L'anecdote de Jonathan Palmer à Spa en 1985 mêle la fatalité, la structure révolutionnaire d'un châssis et sa double casquette de pilote-médecin.
Lors des essais ou du début du week-end de ces mêmes 1000 km de Spa 1985, Jonathan Palmer est au volant de la Porsche 956B n°14 de l'écurie de Richard Lloyd (GTI Engineering). Victime d'une crevaison soudaine à l'avant-droit à très haute vitesse, sa voiture quitte la piste et s'écrase de face d'une violence inouïe contre les rails de sécurité.
La violence du choc est telle que la barrière Armco s'enfonce de plus d'un mètre. Pourtant, Palmer survit avec "seulement" une fracture à la jambe. La raison ? Le châssis de sa Porsche 956 avait été spécifiquement modifié par Richard Lloyd à Silverstone, remplaçant la feuille d'aluminium classique par une structure en nid d'abeille (honeycomb). Cette conception technique a absorbé l'énergie du choc de manière progressive, lui sauvant littéralement la vie.
Diplômé en médecine de l'Université de Londres (ce qui lui valait le surnom de "The Flying Doctor"), Jonathan Palmer n'a pas perdu son sang-froid après le crash. Alors qu'il est coincé dans l'épave de sa Porsche fumante et que les secours s'activent pour le désincarcérer, Palmer utilise ses propres connaissances médicales.
Pendant qu'il attend les médecins du circuit, il tâte sa propre jambe à travers sa combinaison, analyse la douleur et établit lui-même son diagnostic en signalant calmement aux secouristes où se situe exactement la fracture et comment le manipuler pour éviter d'aggraver sa blessure. Cette lucidité clinique en plein choc a profondément marqué les commissaires de piste présents.
Cet accident va priver Palmer de plusieurs Grands Prix de Formule 1 avec Zakspeed cette année-là. Mais le destin sera bien plus cruel le dimanche pour son homologue Stefan Bellof. Au 75e tour de la course, Bellof tente un dépassement impossible sur Jacky Ickx au creux du Raidillon de l'Eau Rouge. Les deux Porsche 956 s'accrochent. La voiture de Bellof percute un mur en béton de plein fouet et s'embrase, tuant sur le coup le jeune espoir allemand.
Cette hécatombe (la mort de Manfred Winkelhock en Porsche 962 quelques semaines plus tôt, l'accident de Palmer et le décès de Bellof) poussera définitivement Porsche et les écuries privées à abandonner la 956 au profit de la Porsche 962, dotée d'un empattement plus long qui avançait le pédalier derrière l'axe des roues avant pour mieux protéger les jambes des pilotes.





























