier coup dur

Aux 24 Heures du Mans 1949, Gordini engage pas moins de cinq voitures.

L'ambition est immense, mais la réalité beaucoup plus brutale. Les délais de préparation ne peuvent être respectés et aucune des voitures n'est prête à temps.

Les cinq engagements sont finalement déclarés forfait avant même le départ.

Un épisode révélateur des difficultés chroniques auxquelles l'équipe est confrontée.

1953 : la victoire des "clochards"

Quatre ans plus tard, l'écurie connaît pourtant l'un de ses plus beaux moments.

Au Tour de France Automobile 1953, Jean Behra s'impose au terme d'une performance remarquable.

Cette victoire symbolise parfaitement l'esprit Gordini : des moyens modestes, une équipe sous-estimée, mais une détermination capable de battre des adversaires bien mieux armés.

1955 : l'année du naufrage

En 1955, la situation financière devient critique.

Gordini travaille alors sur une ambitieuse voiture de sport à moteur trois litres. Malheureusement, les fonds manquent. Le projet reste bloqué à environ 70 % d'avancement et ne sera jamais achevé.

Comme si cela ne suffisait pas, survient la catastrophe des 24 Heures du Mans.

À la suite du drame, de nombreuses compétitions sont annulées ou suspendues. Pour une équipe comme Gordini, qui dépend largement des primes de départ et des engagements en course pour survivre, les conséquences sont dévastatrices.

Les rares ressources financières disparaissent brutalement.

Ce choc porte un coup presque fatal à une structure déjà extrêmement fragile.

AILERONS la démesure

Les ingénieurs disposaient d'une liberté presque totale et exploraient toutes les pistes possibles pour gagner quelques dixièmes de seconde. L'apparition des ailes aérodynamiques allait transformer radicalement le visage des monoplaces.

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À cette époque, tout semblait permis : moteurs V8, V12 ou même H16, voitures à quatre roues motrices, turbines expérimentales, monoplaces à six roues, radiateurs déplacés dans les endroits les plus improbables et recherches incessantes sur la répartition des masses.

Lotus, Matra, Tyrrell, BRM, Brabham, March ou Surtees pouvaient encore rêver de victoire. Les écarts étaient faibles, l'innovation permanente et chaque Grand Prix apportait son lot de surprises. Une décennie unique.

L'apparition des ailes hautes

Au Grand Prix d'Afrique du Sud 1969, l'évolution aérodynamique atteint un niveau spectaculaire.

Lotus engage ses trois vedettes : Jochen Rindt, Graham Hill et Mario Andretti. Leurs Lotus 49B sont équipées d'impressionnantes ailes montées directement sur les porte-moyeux arrière. Placées à près de deux mètres du sol, elles peuvent modifier leur incidence grâce à une commande actionnée par le pilote.

L'objectif est simple : augmenter l'appui dans les virages tout en réduisant la traînée dans les lignes droites.

Rob Walker, fidèle client de Lotus, engage quant à lui Jo Siffert avec un système similaire. Le Rhodésien John Love dispose même d'un dispositif automatique modifiant l'angle des ailes lors du passage du cinquième rapport.

Chez Matra, la MS80 adopte la même philosophie. McLaren préfère une approche plus prudente avec des déflecteurs à l'avant et une aile fixe à l'arrière. Brabham suit également la tendance.

Mais ces structures gigantesques présentent un défaut majeur : leurs supports sont extrêmement fins et insuffisamment dimensionnés pour résister aux contraintes aérodynamiques.

Sous l'effet de la vitesse, les montants se déforment. Les ailes vibrent, se plient et finissent parfois par rompre, provoquant une perte brutale d'adhérence.



Les premiers avertissements

Dès le Grand Prix d'Afrique du Sud, les problèmes apparaissent.

Sur la Brabham de Jack Brabham, une aile reste bloquée en position de fort appui, comme lors d'un freinage permanent. L'équipe doit démonter l'ensemble pour poursuivre la course.

Quelques tours plus tard, Jacky Ickx rencontre à son tour des difficultés similaires lorsque les ailes de sa Brabham cèdent.

