18 mai 2026

DUCAROUGE ESPACE F1

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« Quinze jours seulement après mon départ de chez Ligier, Matra m’a contacté par téléphone. Leur message était clair : “On est en difficulté. On a promis à Renault de réaliser un Espace F1 et on n’avance pas assez vite. Il faudrait que tu viennes, parce que tu connais parfaitement le moteur Renault de Formule 1, et tout le train arrière ainsi que la boîte de vitesses proviennent de la Williams FW14.”

Je suis donc parti pour Paris. C’était encore une aventure totalement nouvelle. Il restait énormément de travail avant que l’engin puisse prendre la piste. Comme souvent dans ce genre de projet, les délais étaient extrêmement serrés et Renault réclamait déjà son véhicule.

Avec cet Espace F1, Alain Prost a terrorisé pas mal de VIP sur le circuit Paul-Ricard. Après seulement deux tours de démonstration, certains descendaient du véhicule complètement livides et dans un état pitoyable.

Pour ma part, je ne suis jamais monté dedans. J’avais franchement peur. Et connaissant Alain, je savais très bien qu’à 315 km/h juste avant la grande courbe de Signes, il n’aurait sans doute pas gardé une énorme marge de sécurité… Très honnêtement, c’était beaucoup trop dangereux pour moi ! »

DUCAROUGE LIGIER JS5

DUCAROUGE LIGIER JS5

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La surprise passée, je me suis pas demandé très longtemps ce que j’allais faire après, ça a été à toute allure. Ligier avait son idée derrière la tête. J’ai eu la bénédiction de J.-L. Lagardère pour aller chez Guy qui avait l’assurance de pouvoir utiliser le V12 Matra. 

Matra s’était engagé à recaser tout le monde, soit en interne à Romorantin, ou faciliter un transfert pour peu qu’il soit volontaire et valorisant. Je voulais continuer la course alors j’ai sauté sur l’opportunité Ligier, on m’a autorisé à choisir dans l’équipe 2 ou 3 personnes que j’aimais bien et qui avaient envie de me suivre et on est partis démarrer l’aventure Ligier F1. 

Je pensais qu’en répétant à Vichy les quelques règles d’or que nous avions apprises chez Matra, nous devrions faire quelque chose qui risquait de marcher à peu près bien. 

JS5 J’avais horreur de son bonnet phrygien et je n’aimais pas trop l’allure générale de la voiture. Ce n’était pas le look que je me faisais d’une F1, je l’aurais aimée plus fine, plus petite. 

Mais Choulet était le spécialiste de l’aéro, je respecte, mais en même temps je ne me privais pas quand j’avais des doutes de le faire savoir. ll me donnait des explications techniques que je ne comprenais pas entièrement. Je voyais que ça semblait donner des améliorations sur l’aileron arrière. 

On allait chercher l’air très haut et ça gavait bien le moteur, ça c’était judicieux, maintenant savoir comment ça se passait dans le conduit, c’était plus compliqué à mesurer. Quand on voit l’évolution aéro des F1 actuelles avec l’aile requin derrière la tête du pilote, on se dit que l’idée de Choulet était peut être pas si mauvaise à l’époque, il cherchait à rendre la voiture la plus stable possible, qu’elle garde son cap. Donc dérives verticales travaillées, plaques d’aileron AR, etc. 


Ce vilain chapeau n’a pas duré longtemps puisque les pouvoirs sportifs ont proscrit la cheminée très rapidement et nous sommes revenus à une carrosserie plus traditionnelle. 

BELTOISE JP Quelque chose s’est brisé entre Jean-Pierre et moi alors que nous étions très amis. Jean-Pierre a fait énormément pour Matra, c’est lui qui, grâce à ses résultats, a permis à Matra de démarrer dans la course automobile, il ne faut pas l’oublier. J’ai beaucoup de respect pour lui. C’était un très bon pilote, très technicien qui faisait énormément progresser les performances de nos voitures, Quand je croise encore quelques fois Jean-Pierre, j’ai toujours beaucoup de peine de remarquer que notre relation ne se résume qu’à une poignée de main et un furtif bonjour… après tout ce temps. 


