28 oct. 2026

Connew Formule1

Connew Formule1

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Une minuscule équipe sous-financée, dirigée par un propriétaire, manager, concepteur obstiné, avec une voiture de course construite dans un garage pour une seule voiture, a effectué son premier et dernier départ dans un Grand Prix de Formule 1 du championnat.

L'histoire de l'écurie Peter Connew Motor Racing Team a débuté deux ans plus tôt, lorsque Peter Connew, alors âgé de 24 ans et dessinateur industriel chez Team Surtees, décida de devenir constructeur de Formule 1. Une décision surprenante pour un homme qui ne s'intéressait guère au sport automobile et qui avait décroché son poste chez Surtees presque par hasard.

Lorsqu'il évoquait son intention de courir en Formule 1, on le traitait de fou, ce qui ne fit que renforcer sa détermination, selon Barry Boor, cousin et membre de son équipe. Un comportement peu surprenant de la part de celui qui, enfant, avait lutté avec acharnement contre les séquelles de la polio. Apparemment, la détermination de la famille Connew est une source de fierté, comme le confiait avec tendresse Christopher, le fils de Peter : « Mon père a un sacré caractère ; je tiens beaucoup de lui. On est tous les deux de sacrés durs à cuire. »

Ce qui a fait naître son rêve, c'est sa première rencontre avec la McLaren de John Surtees, achetée un an auparavant par l'ancien champion du monde pour piloter en attendant la construction de sa première F1. « À la fin de l'année, Surtees a quitté BRM et a commencé à développer la TS7 de Grand Prix. En attendant, il a acheté la M7C de Bruce McLaren, que nous avons dû modifier avec de nouveaux réservoirs de carburant pour nous conformer à un changement de réglementation. C'était un de ces beaux jours de février, lorsque la voiture, fraîchement peinte, a été sortie pour la première fois. Elle était d'un rouge magnifique, le soleil l'illuminait et je me suis dit : "Il faut que je construise quelque chose comme ça" », a déclaré Connew.

Peter était également animé par une rigueur logique qui lui permettait de surmonter les peurs qui auraient paralysé la plupart d'entre nous. Lorsqu'on lui demandait pourquoi il avait commencé par construire une Formule 1 et non une voiture plus simple comme une Formule Ford, il répondait qu'il savait construire une F1 à partir de pièces Surtees ; il ne connaissait rien à la Formule Ford.

En décembre 1970, un garage individuel fut loué à Chadwell Heath, dans le nord-est de Londres, et une coque en aluminium commença à sortir de son gabarit. Le budget minuscule de l'équipe fut principalement consacré aux matières premières ; Roger Doran, ami et mécanicien en chef, et son père usinèrent, soudèrent et fabriquèrent la quasi-totalité des pièces du châssis. Même les panneaux de carrosserie en fibre de verre furent réalisés sur place par Bloor, professeur de menuiserie. Il faut savoir que tout cela fut accompli dans un espace si réduit qu'il fallait enjamber la voiture de course pour traverser l'atelier.

La qualité de la construction ne tient pas compte du budget restreint dont disposait l'équipe.

Le premier d'une longue série d'obstacles est apparu avec un changement de réglementation. La première coque a été construite en aluminium de calibre 18, conformément aux normes en vigueur. Cependant, pour 1972, la FIA a exigé que les monocoques soient construites en aluminium de calibre 16. La construction d'une seconde coque a alors commencé.

Ce qui ne pouvait être fabriqué en interne ou avec l'équipement de l'entreprise habituelle d'un membre de l'équipe était acheté à prix réduit ou offert par des fournisseurs avec lesquels Peter avait établi des relations chez Team Surtees. Avdel a fait don de rivets de structure, tandis que Girling a fourni les freins, les pneus Firestone et les amortisseurs Armstrong, le tout gratuitement pour l'équipe. Gomm Metal Development, qui fabriquait des châssis monocoques pour les petites écuries de F1, a roulé les panneaux latéraux et a « oublié » de facturer Connew.

 Compte tenu du manque d'expérience de l'équipe et des ressources limitées dont elle disposait, on pourrait s'attendre à un résultat final bâclé. Or, rien n'est plus faux. Non seulement la voiture était d'une qualité professionnelle, mais elle présentait également des éléments de design avant-gardistes.

La voiture terminée avec la transmission factice, carrosserie démontée. Notez l'emplacement du radiateur.

Le radiateur, situé à l'avant, était positionné quasiment parallèlement à la route, l'air étant aspiré par le dessous. Cette configuration permettait d'obtenir un nez plat et large, générant ainsi de l'appui aérodynamique sans recourir à des radiateurs latéraux plus grands, plus lourds et plus complexes. Elle contribuait également à limiter les turbulences sous la voiture. La suspension arrière était conçue avec des triangles de suspension à base large afin de supprimer les barres de rayon, que Peter jugeait superflues. Robin Herd utilisa une conception similaire sur la March 721X, et la suspension arrière sans barres de rayon devint rapidement la norme pour les Formule 1.

Une fois le châssis terminé, un moteur et une transmission factices, empruntés à la bibliothèque municipale, furent installés pour une séance photo sur le parking. Peter apporta ces photos, ainsi qu'une maquette de la voiture fabriquée à la main par Barry Boor, membre de l'équipe et cousin germain, lors de présentations aux sponsors.

La voiture terminée, avec sa fausse transmission, est exposée sur le parking d'une bibliothèque locale.

L'une de ces rencontres eut lieu avec Yardley, qui, à l'insu de Peter, avait déjà signé chez McLaren après avoir mis fin à sa collaboration avec BRM. Cependant, le géant des produits de toilette fut tellement impressionné par la jeune équipe qu'il demanda à McLaren d'aider Connew de toutes les manières possibles. Le premier avantage, et peut-être le plus important, de cette collaboration fut un moteur Ford-Cosworth DFV flambant neuf fourni à Connew à un prix très avantageux (que Peter ramena chez lui à bord de sa voiture). L'équipe était lancée.

Il ne manquait plus qu'un pilote. Plusieurs jeunes talents prometteurs de l'époque, dont Howden Ganley et Gerry Birrell, vinrent discuter avec Connew. Cependant, aucun ne put apporter les fonds indispensables à l'équipe. Un accord fut donc conclu avec le pilote français de Formule 3, François Migault, pour disputer cinq Grands Prix européens pour la somme de 40 000 £. Les investisseurs de Migault étaient un groupe hétéroclite, dont les contributions étaient généralement versées en liasses de francs. Selon Bloor, les membres de l'équipe devaient ensuite se dépêcher de changer ces sommes dans différentes banques londoniennes, le montant maximal autorisé par jour étant alors de 30 £ par personne.

