Neil Oatley
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Les coulisses du duel
Prost-Senna racontées par un ancien ingénieur de McLaren F1
La cohabitation deviendrait vite guerre civile à Woking.
Neil Oatley, qui fut ingénieur
de course de Prost en 1988 (avant de passer designer en chef de McLaren F1,
racontait les coulisses passionnantes de ce duel légendaire.
Il se rappelle que la montée des
tensions avait été très progressive – mais que tout avait changé à mi-saison, à
partir du Portugal.
« C’était bien. Je veux
dire qu’il n’y avait pas vraiment de tension, surtout en 1988. »
« L’ambiance était
plutôt amicale. »
Au Portugal, Prost avait signé
la pole avec cinq dixièmes d’avance sur Senna en qualifications, mais avait
gêné son coéquipier dans un des tours rapides.
« Alain était très
rapide. Littéralement, je pense qu’une demi-heure après le début de la séance,
il a enfilé sa tenue et s’est appuyé sur le mur des stands en regardant
le garage d’Ayrton. Je pense qu’Ayrton voulait juste lui toucher le nez après
ça ! »
Puis en course, Senna réussit
pourtant à passer devant le poleman Prost au moment du départ ; mais le
Français retrouva vite la tête dans la ligne droite principale. A ce moment-là,
Senna poussa presque Prost dans le mur des stands - un vrai premier signe de
tension.
« C’était le premier
moment de tension », « pour
être honnête - c’était peut-être en partie à cause de ce qu’Alain avait fait
l’après-midi précédent. Je pense que l’année avait été assez amicale jusqu’à ce
moment-là, mais cela a créé un peu de tension, tension qui s’est également
manifestée six mois plus tard à Imola. »
À Imola en 1989, la tension
montait encore, jusqu’à atteindre un point de non-retour.
Après un gros crash de Berger, la course reprit et Prost dépassa Senna pour la
tête de course, à Tamburello, juste après la reprise. Mais à Tosa, Senna reprit
les devants et gagnait finalement la course.
Or Prost fut particulièrement
furieux : un accord avait été apparemment trouvé entre les pilotes McLaren
pour que le pilote en tête au virage 1 puisse gagner la course. Oatley se
souvient de cet épisode.
« Évidemment, les choses
ont un peu changé après Imola. »
« Au débriefing, nous
étions assis autour de la table, les deux pilotes, moi-même, et tous les
ingénieurs. Mais les pilotes ne se parlaient jamais. Si Alain voulait savoir
quelque chose sur la voiture d’Ayrton, il demandait à Steve [Hallam, l’ingénieur
de course de Senna], et si Ayrton voulait savoir quelque chose, il me demandait
à moi et pas à Alain. C’était donc une situation un peu étrange, mais il n’y
avait pas vraiment d’animosité. »
Quant aux réglages des pilotes,
Oatley livrait aussi des détails intéressants : apparemment, il n’y avait
de piège mutuel de ce côté.
« Les réglages des deux
pilotes s’écartaient rarement l’un de l’autre. Tout ce qu’ils faisaient,
c’était regarder ce que faisait l’autre dans le garage. »
« Ayrton a toujours été
très amical. Je ne pense pas qu’il me considérait comme un véritable
ennemi. »
« Il était beaucoup plus
intense. Il jouait avec les réglages de la voiture et du moteur. Il amenait les
choses à un niveau différent par rapport à ce à quoi Alain était habitué. Alain
était encore dans le monde où, un samedi après-midi après les qualifications,
il était sur le terrain de golf avec Jacques Laffite deux heures plus tard,
alors qu’Ayrton était enfermé dans le camion avec les ingénieurs de Honda,
essayant de trouver comment il pouvait rendre le moteur plus réactif ou plus
facile à conduire. Il a commencé à amener les choses à un autre niveau. »
Reste que l’arrivée de Senna
précipiterait le départ de Prost – dès 1988, selon Oatley.
« Avec l’arrivée
d’Ayrton en 1988, un grand changement s’est opéré et soudain, il n’y a plus eu
que moi pour m’occuper d’Alain. L’équipe avait déjà décidé de son
avenir. »
Prost ou Senna ? Qui
était le meilleur ?
En tant qu’ancien ingénieur de
Prost, Oatley reste aujourd’hui un des mieux placés pour répondre à la question
à 100 millions : entre Prost et Senna, qui était le meilleur ?
Prost a-t-il d’ailleurs jamais
admis, confié devant son ingénieur, que Senna avait en effet l’avantage au
moins en qualifications ?
« Je ne lui ai jamais
posé cette question. »
« Je pense que mon
intuition me dit que oui Senna était plus rapide sur un tour que Prost, mais
cela ne le dérangeait pas vraiment. De toute évidence, une demi-génération les
séparait. Alain avait donc fait sa part du travail et était bien plus avancé
dans sa carrière. Ayrton voulait prouver qu’il était le pilote le plus rapide
de tous les temps, mais ce n’est pas quelque chose qui a vraiment joué dans
l’esprit d’Alain. »
« Alain se concentrait
pour avoir une bonne voiture pour la course - plutôt que d’une bonne voiture
pour les qualifications. Tout le monde aime être en pole position, mais ce
n’était pas si important pour lui. »











