DUCAROUGE TOUR AUTO

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TOUR DE FRANCE AVEC MATRA 

« Mais ce qui m’a sans doute le plus marqué, c’est le jour où l’on m’a annoncé : 

“Nous allons engager deux 650 au Tour de France Automobile, à toi de mettre toute l’organisation en place.” µ

Sur le moment, j’ai presque cru à une plaisanterie ! Là, je me suis vraiment retrouvé face à un énorme défi.

On était très loin de la course telle que je la connaissais jusque-là. Il fallait non seulement superviser les modifications des M650 pour intégrer un copilote, installer des éclairages supplémentaires, améliorer le refroidissement moteur et ajouter toutes les protections spécifiques à ce type d’épreuve, mais aussi organiser toute la logistique d’assistance.

Il fallait coordonner les camions, les différents breaks d’intervention et préparer l’ensemble du dispositif. 

Chaque équipe disposait de sa propre feuille de route, détaillée étape par étape, indiquant précisément ce qu’il fallait faire, où et à quel moment, presque minute par minute. »

DUCAROUGE VOCATION

Gérard Ducarouge – Les débuts d’une vocation chez Matra

« J’ai débuté ma carrière chez Nord-Aviation, au sein d’un centre consacré aux essais d’engins spéciaux. Les installations se trouvaient dans de profonds sous-sols où l’on réalisait principalement des contrôles de séries afin de vérifier différents paramètres liés à la combustion ou aux systèmes de guidage. À cette époque, je ne réfléchissais pas vraiment à l’usage final de ces engins ; ce qui m’intéressait avant tout, c’était la technologie.

Mais très vite, cette activité est devenue monotone. Les essais étaient pratiquement toujours identiques et relevaient davantage du contrôle qualité que de la recherche. Moi, ce que je voulais réellement, c’était travailler dehors, sur le terrain. Je demandais donc régulièrement à être affecté à un champ de tir, mais on me répondait sans cesse qu’il fallait patienter.

Puis un jour, dans L’Équipe, je suis tombé sur une annonce indiquant que MatraSports cherchait un technicien parlant anglais. J’ai immédiatement senti que cette opportunité était faite pour moi. Je ne connaissais absolument rien au sport automobile, mais je savais une chose : cela se déroulait à l’air libre et impliquait sûrement des voyages.

À la fin de l’année 1965, j’ai obtenu un entretien chez Matra, à quelques kilomètres seulement du centre d’essais de Nord-Aviation. Claude Le Guezec m’a reçu dans un minuscule bureau installé dans une sorte de baraquement. Il m’a interrogé sur mon niveau d’anglais, ma disponibilité et mon parcours. Mon anglais était surtout scolaire, mais j’étais extrêmement motivé et mon expérience chez Nord-Aviation a sans doute joué en ma faveur. J’ai ainsi été embauché le 1er janvier 1966. Même si je ne connaissais rien à la compétition automobile, j’étais heureux à l’idée de ne plus être enfermé dans des bureaux interminables. Finalement, une voiture de course, c’était aussi une forme d’engin spécial !

Au départ, j’ai intégré le bureau d’études où je m’occupais de rechercher et d’acheter des pièces spécifiques, notamment des raccords légers destinés aux circuits d’huile ou d’essence. Beaucoup provenaient du secteur aéronautique et se trouvaient plus facilement en Angleterre, ce qui m’amenait à faire de nombreux allers-retours outre-Manche. Je faisais également un peu de dessin industriel, ce qui me plaisait, même si je n’avais aucune envie de rester continuellement derrière une planche à dessin. J’étais toujours volontaire pour les déplacements et cela me convenait parfaitement de passer des nuits entières sur la route pour récupérer une pièce indispensable.

Par la suite, on m’a chargé d’aller chercher des moteurs BRM destinés aux prototypes. Je partais avec une DS break jusqu’à Bourne pour ramener un ou deux V8 deux litres dans le coffre. Traverser Londres était une véritable aventure : le périphérique M25 n’existait pas encore et la circulation était infernale.

Chez BRM, mon contact principal était Wilkie Wilkinson, un personnage typiquement britannique. Ancien pilote et mécanicien exceptionnel, il était extrêmement sympathique. Il m’invitait parfois chez lui, ce qui m’a permis de découvrir une Angleterre profonde totalement différente de la France. Grâce à cette relation privilégiée avec BRM, je me rapprochais progressivement de l’atelier des voitures de course, un univers qui me passionnait de plus en plus.