L'équipe avait initialement prévu de faire ses débuts à Monaco, mais il fallut attendre début juillet pour que la voiture soit prête à concourir. Le Grand Prix de France, disputé pour la dernière fois sur le circuit de la Charade, fut alors choisi pour les débuts de l'équipe. L'équipage chargea la PC-1 et ses maigres pièces de rechange dans un camion emprunté par Migault et prit la route vers le sud, en direction de Clermont-Ferrand.

Essais sur le circuit Bugatti du Mans

Au beau milieu de la France, le camion Ford D300 emprunté tomba en panne moteur et dut être remorqué jusqu'au Mans pour réparation. Migault, fils du Mans, suggéra de faire des essais sur le circuit Bugatti avant de se rendre à Clermont-Ferrand, la location du circuit ne lui coûtant apparemment presque rien. Au déchargement de la voiture, on constata qu'un triangle de suspension arrière avait été endommagé pendant le transport et que l'équipe n'avait pas de pièce de rechange. Il fut donc décidé de faire l'impasse sur le Grand Prix de France de Formule 1 et de rester au Mans pour fabriquer de nouveaux triangles et effectuer des essais.

L'équipe était loin de se douter que le bras de suspension endommagé n'était pas dû à un mauvais arrimage de la voiture dans le transporteur, comme elle le pensait alors, mais plutôt à des ressorts hélicoïdaux insuffisamment durcis qui ont cédé sous la charge – une défaillance qui allait bientôt perturber à nouveau l'équipe.

La prochaine tentative de qualification de l'écurie Connew eut lieu lors du Grand Prix de Grande-Bretagne. Lors de la première séance d'essais libres, Migault réalisa une excellente performance, mais les ressorts de sa suspension cédèrent à nouveau. Suite à ces dégâts, Migault dut abandonner au bas de Paddock Hill. Malgré cette séance écourtée, il signa un chrono de 1 min 30 s 2, à seulement une seconde du deuxième meilleur temps de cette même séance – celui d'une voiture qualifiée pour la grille de départ.

L'équipe a récupéré la voiture et s'est précipitée vers son atelier pour réparer les dégâts, travaillant sans relâche pendant 40 heures. Au moment même où l'escorte policière (que le comptable de l'équipe avait réussi à organiser) arrivait pour accompagner l'équipe jusqu'au circuit, une fissure a été repérée sur un montant arrière et le Grand Prix de Grande-Bretagne de l'équipe Connew s'est terminé avant même d'avoir commencé.

Malgré deux forfaits consécutifs, l'équipe Connew restait optimiste avant de se rendre au Nürburgring pour le Grand Prix d'Allemagne. Il convient de noter qu'à cette époque, l'ASN (Autorité Nationale du Sport) exerçait un contrôle bien plus important sur son propre Grand Prix qu'aujourd'hui. Ainsi, à leur arrivée à Brands Hatch, les membres de l'équipe Connew furent accueillis comme des locaux et leur inscription se fit sans problème. Il en fut autrement pour l'ASN. N'ayant pas fourni les documents nécessaires avant la course, l'équipe se vit refuser l'inscription. Et même si une pétition, signée par la quasi-totalité des équipes, demandait à Connew d'être autorisée à participer, la réponse de l'autorité allemande demeura inchangée : « Nein ».

Le porte-soupapes arrière problématique

L'équipe retourna donc au Mans pour poursuivre les essais, et deux semaines plus tard, elle arriva à l'Österreichring pour le Grand Prix d'Autriche 1972. Bien que la PC-1 n'ait pas encore réussi à se qualifier pour une course, l'équipe commençait à se sentir pleinement intégrée au monde des Grands Prix. De nouvelles bagues furent usinées sur le tour mobile de McLaren et un mécanicien de Brabham aida à résoudre un problème d'allumage dû à un mauvais acheminement des conduites de carburant.

Cette année-là, les organisateurs avaient décidé que 25 voitures prendraient le départ, alors que 26 étaient inscrites. Les membres de l'écurie Connew étaient très inquiets pour leurs chances. Le pilote Migault était limité à un régime moteur inférieur, ce qui permettait de préserver l'unique moteur de l'équipe, mais pénalisait sa vitesse dans la longue ligne droite principale. Il s'était qualifié en 26e position .

Frank Williams dut retirer sa March, le pilote Henri Pescarolo ayant endommagé la voiture de manière irréparable lors d'un accident en essais. La Connew PC-1 allait enfin disputer son premier Grand Prix de Formule 1. « Le fait d'être en fond de grille ne m'inquiétait pas, c'était le simple fait d'être sur la grille qui comptait, et c'était fantastique », déclara Connew.

Au fil de la course, « Frankie » (surnom 
affectueux donné à son pilote par l'écurie) gagna plusieurs places. Au 21e tour, Migault pointait à la 17e position, mais au 22e tour, le drame survint à nouveau. Une patte de fixation en aluminium d'un triangle de suspension arrière inférieur céda. Migault parvint à la maintenir en place pour éviter que la voiture ne percute les barrières, mais la course de l'écurie Connew s'achevait, et avec elle, sa carrière en Formule 1.

Barry Boor, membre de l'équipe, estime que si la voiture était restée intacte, Migault aurait pu terminer 11e ou 12e, ce qui lui aurait permis de gagner suffisamment d'argent pour participer au Grand Prix d'Italie.

Au lieu de se rendre à Monza, Connew engagea la PC-1 dans une course de Formule Libre à Brands Hatch. Durant l'épreuve, un circlip retenant un axe de piston se rompit, libérant le piston correspondant et provoquant la fissuration de la chemise du cylindre. L'équipe imputa l'ampleur des dégâts à son inexpérience, d'autres équipes présentes dans les stands leur ayant signalé un fonctionnement anormal du moteur.

Cette course marqua la fin de la collaboration avec Migault, que l'équipe avait beaucoup apprécié (sans doute grâce à son humour, son enthousiasme et sa volonté de travailler en équipe). La rupture se déroula toutefois dans d'excellentes conditions. Migault s'était vu promettre cinq Grands Prix de Formule 1 et n'en obtint qu'un seul. Connew, quant à lui, s'était vu promettre 40 000 £, mais n'en reçut qu'un quart environ.

David Purley a piloté la voiture lors de sa dernière participation à une course de Formule 1 hors championnat.

La Connew PC-1 participa à un dernier Grand Prix hors championnat, la course de la victoire de fin de saison à Brand Hatch. Le pilote était David Purley, dont le père finançait l'effort via sa société Lec Refrigeration, notamment la reconstruction du moteur Ford Cosworth DFV endommagé. « (Purley) avait demandé l'installation d'un coupe-circuit au volant, mais lorsque le câblage électrique a lâché lors du tour de chauffe, il a dû abandonner », expliqua Connew. Une fois de plus, la Connew PC-1 ne prit pas le départ.