Fait remarquable, seules les Brabham sont alors touchées par ces défaillances majeures.

Les incidents inquiètent, mais personne n'imagine encore l'ampleur du problème.

Montjuïc : le tournant

Quelques semaines plus tard, le Grand Prix d'Espagne se déroule dans le parc de Montjuïc, à Barcelone.

Le circuit a été modifié à la demande des pilotes afin d'améliorer la sécurité. Malgré cela, les vitesses dépassent désormais 270 km/h dans plusieurs portions du tracé.

Le huitième tour marque le début de la catastrophe.

Graham Hill quitte brutalement la piste. Sa Lotus est détruite. L'origine exacte de l'accident reste alors inconnue.

Onze tours plus tard, Jochen Rindt est victime d'un accident pratiquement identique. Sa voiture percute les rails de sécurité, glisse longuement avant de venir s'écraser contre l'épave de la Lotus de Hill.

Les deux monoplaces officielles sont anéanties.

Plus tard dans la course, Jacky Ickx est lui aussi victime d'une déformation progressive de son aileron avant. Fragilisée tour après tour, la structure finit par céder et provoque une nouvelle sortie de piste.

L'enquête révélera rapidement l'origine des accidents des Lotus. Colin Chapman avait augmenté la surface des ailes afin d'obtenir davantage d'appui aérodynamique. Les contraintes exercées sur les suspensions et les supports dépassaient leurs capacités de résistance.

Les ruptures mécaniques des fixations ont directement provoqué les sorties de route de Hill et Rindt.

La réaction des autorités

Le choc est considérable.

Au Grand Prix de Monaco suivant, Graham Hill, profondément marqué par les événements de Montjuïc, adopte désormais un casque intégral. Rindt, blessé lors de son accident, doit déclarer forfait.

La Commission Sportive Internationale intervient rapidement et exige des fixations beaucoup plus robustes.

Mais la situation devient confuse.

Entre la première et la deuxième séance d'essais, les autorités décident purement et simplement d'interdire les ailes mobiles. Cette décision remet en cause l'homologation même de l'épreuve.

Face au risque de voir le Grand Prix exclu du championnat du monde, la FIA revoit sa position. Les ailes sont finalement autorisées à condition d'être solidement fixées au châssis et intégrées à la carrosserie.

Les immenses structures montées directement sur les suspensions disparaissent alors définitivement.

Tous les temps réalisés lors de la première séance d'essais sont annulés et les équipes doivent revoir leurs voitures dans l'urgence.

L'ère des ailes géantes touche à sa fin.

Les derniers géants

Pourtant, l'idée ne disparaît jamais complètement.

Au début des années 1980, les spécialistes de la course de côte Marcel Tarrès et Marc Sourd poussent une nouvelle fois le concept à l'extrême.

Leurs voitures sont équipées d'ailerons arrière démesurés, solidement ancrés au châssis et culminant parfois à près de deux mètres de hauteur.

L'efficacité est réelle, mais les autorités sportives considèrent rapidement ces dispositifs comme excessifs.

Comme les ailes hautes de Formule 1 dix ans auparavant, ces appendices spectaculaires finiront eux aussi par être interdits.

La Formule 1 et les courses de côte avaient alors vécu l'une de leurs périodes les plus extravagantes : celle où l'imagination des ingénieurs semblait n'avoir aucune limite.

MERZARIO le premier



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Arturo Merzario : toujours le premier à intervenir

Tout au long de sa carrière, Arturo Merzario s'est forgé une réputation particulière. Au-delà de ses performances en piste, il fut très souvent l'un des premiers pilotes à se porter au secours de ses collègues accidentés.

Son courage dans les moments les plus dramatiques du sport automobile est devenu l'une de ses marques de fabrique.

1971 : Buenos Aires

Lors des 1000 kilomètres de Buenos Aires, Merzario est témoin du terrible accident impliquant Ignazio Giunti et Jean-Pierre Beltoise.

Parmi les premiers arrivés sur les lieux, il tente d'apporter son aide à son équipier. Malheureusement, l'ampleur du choc ne laisse aucun espoir. Il ne peut que constater le décès de Giunti, victime de l'un des accidents les plus tragiques de l'époque.