J’ai commencé à donner un coup de main dans l’atelier où travaillaient plusieurs anciens de la compétition, probablement passés par René Bonnet ou Gordini. Ils œuvraient sur les Formule 3 et se montraient parfois assez durs avec les nouveaux. À leurs yeux, eux seuls détenaient le savoir et il fallait mériter sa place. À cette époque, on pensait encore qu’un jeune devait apprendre “à la dure”.

Je passais mes journées et une grande partie de mes nuits à observer les mécaniciens travailler. Plus j’en découvrais, plus j’avais envie d’apprendre. Je prenais énormément de plaisir à ce que je faisais et cela semblait leur convenir. Petit à petit, je proposais quelques idées pour simplifier certaines installations ou améliorer des détails techniques. Au début, ils étaient méfiants, puis ils ont commencé à me demander mon avis. À ce moment-là, j’ai compris que j’étais en train de gagner ma place parmi eux. En revanche, je savais aussi que je n’avais pas droit à l’erreur.

Nous étions installés à Vélizy, sur l’aéroport de Villacoublay, dans un bâtiment surnommé “le Stalag”, ce qui résumait assez bien son état. Malgré l’image prestigieuse de Matra, le département compétition occupait des locaux vétustes où l’eau traversait parfois le toit lorsqu’il pleuvait fortement. Mais j’étais entouré de gens passionnés, j’apprenais à une vitesse incroyable et j’ai rapidement commencé à assister aux essais des prototypes.

Les séances d’essais se déroulaient souvent sur des pistes d’atterrissage, notamment vers Brétigny, où l’on effectuait essentiellement des allers-retours en ligne droite. On touchait très peu aux moteurs. Wilkinson, chargé du bon fonctionnement des BRM, nous rejoignait régulièrement, mais il modifiait rarement les réglages d’usine. Les pilotes se partageaient alors le volant : Pescarolo, Beltoise, Jaussaud ou encore Servoz. Moi, j’écoutais, j’observais et j’apprenais chaque jour davantage mon nouveau métier. Très vite, j’ai commencé à proposer mes propres idées, tout en restant prudent car les spécialistes autour de moi avaient une expérience immense.

J’ai presque toujours entretenu de très bonnes relations avec mes supérieurs. Un jour, sans raison particulière, Jean-Luc Lagardère et Monsieur Floirat m’ont invité à déjeuner dans un grand restaurant parisien. Nous n’étions que trois à table. J’étais extrêmement impressionné et je préférais écouter plutôt que parler. Ils se sont montrés très bienveillants avec moi et ce moment est resté gravé dans ma mémoire. Moi, le petit nouveau, je me retrouvais face à deux immenses personnalités françaises.

Jean-Luc Lagardère était un homme hors du commun. Il possédait une capacité incroyable à motiver ses équipes et c’est lui qui a insufflé cette dynamique exceptionnelle à Matra Sport. Je me souviens notamment d’une réunion en 1970 à Vélizy. Nous étions convoqués dans son bureau avec Martin, Boyer et Le Guezec. Dès le début, il nous a annoncé : “Nous allons arrêter de faire Le Mans comme avant. Désormais, nous allons le faire très sérieusement et il faut gagner trois fois de suite.”

Quelques minutes plus tard, nous étions tous les quatre dans l’ascenseur, silencieux, encore marqués par la force de son discours. Pour lui, gagner une seule fois ne suffisait pas : une marque devait marquer l’histoire en triomphant trois années consécutives. Sa détermination était telle qu’il ne laissait place à aucun doute : il fallait absolument gagner.

Des meneurs d’hommes comme Jean-Luc Lagardère, je n’en ai jamais revu. Il savait transmettre son énergie.

Vous êtes-vous occupé de la F1 chez Matra ?

Non. Il y avait une équipe F1 et une équipe proto, on se croisait, on se parlait, mais c’est tout. C’était assez compartimenté F1 et Proto, disons que c’était… une très bonne émulation. 