La Connew PC-1 fit quelques apparitions peu remarquables en 1973, convertie désormais aux spécifications de la Formule 5000, équipée d'un V8 Chevrolet de 5,0 litres construit par Morand et d'une suspension arrière plus conventionnelle.

Un moteur V8 Chevrolet Small Block F5000 a été installé après la fin de sa carrière en Formule 1.

La dernière course de la PC-1 était une autre manche de Formule 5000, cette fois-ci avec de grands espoirs, puisque le pilote était l'ancien champion de Formule 3 britannique et vainqueur du Grand Prix de Monaco de Formule 3, Tony Trimmer. Pendant la course, une tourelle d'amortisseur a cédé, projetant la voiture contre les barrières. Trimmer est sorti indemne, mais la PC-1 a été gravement endommagée. Sans surprise, compte tenu du rôle joué par le circuit de Brands Hatch dans l'histoire de Connew, c'est à Brands Hatch que s'est terminée la carrière de la voiture.

Alors, qu'est-il advenu de la Connew PC-1 ? Si le moteur Ford-Cosworth DFV est allé à Tom Wheatcroft et la boîte-pont Hewland DG 300 à Alain de Cadenet, étonnamment, la majeure partie du reste de la voiture est restée en possession de Peter, bien qu'en pièces détachées.

Les deux châssis sont restés des décennies dans le jardin de Peter Connew. En 2016, l'équipe d'origine, composée de Connew, Boor et de leur ami et mécanicien en chef Roger Doran, s'est attelée à leur restauration. Faute de moteur et de boîte-pont en stock, ils ont emprunté un moteur DFV hors service à l'historien du sport automobile Doug Nye et une boîte de vitesses Hewland aux restaurateurs Hall & Hall. La voiture a fait ses débuts (non roulante) au Festival de vitesse de Goodwood 2017 et a été de nouveau exposée lors de l'événement « Hall of Fame Live » du magazine Motor Sports, à l'occasion de Race Retro, en 2018. Il est prévu d'en présenter un exemplaire en état de marche lors d'une prochaine édition du Festival de vitesse de Goodwood, où elle sera sans aucun doute accueillie chaleureusement.

Le mot de la fin revient à Peter Connew : « En termes de sport automobile, ce ne fut pas un succès. Mais selon moi, ce fut un succès total. Je m’étais fixé pour objectif de construire une voiture de Grand Prix, et j’ai construit une voiture de Grand Prix. »

27 oct. 2026

REUTEMAN - REGGA

REUTE - REGGA


Au milieu de la saison 1976, Clay Regazzoni fait équipe avec Niki Lauda chez Ferrari. Mais le célèbre et intransigeant patron, Enzo Ferrari (le Commendatore), commence à s'agacer des performances du pilote suisse et cherche discrètement à le remplacer par Carlos Reutemann.

Le point de non-retour est atteint à cause d'une anecdote extra-sportive insolite : Regazzoni signe un contrat publicitaire personnel pour faire la promotion d'une marque de jeans. Problème majeur : la marque de vêtements utilise sans autorisation le logo officiel de Ferrari le célèbre Cheval Cabré (Cavallino Rampante). Pour Enzo Ferrari, ce sacrilège commercial est l'excuse parfaite pour écarter 

Après le terrible accident de Niki Lauda au Nürburgring en août 1976, Ferrari précipite les choses et recrute immédiatement Carlos Reutemann. Pensant remplacer Lauda, l'Argentin se retrouve finalement à cohabiter temporairement avec le champion autrichien (revenu miraculeusement à la compétition) et... Clay Regazzoni ! À la fin de l'année, Regazzoni est définitivement poussé dehors au profit de Reutemann.

L'ironie de l'histoire du sport automobile bégaie trois ans plus tard, en 1979
Clay Regazzoni rebondit chez la jeune écurie Williams et entre dans l'histoire en lui offrant sa toute première victoire en Grand Prix à Silverstone au volant de la FW07. 
Pendant ce temps, Carlos Reutemann s'est exilé chez Lotus mais voit que la Williams est devenue la voiture la plus rapide du plateau. 

Pour la saison 1980, l'histoire se répète à l'envers : Frank Williams décide d'engager Carlos Reutemann. Le pilote qui fait les frais de cette signature et perd son volant n'est autre que... Clay Regazzoni.

Clay Regazzoni était un bon vivant au tempérament de feu, adoré du public, pilotant pour le pur plaisir de la vitesse.

Carlos Reutemann (surnommé "El Lole") était un personnage ténébreux, un styliste de la trajectoire au talent immense, mais profondément tourmenté et énigmatique. 


THERIER le Fox

THERIER

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Jean-Luc Thérier, l'un des "mousquetaires" d'Alpine, détestait les reconnaissances et courait souvent "à l'aveugle". Il estimait que ne pas saturer le cerveau de kilomètres inutiles préservait le plaisir et l'instinct du pilotage. 

Une approche pure et naturelle qui fonctionnait, puisqu'il a survolé le championnat du monde 1973. 

Surnommé « Le Fox », il fuyait les notes interminables et préférait miser sur ses réflexes et sa lecture immédiate de la route.
Dans Alpine Renault, il incarnait l'esprit joyeux, convivial et fraternel de l'âge d'or de la fameuse berlinette A110. 

Contrairement aux pilotes modernes ultra-préparés, il gérait ses courses au feeling, quitte à surprendre ses rivaux nordiques sur la terre. 

HERD JARIER et March

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L'ingénieurRobin Herd (cofondateur de l'écurie March et ancien concepteur chezMc Laren) entretenait des relations très directes et complices avec ses pilotes, allant parfois jusqu'à leur confier ses propres tâches d'ingénierie de piste. 

Impressionné par le pilotage ultra-rapide de JP Jarier dans les courbes du circuit de Charade en Formule 3, Robin Herd le recrute immédiatement. 

Jarier racontait qu'à l'époque, Herd le considérait comme un vrai technicien et lui déléguait une grande partie des réglages de piste. 

Le pilote français accueillait d'autres pointures de l'équipe, prenait leur monoplace, s'occupait des modifications de setup, tandis que les clients payaient directement l'usine. 

26 oct. 2026

DARNICHE insolites

DARNICHE
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Bernard Darniche a raté son permis de conduire quatre fois avant de l'obtenir in extremis grâce à un inspecteur lucide. 

Le futur champion d'Europe et sextuple vainqueur du Tour de Corse a dû passer l'examen à quatre reprises avant d'être reçu à Corbeil-Essonnes. 
En lui délivrant le précieux sésame lors de la quatrième tentative, l'inspecteur des mines lui a lâché cette phrase culte : « Je vous le donne, mais évitez de conduire ! » 

Surnommé « La Luge » pour son pilotage chirurgical sur asphalte et sur neige, Darniche dominait les spéciales les plus piégeuses du monde (comme le Col de Turini). 