1971 : Monza

Quelques mois plus tard, sur l'autodrome de Monza, la catastrophe frappe à nouveau.

La Porsche de Meier qui percute violemment les installations de sécurité. La voiture part en tête-à-queue, glisse sur la piste puis s'embrase. L'explosion est si violente que le pilote est éjecté tandis que son prototype se désintègre autour de lui.

Grièvement blessé, souffrant de multiples fractures, Meier reste étendu dans l'herbe.

Dans le chaos, Jacky Ickx traverse le brasier. Sa Ferrari heurte un débris ou un obstacle invisible dans la fumée, perd une roue et termine sa course hors de la piste. Peu après, Toine Hezemans franchit à son tour la zone de l'accident et son Alfa Romeo prend également feu.

Une fois encore, Merzario figure parmi les premiers à intervenir auprès des victimes.

1976 : Le Nürburgring

L'acte le plus célèbre de sa carrière se déroule le 1er août 1976 sur le redoutable Nürburgring.

Les relations entre Arturo Merzario et Niki Lauda sont loin d'être amicales. Les deux hommes ne s'apprécient guère. Pourtant, lorsque la Ferrari de l'Autrichien s'écrase et s'embrase, toute rivalité disparaît instantanément.

Lauda racontera plus tard la scène :

« On pouvait voir la Ferrari partir vers la droite, franchir la glissière puis rebondir contre le talus à plus de 200 km/h. Lors de l'impact, le réservoir s'est détaché. La voiture est ensuite restée en travers de la piste. Brett Lunger l'a percutée et l'a poussée sur une centaine de mètres. Puis les flammes ont envahi l'épave. Guy Edwards, Brett Lunger et Harald Ertl ont essayé de me sauver. Enfin, Arturo Merzario a trouvé le courage de se jeter dans le feu pour détacher ma ceinture. »

Sans hésiter, Merzario plonge dans l'incendie malgré la chaleur et les risques d'explosion. Son intervention, aux côtés des autres pilotes arrêtés sur les lieux, contribue directement à sauver la vie du triple champion du monde.

Cet acte de bravoure restera à jamais associé à son nom.

1978 : Monza

Deux ans plus tard, lors du dramatique départ du Grand Prix d'Italie, Arturo Merzario est encore présent parmi les premiers secouristes improvisés.

Au milieu du chaos provoqué par le carambolage du premier tour, il se précipite vers Ronnie Peterson pour lui porter assistance.

Une nouvelle fois, lorsque la tragédie frappe, Merzario est déjà en train d'aider.

Plus que ses résultats en course, c'est peut-être cette constante disponibilité face au danger qui a fait d'Arturo Merzario l'une des figures les plus respectées du paddock.


MOSS anecdotes


Stirling Moss

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Une brouille avec Ferrari

En 1951, Enzo Ferrari invite Stirling Moss à essayer l'un de ses prototypes et prévoit même de lui confier la voiture pour une course à Bari. Le pilote britannique fait le déplacement avec enthousiasme, persuadé qu'il prendra le volant de la machine qui lui a été promise.

À son arrivée, il découvre pourtant que la voiture a finalement été attribuée à Piero Taruffi. Sans explication satisfaisante, Moss se retrouve simple spectateur d'une course qu'il pensait disputer.

Humilié par cette désinvolture, il en garde une profonde rancœur. Durant les années qui suivent, Ferrari lui proposera à plusieurs reprises de rejoindre la Scuderia, mais Moss rejettera systématiquement toutes les offres. Ce n'est qu'au début des années 1960 que les relations entre les deux hommes commenceront à s'apaiser. Un rapprochement est même envisagé en 1962, mais le grave accident dont est victime Moss cette année-là met définitivement fin à toute collaboration possible.

Le test des trois écuries

À la fin de la saison 1955, Stirling Moss souhaite choisir la meilleure équipe pour poursuivre sa carrière. Refusant de se fier uniquement aux promesses des constructeurs, il imagine une méthode inédite.

