ARNOUX
VENGEANCE
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Une finale sous haute tension
Avant la
dernière course à Hockenheim le 26 septembre 1976, deux clans équipés du bloc
Renault s'affrontent pour le titre
René
Arnoux, qui
pilote une Martini-Renault pour l'Écurie Elf dirigée par Hugues de Chaunac
(avec Patrick Tambay comme coéquipier). Arnoux aborde la finale en tête
du championnat avec 4 points d'avance.
Jean-Pierre
Jabouille,
pilote-ingénieur émérite sur l'Elf 2J-Renault de l'écurie Switzerland managée
par Jean Sage, épaulé par son coéquipier Michel Leclère.
Pendant
la course, René Arnoux est victime de soucis mécaniques qui l'oblige à l'abandon. La voie semble libre pour
Jabouille, mais le système de points de l'époque complique la donne : s'il
gagne, il est champion. Or, en fin de course, c'est son propre coéquipier, Michel
Leclère, qui est en tête et s'envole vers la victoire.
Si les
positions restent inchangées (Leclère 1er, Jabouille 2e), l'écart de points
attribué au second ne suffit pas à Jabouille pour dépasser Arnoux au classement
général. Le titre irait alors à Arnoux, pourtant sur le carreau.
C'est là
que le directeur sportif Jean Sage orchestre une stratégie millimétrée
depuis les stands :
À quelques tours de l'arrivée, le panneau de
signalisation intime l'ordre à Michel Leclère de ralentir.
En parfait coéquipier, Leclère s'exécute et se
laisse dépasser par Jabouille.
Pour ne pas éveiller les soupçons d'une tricherie
flagrante ou d'une parodie de course auprès des commissaires, Leclère
reste collé aux échappements de son leader, coupant la ligne d'arrivée à
seulement quelques secondes derrière lui.
Grâce à
ce sacrifice, Jean-Pierre Jabouille remporte la course et coiffe René Arnoux
au poteau pour un tout petit point (53 points contre 52).

L'anecdote
retient l'ambiance glaciale et surréelle à l'arrivée : René Arnoux, resté au
stand, apprend la perte de sa couronne au tout dernier moment. Sur le
podium, contrastant avec l'immense joie de Jabouille, Arnoux affiche une
immense amertume face à cette manipulation tactique qu'il n'avait pas vu venir.
Cette
émulation et ce moteur V6 serviront de rampe de lancement idéale pour le projet
fou de Renault en Formule 1 dès l'année suivante (1977), mené par le même
Jabouille.
La vengeance de René Arnoux met
en scène René Arnoux et Alain Prost dans ce qu'on appelle
"la victoire de la discorde".
En cette
saison 1982, Alain Prost joue le titre mondial au volant de sa
RenaultRE30B. De son côté, René Arnoux enchaîne les abandons et la
malchance, et sait déjà à ce moment-là qu'il va quitter l'écurie française à la
fin de l'année.
Avant le
départ de la course à domicile, le directeur sportif de Renault Sport, Gérard
Larrousse, réunit ses deux pilotes. La consigne d'équipe est très claire : si
les deux Renault mènent la course, Arnoux doit s'effacer et laisser gagner
Prost pour maximiser les chances de ce dernier au championnat du monde.
Les
Renault dominent outrageusement et s'échappent en tête, René Arnoux devant
Alain Prost. En fin de course, l'écurie brandit à plusieurs reprises le panneau
officiel depuis le muret des stands : « P1 PROST - P2 ARNOUX ».
Mais René
Arnoux, frustré par deux ans de disette et galvanisé par son public, décide
d'ignorer totalement les consignes. Il fonce vers le drapeau à damier et
remporte la course devant Prost. Pour la petite histoire, le podium est 100 %
français (Arnoux, Prost et Didier Pironi sur Ferrari).
Trahi et furieux,
Alain Prost quitte le circuit immédiatement après le podium sans même
assister au débriefing technique ni à la conférence de presse, refusant
désormais toute collaboration avec Arnoux.
Face aux
critiques, "Néné" (son surnom) assume pleinement son choix en
déclarant qu'il n'avait aucune raison de voler sa propre victoire et qu'il
n'avait rien commis d'illégal.
L'histoire raconte que
la tension est montée si haut que des supporters en colère ont brûlé la
propre Renault 5 Turbo personnelle d'Alain Prost peu de temps après
l'incident, le public ayant paradoxalement pris le parti de Renault face
aux plaintes du futur "Professeur".
Cette
course brisa définitivement les relations entre les deux hommes et reste l'un
des plus grands psychodrames de l'histoire du sport automobile français.