Cette galère avec le permis de conduire a façonné son regard critique sur l'absurdité de certaines réglementations routières administratives, lui qui est devenu par la suite un fervent acteur de la sécurité et du civisme sur la route à travers son association.

25 oct. 2026

MERZARIO LAUDA

MERZARIO LAUDA

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Au terme de la saison 1973, Jacky Ickx et Arturo Merzario doivent céder leur place chez Ferrari à Clay Regazzoni et à Niki Lauda. Arturo est engagé chez Frank Williams et c’est au volant d’une Williams, qui portait alors les couleurs du Walter Wolf Racing, qu’il s’aligne au fameux Grand Prix d’Allemagne de 1976 où il sauva la vie à Niki Lauda, un pilote qu’il ne portait pourtant guère dans son cœur.

« Non seulement, il m’avait piqué ma place chez Ferrari en Formule 1, mais il m’avait également joué un sale coup en 1971 en me privant au Salzburgring d’une victoire qui m’aurait permis de remporter le titre de champion d’Europe dans la catégorie des prototypes jusqu’à deux litres. Moi, je disputais tout le championnat en tant que pilote officiel d’Abarth alors que lui n’était venu disputer que cette seule et unique course, proche de son domicile de Salzbourg, au volant d’une Chevron. Celle-ci était plus puissante que mon Abarth et il remporta la course alors que j’avais dû me contenter du 2e rang. Après la course, je lui dis qu’il avait faussé le championnat et il me répondit d’une façon plutôt arrogante, du style je m’en fous de ton championnat, moi on me paie pour gagner. »

« Inutile de préciser que l’avais trouvé très antipathique ». « Cela ne m’a cependant pas empêché de me jeter dans les flammes et de l’extraire de sa monoplace en feu au Nürburgring. Mais le sommet de mon antipathie à son égard a été atteint lorsqu’il est revenu courir à Monza quatre semaines plus tard. Je m’attendais à ce qu’il me téléphone ou vienne me remercier. Or, rien du tout. Il ne m’a même pas cité lorsqu’il a expliqué son accident lors de la conférence de presse précédant le Grand Prix d’Italie. »

« Quelques semaines plus tard, il est cependant venu me remercier dans les boxes du Salzburgring. J’y courais au volant d’une Alfa Romeo et il m’offrit une Rolex. Il s’agissait en fait d’un cadeau recyclé qui provenait de son ancienne compagne Mariella Reininghaus avant qu’il n’épouse Marlene et, comme je l’ai relevé précédemment, il habitait à côté du circuit », explique Arturo Merzario

« Mon premier réflexe a été de refuser ce cadeau recyclé tellement le bonhomme m’insupportait ». « Mais j’ai quand même fini par l’accepter avant de le confier à notre ingénieur Carlo Chiti et de me mettre au volant de mon proto Alfa Romeo T33. Je n’ai jamais porté sa montre. Je ne voulais pas que les gens me disent en voyant sa breloque à mon poignet: ah, la belle montre, c’est celle que Niki t’a offerte pour te remercier… »

Les contacts entre Arturo Merzario et Niki Lauda restèrent longtemps glaciaux. Cela jusqu’en 2006. Le mérite du «réchauffement» des relations entre ces deux pilotes de légende incombe à Bernie Ecclestone. A l’occasion du 30e anniversaire de l’accident du Nürburgring, le «barbecue» comme l’appelle cyniquement Niki Lauda,

le grand argentier de la Formule 1 avait organisé une petite cérémonie à l’endroit même où le pilote autrichien avait bien failli perdre la vie le 1er août 1976. « Il avait convié une télévision allemande et je devais aller chercher derrière une glissière une oreille de cochon en plastique. Je devais ensuite la remettre à Niki en lui disant: J’ai retrouvé ce que j’avais oublié de te donner il y a 30 ans. Ce fut une belle rigolade et la journée se termina par un repas où nous avons évoqué beaucoup d’anecdotes. Depuis lors, il n’y a plus aucun contentieux entre nous deux et chacune de nos rencontres s’avère très chaleureuse ».

24 oct. 2026

DELAGENESTE 203 spécial

Roger de Lageneste (souvent orthographié Delageneste) et la Peugeot 203 Spéciale est une histoire de famille et de ruse mécanique. 

Roger de Lageneste n'est pas un pilote ordinaire vis-à-vis de la marque au Lion : il est le neveu de Jean-Pierre Peugeot et le cousin de Roland Peugeot. À cette époque, la direction de la firme sochalienne est très conservatrice et voit d’un mauvais œil l'engagement officiel de la marque en compétition automobile. 

Passionné de course, de Lageneste décide de contourner la politique familiale. Il rachète en cachette la voiture d'occasion de son cousin Roland : une Peugeot 203 grise très particulière. Cette voiture, qu'il surnommera affectueusement « la vieille grise », possédait une spécificité d'usine rare : les capots et les portières en aluminium, ce qui la rendait incroyablement légère. 

Pour être de taille face à la concurrence, Roger de Lageneste prépare minutieusement sa voiture et en fait une véritable 203 "Spéciale" prototype. Il modifie le moteur pour intégrer un carburateur double-corps et un échappement à sortie directionnelle, faisant grimper la puissance d'origine de 42 chevaux à 55 chevaux.

Il s'engage en rallye à son volant et commence à signer ses premiers exploits en 1955, notamment au rallye Sablé-Solesmes.

Le sommet de l'histoire de cette 203 prototype intervient lors du Critérium des Cévennes en octobre 1957. Accompagné de sa copilote, Madame Tardieu, Roger de Lageneste se présente au départ face à des voitures de sport bien plus modernes et puissantes, notamment des Alfa Romeo Giulietta Sprint Veloce. 

Grâce à une agilité sur les routes sinueuses et escarpées des Cévennes, à la légèreté de sa structure en aluminium et à un bon pilotage, de Lageneste crée la surprise générale : il remporte le Critérium des Cévennes au classement général (Scratch). Une berline Peugeot populaire venait de terrasser les reines du bitume de l'époque. 

Cette victoire avec sa "203 Spéciale" lancera définitivement la carrière de Roger de Lageneste, qui deviendra plus tard Champion de France des Rallyes (1960) et l'un des pilotes officiels phares des marques Alfa Romeo et Alpine. 

23 oct. 2026

FULLERTON - SENNA

Un respect teinté de crainte 

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  • Au début de leur cohabitation, Senna passait de longues minutes à scruter minutieusement les notes techniques de Fullerton et de son mécanicien pour comprendre ses réglages. Au bout d'un an et demi, voyant le jeune Brésilien devenir une menace de plus en plus rapide, Fullerton a fini par lui interdire l'accès à ses carnets. 