Il obtient de trois équipes majeures — Connaught, BRM et Vanwall — qu'elles mettent leurs voitures à sa disposition pour une séance d'essais comparatifs. Toutes les monoplaces doivent rouler le même jour, sur le même circuit et dans des conditions strictement identiques.

Moss impose lui-même le protocole : essais avec le plein de carburant, puis avec une charge réduite, avant de répéter les mêmes exercices pour chaque voiture. Cette démarche méthodique lui permet d'évaluer avec précision les qualités et les défauts de chaque machine avant de prendre sa décision pour la saison 1956.

Une approche rare à l'époque, qui témoigne déjà de son professionnalisme et de son intelligence de pilote.

Un charmeur invétéré

En dehors de la piste, Stirling Moss possédait une réputation de grand séducteur.

Même lancé à très haute vitesse, il semblait capable de remarquer dans les tribunes ou au bord du circuit une jeune femme qui attirait son attention. Lors d'un arrêt au stand, il indiquait alors discrètement sa position à son mécanicien.

Celui-ci avait pour mission de retrouver l'heureuse élue et de lui remettre un court message que Moss avait griffonné à la hâte sur un morceau de papier ou parfois directement sur son volant avant le ravitaillement.

SCHLESSER Jo Pas de chance

Schlesser :

Pas de chance

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Je me tuerais ou je serais champion du monde.

1960 : Lors d’essais préliminaires des 24 Heures du Mans, Jo essaie, à la demande du Commandatore, une Ferrari 250 GT. Mais la veille, il est à Bruxelles où il dispute une course. Il ne sera même pas admis au départ. Il prend la route pour Le Mans et arrive vers 3 heures du matin. Il décide de dormir dans sa voiture, mais sans doute trop fatigué, il sort de la piste au sommet de la courbe Dunlop (qui était à l’époque une courbe en plein appui et très rapide). L’auto est détruite.

Jo a le nez, les bras et les jambes cassés. Plusieurs mois en clinique seront nécessaires car sa jambe droite est broyée, mais heureusement elle sera sauvée.

À Chimay, il frôle la mort : il manque d’être décapité par un fil barbelé.

Lors des 24 Heures 1964, les Ford attaquent. Jo, lui, à qui rien ne fait peur, veut pousser. À la sortie de la grande courbe, la voiture est désaxée par une flaque d’eau. La Ford mord le gazon, part en glissade, escalade une partie du talus et revient en contrebas. J. Schlesser est ramené au stand ; le temps de poser un sparadrap sur l’arcade, et le revoilà reparti au volant d’une AC Cobra.

24 Heures du Mans 1967 : avant la mi-course, Andretti tape aux Tertre Rouge. Sa Ford est en plein travers de la piste. Les commissaires courent de partout pour prévenir, mais ils se trompent de drapeau et déploient le drapeau bleu (signal qu’un pilote veut vous doubler ; le jaune signifie danger, et lorsqu’il est agité, danger immédiat sur la piste). Greder se dévie à gauche, pensant qu’une voiture le suit de près ; ainsi il évite la voiture d’Andretti en perdition. McCluskey choisit le côté droit et tape également.

La piste est devenue une chicane. Arrive le pauvre Jo : si le premier coup de volant lui permet d’éviter l’accident, le second est sans effet. Sa Ford tape lourdement. Trois Ford dans le même accident abandonnent.

Jo achète deux McLaren F2 quand Honda lui propose un essai de la Honda RA302 Formule 1, que M. Honda veut absolument développer, voiture que Surtees rejette après des tests, la trouvant dangereuse…

Au GP de France de F1 à Rouen 1968 : ça valait le coup d’attendre 16 ans pour avoir un piège pareil. Au 2e tour, la Honda décroche de l’arrière et bondit vers le milieu de la piste. Le pilote corrige trop fort : la F1 s’engage dans un mouvement de balancier et fonce sur le talus. La roue avant gauche quitte la piste, la F1 percute le talus, se cabre, explose, rebondit en flammes — une torche haute de 10 mètres. J. Schlesser est mort.

La monoplace a 200 litres de carburant et Jo est prisonnier de sa voiture.

Jo aura été spectaculaire jusqu’au bout.