DE CHAUNAC H

 

HUGHES DE CHAUNAC

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Il y a d’abord eu la période du pur pilote amateur avec la Coupe Gordini, c’était le tout début, puis j’ai voulu essayer de faire de la formule Renault pour voir ce qu’était la monoplace. C’est comme ça que j’ai fait de la formule Renault pendant deux saisons. A la fin de la deuxième saison je n’avais pas d’autre choix que d’arrêter. Pour deux raisons :

La première c’était la totale contrainte financière, je n’avais absolument pas l’argent pour. J’aurais eu envie de faire de la formule 3, mais là c’était impossible, il n’y avait pas les budgets.

Et à ce moment-là un ami qui s’appelait Patrice Compain, qui avait un gros budget, des moyens également conséquents, m’a proposé de m’occuper de lui. Il voulait faire le championnat d’Europe. De la formule 3 un peu partout en Europe. Il n’avait pas le temps de s’en occuper.

C’est comme ça que je me suis décidé à me lancer pour gérer une formule 3. A la fin de l’année ELF est venu me voir en me disant : « On a vu ce que vous faites et on voudrait vous proposer de gérer notre équipe l’année prochaine ». Je me suis dit qu’il fallait laisser un petit peu mûrir les choses. Mais au même moment, après cette année avec mon ami Patrice Compain, j’ai trouvé un sponsor qui s’appelait la Défense Mondiale, un assureur. J’ai réussi à les convaincre de monter une équipe de deux Formules 3 pour la saison 1973 pour Christian Ethuin et Jean-Max. Ça a été le début de mon lancement.

Et à la fin de la saison ELF est revenu me voir en me disant « Définitivement, on veut vous avoir avec nous pour gérer non pas une équipe de F3, mais on vous propose une équipe de F2 » 

J’ai donc lancé ORECA. Pour moi c’était superbe de passer de la F3 à la F2. Avec ORECA, en 1974,  j’ai géré cette équipe de F2 qui avait pour pilotes Michel Leclerc et Alain Serpaggi. Et ça a été une année très difficile. 

Nos voitures, des Alpine, étaient au bout du rouleau. Elles cassaient beaucoup, on finissait peu de courses. Une année de totale galère et fin 1974 j’ai décidé d’arrêter. D’arrêter ce que je pensais être en fait un super hobby et je me suis dit que j’allais prendre un job normal. Un travail normal, dans la vie normale pour redevenir normal.

Je suis allé expliquer ça à Tico Martini à Magny-Cours et lui m’a dit non. « Mais il ne faut surtout pas, il faut que tu continues, il faut que tu continues ! ». On a passé deux, trois soirées ensemble, il a organisé un déjeuner avec Jacques Lafitte et on s’est mis d’accord pour l’année 1975 : Tico lancerait une nouvelle Formule 2, première Formule 2 de sa vie, Jacques Lafitte, le pilote, était obligé de réussir, sinon sa carrière s’arrêtait et moi je me suis donné un an de plus, alors que je voulais arrêter.

L’année 1975, c’est, on va dire, le vrai démarrage d’ORECA parce que c’est la relation, l’amitié et le partenariat avec Tico Martini, l’amitié avec Jacques Lafitte. Et puis surtout ça a été le succès immédiat. Ça a propulsé Jacques Lafitte directement en Formule 1 à la fin de la saison, ça a propulsé ORECA véritablement à un autre étage que celui où j’étais et c’était le succès de Tico.

Les voitures en fait elles sont à nous. ORECA les achète mais elles sont financées par ELF et ORECA devient l’équipe d’exploitation, d’abord pour faire courir Jacques Lafitte puis l’année suivante ça a été un programme plus important avec ELF. On avait gagné avec Jacques Lafitte et ELF a décidé de former plus de pilotes pour accéder à la Formule 1. En 1976 on avait une équipe avec Arnoux et Tambay et en 1977 avec Arnoux et Pironi. On a perdu le championnat de rien, de rien, en 1976 et on l’a gagné en 1977 avec Arnoux.