  • Fullerton a raconté plus tard que Senna avait du mal à lier une véritable amitié avec lui. Selon le Britannique, la personnalité ultra-compétitive de Senna l'obligeait à transformer mentalement ses adversaires directs en "ennemis" pour pouvoir puiser la force de les battre sur la piste. 

    Contrairement à Senna, Fullerton n'a jamais cherché à faire carrière en course automobile. Marqué par le décès tragique de son propre frère aîné dans une course de moto, il avait juré à ses parents de ne jamais s'engager dans des disciplines automobiles de haut niveau, jugées trop dangereuses à cette époque, préférant rester un professionnel du karting grassement payé. 
  • En août 1980, lors de la prestigieuse Champions Cup à Jesolo, en Italie, les deux coéquipiers de l'écurie DAP se livrent une bataille féroce. Ayrton Senna domine la course de bout en bout, mais dans le tout dernier tour, Terry Fullerton parvient à exécuter un dépassement parfait pour lui arracher la victoire. 
Le lendemain, l'équipe réside dans un hôtel local. Toujours rongé par la frustration d'avoir perdu une course qu'il pensait avoir gagnée, le jeune Brésilien de 20 ans est assis sur une chaise longue au bord de la piscine. 
Non loin de là, juste au bord de l'eau, Terry Fullerton discute, rigole et plaisante de bon cœur avec son mécanicien. 
Incapable de contenir sa colère face à la joie de son rival, Senna se lève brusquement, traverse la terrasse en trombe et pousse Fullerton tout habillé dans la piscine. 

Senna Dès le vendredi matin, poussé par son intensité naturelle, le jeune Brésilien demandait à son mécanicien de monter le meilleur moteur possible et d'ajuster le châssis pour claquer immédiatement le temps le plus rapide de la journée. En fin de journée, Senna rentrait à l'hôtel avec un sourire smug (satisfait), persuadé qu'il avait pris l'ascendant sur le Britannique. 

Fullerton De son côté, Fullerton qui avait 25 ans et possédait une connaissance mécanique hors norme ne cherchait pas la feuille des temps. Il passait ses vendredis à rouler délibérément avec des moteurs fatigués ou des réglages volontairement sous-optimaux afin de comprendre les limites absolues du châssis. Il restait ainsi volontairement en retrait, à quelques dixièmes de Senna. 

Une fois les qualifications et les phases finales venues, Fullerton sortait enfin son matériel de pointe, parfaitement adapté à la piste grâce au travail de la veille. À la surprise et à la frustration immense de Senna, Fullerton haussait subitement son rythme et venait lui souffler la pole position ou la victoire.

Cette capacité de Fullerton à masquer son jeu et à surgir au moment où cela comptait le plus rendait Senna fou de rage. C'est à force de subir cette stratégie que le Brésilien a fini par comprendre que la vitesse pure ne suffisait pas et qu'il devait développer sa propre science des réglages. 

Le crash du Championnat du Monde 1980 à Nivelles

En septembre 1980, le Championnat du monde de karting se déroule sur le circuit de Nivelles, en Belgique. C'est un terrain de jeu que T Fullerton connaît par cœur puisqu'il y a remporté son titre mondial en 1973. Face à lui, A Senna est survolté, car le titre mondial de karting est le seul trophée majeur qui manque encore à son palmarès. 

Pendant l'une des manches cruciales, Senna tente une manœuvre agressive pour passer Fullerton. Le pilotage du Brésilien est au-delà du rationnel. L'inévitable se produit : un violent accrochage projette le kart de Senna hors de la piste, l'envoyant s'encastrer brutalement dans les barrières. 
Le choc est violent. Sous l'impact, Senna a le souffle totalement coupé. Incapable de respirer, il reste bloqué dans son kart, les yeux écarquillés par la panique et la terreur. 
Témoin de la violence de l'impact, Terry Fullerton n'hésite pas une seconde. Il immobilise immédiatement son propre kart, saute par-dessus les clôtures de sécurité et se précipite en courant vers le Brésilien.
Fullerton retire délicatement la visière de Senna. Face au regard terrifié de son jeune équipier, Fullerton garde son sang-froid, lui parle calmement et lui répète de se détendre et de se forcer à expirer, puis à inspirer. Après 10 à 12 secondes de pure angoisse, Senna retrouve enfin sa respiration.

Une fois ses esprits repris, Senna s'est relevé indemne. 

En 1978, Senna débarque pour la première fois en Europe en tant que parfait inconnu pour passer des tests chez le constructeur de karts DAP. À l'époque, T Fullerton est la référence absolue de l'équipe et le champion du monde en titre (1973).

Pour ce premier test sur la piste de Parme en Italie, le patron de DAP demande à Senna de monter dans un kart pour évaluer son niveau.
À la surprise générale, le jeune Brésilien de 18 ans réalise immédiatement un temps au tour plus rapide que celui de Fullerton
Intrigué et un brin piqué dans son orgueil, Fullerton va inspecter la machine de Senna. En pesant le kart, le Britannique s'aperçoit que le mécanicien de Senna avait « oublié » de boulonner les 10 kilos de plomb réglementaires obligatoires pour atteindre le poids minimum légal. Forcément plus léger, le kart de Senna volait sur la piste.

Loin de s'arrêter là, Senna, très fier de sa performance, va voir Fullerton et lui demande avec assurance : « Alors, qu'est-ce que tu penses de mon pilotage ? ». Fullerton lui répond alors de manière très directe et technique : « Ton style ultra-agressif provoque beaucoup trop de sous-virage en sortie. Tu perds du régime moteur et de la vitesse de pointe. ».

Au lieu de se vexer, Senna est resté silencieux, a analysé la critique et a modifié son style de pilotage dès le lendemain pour devenir plus fluide. C'est ce jour-là que Senna a compris que Fullerton n'était pas seulement rapide, mais qu'il possédait une science de la course bien supérieure à la sienne. 

En 1979, Senna commence à s'imposer comme un sérieux prétendant face à son coéquipier britannique. Pourtant, lors de certaines séances d'essais ou de qualifications, Fullerton reste intouchable. Plutôt que d'accepter que Fullerton puisse simplement avoir une meilleure trajectoire ou une meilleure gestion mécanique ce jour-là, l'esprit ultra-compétitif de Senna bascule dans le soupçon.

Persuadé qu'il y a une injustice, Senna va voir Angelo Parilla, le patron de l'écurie d'usine DAP, et l'accuse directement de favoritisme :
Senna est convaincu que l'équipe fournit secrètement de meilleurs pneus à Fullerton des gommes spéciales, plus tendres ou bénéficiant d'un traitement chimique caché pour lui donner un avantage.

Fatigué des plaintes de son jeune pilote, Parilla décide de couper court à la paranoïa. Sans prévenir Fullerton, le patron échange discrètement les trains de pneus des deux pilotes juste avant une session cruciale en piste. Senna récupère les enveloppes initialement destinées au Britannique.
Le verdict de la piste : Une fois les karts lancés, le résultat est identique. Fullerton, avec les pneus "standards" de Senna, se montre à nouveau plus rapide de quelques dixièmes.

En rentrant aux stands, Senna regarde les chronos, s'isole dans un mutisme complet et passe le reste de la soirée à décortiquer son châssis. 


La leçon sous le déluge (1979)

Au début de sa carrière en Europe, le jeune Senna détestait rouler sur piste mouillée. Issu du karting brésilien où les courses sous les tempêtes tropicales étaient souvent interrompues ou impossibles à gérer avec le matériel local, il manquait cruellement d'expérience par rapport aux pilotes européens habitués aux kermesses sous la grisaille.

Lors d'une séance d'essais libres particulièrement pluvieuse en Italie :
En piste, le Brésilien enchaîne les tête-à-queue. Il n'arrive pas à stabiliser son kart DAP, glisse à chaque accélération et rentre aux stands trempé, frustré et impuissant.
Depuis les stands, il regarde alors Terry Fullerton s'élancer. Le Britannique — élevé sur les pistes froides et détrempées du Royaume-Uni — réalise une démonstration de pilotage absolue. Il fait corps avec la machine, module son accélération au millimètre et signe des temps stratosphériques sans jamais faire la moindre erreur.
La réaction obsessionnelle : Plutôt que de baisser les bras, Senna passe le reste de la journée adossé au muret des stands, sous la pluie, à scruter la position des mains de Fullerton sur le volant, l'angle de ses roues et la façon dont l'Anglais déporte son poids sur les côtés du siège pour maximiser l'adhérence (le grip).

C'est précisément cette impuissance initiale face à la maestria de Fullerton sous l'eau qui a poussé Senna à s'entraîner de manière maladive sous la pluie par la suite. Chaque fois qu'il pleuvait chez lui au Brésil, il sautait dans son kart pour rouler jusqu'à l'épuisement. La maîtrise légendaire de Senna à Donington en 1993 ou à Estoril en 1985 trouve sa source directe dans les leçons silencieuses reçues en regardant Fullerton.

À la fin de la saison 1980, lors du Championnat du monde de karting, la tension entre les deux pilotes officiels DAP atteint son paroxysme. C'est la dernière fois qu'ils s'affrontent directement en tant qu'équipiers, puisque Senna s'apprête à faire le grand saut vers l'Europe et la monoplace (Formule Ford) dès 1981.
Sur la piste, la course est d'une intensité folle. Les deux hommes se partagent les trajectoires à la limite de la rupture, refusant de céder le moindre millimètre. Fullerton, fort de son expérience et d'une gestion parfaite de ses pneumatiques, parvient une fois de plus à franchir la ligne d'arrivée devant le jeune Brésilien.
Après le drapeau à damier, la frustration de Senna est immense. Il vient de perdre sa dernière chance de prouver sa supériorité absolue sur l'Anglais avant de quitter le monde du karting. Dans le paddock, Senna s'enferme dans son stand, refuse de parler à quiconque et évite soigneusement le regard de Fullerton.
Fullerton, conscient de la détresse de son cadet, décide de ne pas forcer les choses ce jour-là. Les deux hommes se séparent sur ce silence lourd. Ce n'est que des années plus tard, alors que Senna était déjà une immense star de la Formule 1, que les deux rivaux se sont recroisés dans un paddock. Senna est venu spontanément vers Fullerton, lui a serré la main chaleureusement et a discuté de cette époque avec une nostalgie désarmante.

Au fil des mois en 1980, la tension grimpe d'un cran à chaque course. Senna ne supporte plus de buter sur le Britannique. Lors d'une séance d'essais particulièrement intense, les deux karts se frôlent à plusieurs reprises à des vitesses folles, testant les limites du carrossage et de l'aspiration. 
Fullerton, usant de toute sa roublardise, tasse légèrement le jeune Brésilien pour garder sa trajectoire et le dépasse de manière virile mais correcte selon les standards du karting de l'époque.
Pour Senna, c'en est trop. Convaincu que son coéquipier a délibérément tenté de l'envoyer dans le décor, il rentre aux stands hors de lui. Il accuse ouvertement Fullerton de pratiquer un « jeu sale » (dirty driving) pour protéger son statut de premier pilote. 
Face au calme de Fullerton qui refuse d'entrer dans son jeu, Senna saisit son propre carnet de notes techniques et le jette violemment au visage du Britannique avant de quitter le garage en trombe.

Cet incident a marqué un point de non-retour dans les stands DAP. À partir de ce jour et jusqu'au départ de Senna pour la monoplace en Angleterre, les deux hommes ont arrêté de se parler en dehors des impératifs techniques. Fullerton confiera bien plus tard que cette paranoïa maladive était le moteur indispensable dont Senna avait besoin : il devait absolument haïr son rival pour trouver l'énergie de le terrasser en piste.

21 oct. 2026

214 G


En 2001, le championnat américain CART (ancêtre du Champ Car / IndyCar) organise une course sur le très incliné ovale du Texas Motor Speedway. Avec l'évolution de l'aérodynamique et des moteurs, les monoplaces atteignent des vitesses moyennes folles de 375 km/h. 

Lors des essais libres, les pilotes commencent à se plaindre de vertiges importants, de pertes de mémoire immédiates et de troubles de la vue (le phénomène de "voile gris"). La télémétrie révèle que les pilotes subissent des forces G latérales continues de 5,5G à 6G pendant plusieurs secondes à chaque virage. 

À 6G, le sang est littéralement chassé du cerveau vers le bas du corps. Les médecins du sport présents calculent qu'à ce rythme, les pilotes risquent la perte de connaissance (G-LOC) en pleine course. Devant ce danger mortel, les organisateurs prennent une décision historique : annuler purement et simplement la course deux heures avant le départ, les humains ne pouvant pas physiquement résister à ce que le châssis et les pneus étaient capables d'endurer. 


Deux ans plus tard, en 2003, sur ce même circuit du Texas mais dans le championnat concurrent (IRL), le pilote suédois Kenny Brack subit l'accident le plus violent de l'histoire du sport automobile.

À la suite d'un contact à plus de 360 km/h, sa monoplace s'envole et s'écrase violemment contre le grillage de protection. 
La boîte noire de la voiture enregistre un pic de décélération phénoménal de 214 G. Pour donner une idée, à 214G, le corps de Kenny Brack (qui pèse environ 75 kg) a instantanément pesé plus de 16 tonnes.

K Brack a survécu (malgré de multiples fractures au dos, aux jambes et aux chevilles) et a pu reprendre le volant plus tard, il le doit exclusivement à la conception du châssis monocoque en fibre de carbone. La cellule de survie est restée parfaitement intacte tandis que toutes les autres pièces de la voiture se sont désintégrées pour dissiper la quantité astronomique d'énergie cinétique. Le capteur était fixé sur le châssis, prouvant que la structure a pris le pire de l'impact pour sauver la vie du pilote. 