Et donc là, l’équipe ORECA financée ou supportée par ELF est devenue un peu la meilleure classe préparatoire pour les pilotes voulant accéder à la Formule 1 puisqu’après Jacques Lafitte, Tambay, Arnoux et Pironi sont les autres pilotes qui sont passés tout de suite en Formule 1. On devenait un peu la filière pour accéder à la Formule 1





DE CHAUNAC A 441



DE CHAUNAC A 441

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A la découverte du Mans avec Renault...
"Le premier souvenir avec Le Mans est forcément très fort. Quatre semaines avant les 24 Heures du Mans 1977, Gérard Larrousse m'appelle pour me demander de faire rouler une Renault-Alpine aux couleurs Bendix pour Didier Pironi, Guy Fréquelin et René Arnoux. En quatre semaines, il a fallu monter une équipe avec mes mécaniciens de Formule 2. Je garde un souvenir très fort de cette année 1977 car lors de la première journée d'essais qualificatifs, les Renault-Alpine officielles s'étaient arrêtées avant la fin de séance et dans le dernier tour, nous avons fait le meilleur temps. Le chrono a été battu le lendemain, mais c'était fort de décrocher le meilleur temps alors que quatre semaines plus tôt, je ne savais pas que je serais au Mans."

À la découverte du Mans avec Renault…

« Mon premier contact avec les 24 Heures du Mans reste un souvenir inoubliable. À seulement quatre semaines de l’édition 1977, Gérard Larrousse me téléphone afin de me confier l’exploitation d’une Renault-Alpine aux couleurs Bendix pour Didier Pironi, Guy Fréquelin et René Arnoux.

En l’espace d’un mois, nous avons dû constituer toute une structure avec mes mécaniciens issus de la Formule 2. Cette aventure de 1977 m’a particulièrement marqué, notamment lors de la première séance qualificative : les Renault-Alpine officielles avaient interrompu leur roulage avant la fin, et dans notre ultime tour, nous avons signé le meilleur temps.

Le record a finalement été amélioré dès le lendemain, mais réussir cette performance avait quelque chose d’exceptionnel quand on pense que, quatre semaines auparavant, je n’imaginais même pas participer au Mans. »

REDMAN ET SPA



Le circuit de Spa-Francorchamps occupait une place à part dans le cœur de Brian Redman

Un circuit qu’il admirait autant qu’il redoutait. « Après l’arrivée, j’étais heureux d’y avoir couru. Mais avant le départ, je le craignais plus que n’importe quel autre tracé », racontait-il souvent. *

Spa représentait pour lui l’épreuve mentale ultime : des virages pris à des vitesses folles, des routes étroites, et presque aucune marge d’erreur. Pourtant, rien ne lui procurait une satisfaction comparable à une belle performance sur ce ruban d’asphalte belge, où il signera d’ailleurs plusieurs victoires mémorables.

Sa première apparition à Spa remonte à 1966, lorsqu’il partage une Ford GT40 avec Peter Sutcliffe. L’expérience est si brutale qu’il songe immédiatement à ne jamais revenir. 

Plus tard, il confiera avoir été sidéré par la vitesse atteinte sur ces routes bordées d’arbres, sans véritables protections. Malgré cette peur, il revient dès l’année suivante et échappe de peu à l’énorme accident de Willy Mairesse sous un déluge. Des décennies plus tard, il avouait encore ne pas comprendre comment il avait réussi à éviter la Ferrari partie en travers juste devant lui.

Avec le temps, Spa devient pour Redman un mélange d’attirance et de terreur. Il reconnaissait sans détour que ce circuit le hantait avant chaque départ. Les nuits précédant la course étaient souvent blanches, envahies par l’angoisse et la conviction qu’il pouvait y laisser sa vie.

L’un de ses souvenirs les plus marquants reste lié à une course où Arturo Merzario, son équipier, ne voulait même plus piloter sur ce tracé. 

Une fois revenu au volant, Redman voit Ronnie Peterson fondre sur lui à grande vitesse. Arrivés aux Combes, il adopte instinctivement une trajectoire inhabituelle, héritée d’un ancien accident, afin de conserver une échappatoire en cas de problème. 

Au loin, il remarque soudain un mouvement étrange dans la foule : des spectateurs s’agitent, des couleurs bougent. Par réflexe, il freine plus tôt. Quelques mètres plus loin, la chaussée est détrempée par une averse soudaine. Ce qu’il avait aperçu, c’était des parapluies qui s’ouvraient. Redman parvient à garder le contrôle, mais Peterson, lui, finit dans les rails à cet endroit précis.