Ch Fittipaldi

SENNA Gants

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En 1984, alors qu'il roule en Formule 1, Ayrton Senna se plaint de douleurs et d'ampoules aux mains provoquées par le frottement des coutures internes de ses gants. À sa demande, le fournisseur développe une solution inédite : rejeter toutes les coutures vers l'extérieur. Ce concept a totalement transformé le confort et la sensibilité des pilotes au volant, devenant par la suite la norme absolue sur tous les circuits du monde.

Si vous cherchez à acheter des gants pour piloter avec ce look historique tout en bénéficiant des normes de sécurité FIA actuelles, la marque propose un modèle directement inspiré de cette collaboration

PROST Tyrrell

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Sacré champion d'Europe de Formule 3 en 1979, le jeune Alain Prost est alors le pilote le plus convoité des paddocks. Admiré pour son intelligence de course par des patrons d'écurie légendaires comme Ken Tyrrell, il reçoit une offre de ce dernier. 

L'écurie Tyrrell lui propose de sauter immédiatement dans le grand bain en pilotant une troisième monoplace lors du dernier Grand Prix de la saison 1979 à Watkins Glen, aux États-Unis. C'est une occasion en or dont rêvent la plupart des jeunes pilotes, mais Prost, fidèle à la philosophie méticuleuse qui lui vaudra plus tard le surnom du « Professeur », refuse l'offre. 

Alain Prost estime qu'un tel engagement de dernière minute, sans préparation physique ni technique adéquate, s'apparente à un cadeau empoisonné. Il explique à Ken Tyrrell qu'il ne ferait justice ni à lui-même, ni à l'équipe. Il préfère attendre l'année suivante pour effectuer une vraie préparation complète. Impressionné par cette maturité et ce sang-froid hors du commun pour un jeune homme de 24 ans, Ken Tyrrell comprend son choix. Alain Prost signera finalement son premier contrat à plein temps pour la saison 1980 chez McLaren. 

20 oct. 2026

VARZI Autounion

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L'élégant pilote Achille Varzi, dandy glacial de l'entre-deux-guerres, faisait fabriquer ses combinaisons sur mesure par un tailleur de Milan. Sa rivalité chirurgicale avec Tazio Nuvolari céda un jour le pas à une dramatique passion amoureuse pour Ilse Pietsch, l'épouse d'un responsable d'Auto Union, qui le fit basculer dans la dépendance à la morphine. 

Varzi pilotait avec un calme absolu, une précision géométrique et un souci permanent de l'élégance vestimentaire.

Contrairement à son grand rival fantasque et instinctif, Varzi calculait chaque trajectoire et exploitait la moindre faille adverse.

Engagé par Auto Union en 1935, il s'éprend de la femme de son manager.

Souffrant lors des courses, il se voit administrer de la morphine. Le couple sombre corps et âme dans cette addiction qui brise un temps sa carrière avant qu'il ne parvienne à se sevrer après la guerre. 

ROUSSELOT PFR insolites

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Pierre François Rousselot (1948-2026) était un pilote de course français très talentueux, essayeur de renom pour la revue AUTO hebdo et directeur de l'école de pilotage Winfield à Magny-Cours. Sa carrière, qui l'a mené de la Formule 3 jusqu'à neuf départs aux 24 Heures du Mans. 

Bien qu’il soit un pilote d’endurance chevronné, Pierre-François Rousselot restait profondément humain face à la pression d'une course aussi mythique que celle du Mans. Il confiait une anecdote touchante et intime sur son rapport au stress : « Le matin du départ, je n'arrivais pas à conserver mon petit déjeuner ». Ce rituel d'anxiété ne s'évaporait qu'une fois installé dans le cockpit, prêt à affronter les Hunaudières. 



Dans les années 70-80 le sport auto était une discipline dangereuse et incertaine. Il racontait une autre habitude très révélatrice de l'état d'esprit des pilotes de l'époque : « Le matin, je rangeais mes affaires, je ne savais pas si je rentrerais le soir ». Cette lucidité pragmatique face au danger n'enlevait rien à sa passion mais illustrait le courage de sa génération.

Après avoir quitté la compétition moderne, "PFR" s'était tourné vers les courses historiques au volant de sa somptueuse et rare Shelby Cobra Daytona Coupe. Une anecdote marquante de cette seconde partie de carrière est son association sur la piste avec un équipier de luxe : Carlos Tavares, alors puissant PDG du groupe automobile mondial Stellantis (et grand passionné de sport auto), avec qui il a partagé le volant lors d'une course mémorable à Estoril, au Portugal. 

Au-delà du volant, Rousselot était un grand théoricien de la trajectoire. Directeur d'école, il a mis à profit sa précision d'essayeur pour rédiger deux livres de référence sur les techniques de pilotage en collaboration directe avec le quadruple champion du monde de Formule 1, Alain Prost. 
Il a passé toute sa vie à vivre de l'automobile, affirmant avec le sourire : « Je n'ai jamais gagné un centime autrement que grâce à la bagnole ». 

Au début de sa carrière en Formule 3, "PFR" s'est forgé une solide réputation internationale. Lors de la prestigieuse Coupe d'Europe à Thruxton (Angleterre), il fait équipe avec Jean-Louis Lafosse sur une Brabham BT35. Face à l'élite des pilotes britanniques, réputés intraitables sur leurs terres, le duo français réalise un exploit mémorable en remportant magistralement la victoire. Ce succès le propulsera à la 3e place du Championnat de France de F3 la même année, juste derrière deux futurs monstres sacrés de la F1 : Patrick Depailler et Jean-Pierre Jabouille.

En 1981, Rousselot pilote la mythique BMW M1 du Team Zol Auto aux côtés de François Servanin et Laurent Ferrier. Alors que la voiture tourne comme une horloge et pointe en excellente position, Pierre-François perçoit un bruit suspect. Par pure précaution, il décide de s'arrêter aux stands. Les mécaniciens inspectent le moteur, ne trouvent rien d'alarmant et lui crient de repartir. 
Malheureusement, au moment exact où il relance la machine, le bruit change radicalement : durant la minute d'arrêt au stand, une soupape s'est vrillée à cause du choc thermique. Il racontera plus tard avec un brin de frustration : « J'aurais mieux fait de ne pas m'arrêter ! ». 


Devenu le prestigieux essayeur après sa carrière professionnelle, sa légitimité technique était telle que les plus grandes écuries de pointe lui ouvraient leurs portes. Pierre-François Rousselot a eu le privilège rare de s'installer dans les cockpits de véritables Formule 1 modernes pour en livrer des analyses ultra-précises. Son style d'écriture didactique et son expertise en ont fait le maître incontesté de l'exercice en France. 