VILLENEUVE G et FORGHIERI M



Mauro Forghieri et Gilles Villeneuve:

Ils se comprenaient presque comme des frères. 

Une histoire restée célèbre illustre parfaitement le tempérament explosif du Québécois.

À l’aube de la saison 1978, lors d’une séance d’essais, Forghieri prend le temps de rappeler quelques consignes à Villeneuve avant son entrée en piste. 

Mais dès les premiers tours, le pilote multiplie les tête-à-queue : trois lors de sa première boucle, puis encore deux au tour suivant. 

En revenant aux stands, l’ingénieur italien, un peu désespéré, lui lance : « Gilles, ce n’est pas une Formule Atlantique, c’est une F1. Il faut préserver les freins ! »

Avec son naturel légendaire, Villeneuve lui répond alors : " Les freins ? Je ne les ai même pas encore utilisés !"

5 mai 2026

COMAS - A SENNA

 COMAS - A SENNA

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Nous sommes le 28 août 1992, à Spa-Francorchamps. Ayrton Senna s’élance pour un tour lancé lors des essais du Grand Prix de Belgique. 

À la sortie de Blanchimont, tout bascule : la McLaren-Honda n°1 ralentit brusquement. Devant lui, une Ligier immobilisée au milieu de la piste, noyée dans un nuage de poussière. À son bord, Érik Comas.

« J’étais le premier à arriver après que Jyrki Järvilehto est sorti large et a répandu des graviers », racontera Comas. « Une fois le virage passé, plus rien. J’ai tiré tout droit dans les murs de pneus. »
Le choc est violent. Une roue vient heurter son casque. 

Assommé, le pilote perd connaissance tandis que sa monoplace finit sa course en travers de la piste, moteur hurlant. « Je ne me souvenais de rien. J’ai dû revoir les images après coup. Ma roue avant droite m’a frappé à la tête : j’étais K.-O., le pied toujours sur l’accélérateur. »

La suite appartient à la légende. Senna s’arrête, saute hors de sa voiture et court vers l’épave. Le moteur de la Ligier tourne encore à haut régime, l’essence et l’huile se répandent : le risque d’explosion est imminent. Sans hésiter, le Brésilien se penche dans le cockpit et coupe le contact. « Personne ne savait ce qui pouvait arriver. Tout pouvait exploser. Ayrton m’a sauvé la vie. »

2 mai 2026

TETU Michel



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Michel Têtu, ingénieur automobile français né en 1941 à Châteauroux, a marqué l'histoire du sport auto par sa polyvalence et sa longévité.

Diplômé de l'ESTACA (anciennement ETACA), il a collaboré avec des figures comme Charles Deutsch, Guy Ligier, Autodelta (Alfa Romeo), Renault Sport et Larousse, concevant berlinettes, prototypes et seize châssis de Formule 1.



Sa carrière débute en 1963 chez Charles Deutsch (CD), où il travaille avec Robert Choulet.

 Fin 1968, il rejoint Guy Ligier pour concevoir la JS1, une GT au design soigné par Pietro Frua, exposée au Salon 1969 et équipée d'un Ford FVA. Évoluant vers la JS2 (GT routière, puis compétition avec Maserati), il adapte le châssis pour rallye et Le Mans, tandis que la JS3 vise la piste pure, testée en soufflerie Eiffel – une pratique rare à l'époque.

Débauché par Autodelta en 1972, Têtu contribue à la Tipo 33 (8 puis 12 cylindres à plat), championne du monde des Sport-Prototypes en 1975 avec Pescarolo/Bell et Laffite/Merzario. Les essais aérodynamiques se font à nouveau à Eiffel, en lien avec l'équipe de Deutsch.

Recruté par Gérard Larousse en 1976, il valide la R5 Turbo secrète et développe Alpine A310 V6 (champions de France rallye 1977) et R5 Gr2 (Monte-Carlo 1978). Chez Renault F1 dès 1978, il peaufine la RS10 (première victoire turbo en GP), puis RE20 à RE50. La RE30 (1982) reste sa favorite pour sa compacité, tandis que la RE40 (1983) marque l'entrée en monocoque carbone pur – fabriqué par Hurel-Dubois (sauf "crash box" alu) – malgré des frustrations de fiabilité face à la concurrence.

Suivant Larousse chez Ligier (1985), il conçoit JS25/27 (bons résultats 1986), avant des déceptions avec Alfa/Megatron. 

Chez Larrousse F1 (1987-1994) avec Ducarouge, il signe des châssis compétitifs jusqu'à la disparition de l'équipe faute de fonds.

Têtu incarne l'ingénieur "artisan" des années 60-90, alliant rallye, endurance et F1 avec pragmatisme et innovation aérodynamique.

SCHUMACHER en Nascar



En juin 2002, alors qu'il visitait son ranch texan, Michael Schumacher, quadruple champion du monde F1, décide de faire un détour par le Texas Motor Speedway. Le circuit accueillait ce jour-là une école de pilotage NASCAR ouverte au public, où n'importe qui pouvait acheter un billet pour prendre le volant d'une stock-car.

Anonymat total au pays de l'oval
Personne ne reconnaît le pilote allemand le plus célèbre du moment. Ni le personnel du circuit, ni les employés de l'école de pilotage, ni les 100 personnes environ dans la file d'attente pour acheter un billet. Schumacher patiente sagement, mais devant la longueur de la queue – 2 à 3 heures d'attente avant de rouler – décide de renoncer.

Le refus de l'arrogance
« Ça aurait été très arrogant de me présenter et de passer devant tout le monde », confiera-t-il plus tard. Il repart donc sans avoir tourné un seul tour, anonyme parmi les anonymes. L'anecdote, qu'il racontera lui-même lors du GP des États-Unis à Indianapolis quelques mois plus tard.

De Ferran sans F1



En 1993, Gil de Ferran, après une saison encourageante en Formule 3000, se retrouve à disputer un véritable casting pour le deuxième baquet de Footwork en 1994, face à Jos Verstappen et Christian Fittipaldi.

L'essai décisif qui tourne au vinaigre
L'équipe japonaise organise des essais privés où de Ferran montre un bon rythme, mais le siège reste ouvert. Juste avant sa session finale décisive à Estoril, catastrophe domestique : le Brésilien se cogne violemment la tête contre une armoire de cuisine dans le motorhome de l'écurie.

Adieu F1, bonjour IndyCar
Grièvement commotionné, de Ferran est déclaré inapte et doit déclarer forfait. Footwork, pressé par le temps, confirme Fittipaldi pour 1994. 

Le pilote brésilien ne remettra jamais un pied en F1, mais se reconvertira brillamment en CART/Champ Car puis IndyCar, où il remportera le championnat CART 2000 et les 500 Miles d'Indianapolis 2003 – une bien meilleure destinée que les aléas de Footwork !

TYRRELL 4 ROUES AVANT

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Moteurs défaillants et innovations désespérées chez TYRRELL

Le principal handicap venait des moteurs V10 Yamaha conçus par Judd, notoirement faibles en puissance et peu fiables, obligeant Tyrrell à multiplier les astuces techniques sur des circuits à forte demande de vitesse comme l'ancien Hockenheimring.

Lors du Grand Prix d'Allemagne 1996, l'équipe eut recours à une solution audacieuse : équiper les quatre roues de pneus avant plus étroits pour réduire la traînée aérodynamique. Cette configuration, qui aurait théoriquement gagné environ une seconde par tour, fut testée par les deux pilotes Ukyo Katayama et Danny Sullivan.

L'échec technique et l'interdiction
Malheureusement, des problèmes de tenue de piste et de fiabilité mécanique forcèrent les deux voitures à repasser rapidement par les stands pour basculer sur les mulets à configuration standard. L'expérience tourna court et n'apporta aucun avantage compétitif tangible.

En 1997, la FIA interdit définitivement cette astuce, jugée dangereuse et contraire à l'esprit du règlement sur les dimensions minimales des pneus. Tyrrell continua sa lente agonie jusqu'à sa vente à BAR en 1998, illustrant parfaitement les limites des solutions "bidouilles" face à des problèmes structurels plus profonds.