Reconnu pour sa rigueur absolue et sa gestion humaine à la Winfield, Guy Fréquelin (le patron emblématique des chevrons) l'appelle un jour pour lui confier un poste stratégique : Directeur du service compétition-clients de Citroën Sport. C’est sous sa direction et ses conseils avisés que des dizaines de jeunes pilotes de rallye ont fait leurs premières armes sur les formules de promotion de la marque.


Lorsqu'il prend sa retraite sportive, Pierre-François prend la direction de la célèbre école Winfield à Magny-Cours à la demande des frères Knight. Pendant dix ans, il gère un flux continu de 300 élèves par an venus disputer le célèbre Volant Elf. Il aimait rappeler qu'il avait vu passer exactement 3 000 pilotes en herbe sous son regard intransigeant, s'imposant comme le grand mentor de la trajectoire parfaite pour toute la jeune garde du sport automobile français des années 90. 






Officiellement, les tablettes indiquent que la première participation de Rousselot au Mans date de 1977. Pourtant, il a piloté au Mans dès 1975 dans le secret le plus total. Cette année-là, l'écurie officielle Renault Alpine engage une A441 2 litres confiée au duo féminin vedette Lella Lombardi et Marie Claude Beaumont
PFR faisait discrètement partie de l'équipe en tant que pilote de réserve. Il a pu limer le grand circuit sarthois lors des essais nocturnes sans que son nom ne soit jamais inscrit au départ officiel de la course. 

Lorsqu'il essayait des Formule 1 modernes pour la presse spécialisée, sa rigueur déstabilisait parfois les ingénieurs de Grand Prix. Rousselot n'était pas là pour s'amuser, mais pour décortiquer la mécanique. Sa sensibilité était telle qu'il parvenait à détecter des variations de comportement de quelques millimètres sur les suspensions ou des micro-pertes de pression sur les pneus. Les directeurs techniques adoraient son feedback, estimant que ses comptes-rendus valaient autant que les premières acquisitions de données informatiques. 

À la fin de sa carrière d'endurance moderne, en 1988 et 1989, Rousselot s'engage au Mans sur une Argo JM19C Groupe C2 engagée par l'écurie de la célèbre chaîne de garages Speedy.

19 oct. 2026

JOHNSON Junior

Junior Johnson, gracié par le Président américain Ronald Reagan le 26 décembre 1985, symbolise à elle seule les vingt premières années d'existence de la NASCAR, entre pilotage à haute vitesse, alcool de contrebande et séjour en prison...

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La formation de la NASCAR, intervenue en 1949, est souvent liée à la prohibition aux États-Unis. Pourtant, cette période, qui voyait l’interdiction pure et simple des boissons alcoolisés sur l’ensemble du territoire américain, a pris fin bien plus tôt, en 1933. Si certains États ont maintenu cette interdiction plus longtemps, comme la Caroline du Nord, berceau de la NASCAR, au sortir de la deuxième guerre mondiale, l’alcool avait retrouvé sa place dans le paysage culturel des USA. Toutefois, afin de maintenir la volonté du gouvernement de faire baisser la consommation de ces breuvages alcoolisés, un système de taxes était mis en place, causant mécaniquement une hausse des prix.

C’est alors que s’est mis en place un réseau clandestin d’un alcool totalement artisanal et potentiellement dangereux, le moonshine. N’importe qui pouvait, à l’époque, s’improviser distillateur de moonshine. Inutile de préciser que les normes sanitaires et de contrôle étaient aux abonnés absents… Certains alcools, frelatés ou simplement mal dosés, pouvaient causer un aveuglement total, voire la mort. Mais le business était juteux, et cela amenait donc nombre de familles à se lancer dans la confection d’alcool de contrebande.

Afin de pouvoir échapper à la police locale, que faisaient les contrebandiers ? Ils modifiaient leurs voitures, avec des moteurs plus puissants, en visant à simplement battre la police en vitesse de pointe et prendre la poudre d’escampette. Lorsqu’ils ne transportaient pas d’alcool, les jeunes de la région se retrouvaient pour des courses improvisées, qui donneront ensuite lieu à la création de la NASCAR, la National Association for Stock-Car Auto Racing, ou Association Nationale de Courses de Voitures de Série en français.

Parmi les premiers pilotes de pointe du championnat, on retrouvait un certain Junior Johnson. Vainqueur à cinq reprises en 1955, Johnson se positionnait comme l’un des favoris à la couronne 1956. Seulement voilà, dans la famille Johnson, contrairement à certaines autres, la compétition automobile ne signifiait pas la fin de l’activité de contrebande. C’est ainsi qu’en 1956, le FBI se met en quête d’arrêter le patriarche de la famille, ou toute personne l’assistant dans sa volonté de vendre de l’alcool et de ne pas payer les taxes requises. Un soir de 1956, les agents fédéraux attendaient, et lorsque Junior Johnson alluma l’alambic de son père, toutes les preuves étaient réunies. Il a bien tenté de s’échapper, mais cette fois c’est dans des fils barbelés que Junior a terminé sa course…

Résultat, une peine de prison ferme pour contrebande d’alcool, et un total de onze mois passés derrière les barreaux. Johnson a pu revenir à la course en 1958, alignant 45 victoires jusqu’à la fin de sa carrière, huit ans plus tard. C’est en tant que directeur d’équipe qu’il va construire sa légende, ses pilotes Cale Yarborough et Darrell Waltrip remportant un total de cinq titres au plus haut niveau.

La condamnation de 1956, cependant, continuait de priver Johnson de certains de ses droits civils fondamentaux. C’est ainsi qu’en 1981, il écrivit au Président des États-Unis, Ronald Reagan, lui demandant une grâce présidentielle. Il faudra attendre cinq ans avant que le pilote ne reçoive « le plus beau cadeau de Noël de sa vie », étant gracié par Reagan. Si cela ne résulte pas aux USA en un casier judiciaire vierge, le condamné redevient un citoyen comme les autres sur le plan des droits. Junior Johnson n’a toutefois pas totalement arrêté d’être lié au milieu de l’alcool, puisqu’en 2007, il a loué la recette familiale à une distillerie locale qui a produit le « Midnight Moon Moonshine ». Et comme argument commercial ? La photo d’identité judiciaire de la légende de la NASCAR sur chaque bouteille…

HULME Bathurst 1992

Denny » Hulme (Bathurst 1992)

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Le 4 octobre 1992, le champion néo-zélandais participe aux 1000 kilomètres de Bathurst en Australie au volant d'une BMW M3. 

Il pleut des cordes. Hulme prévient son stand par radio : « Ma vue est troublée ».

Le stand ne s'inquiète pas à cause de la météo. Mais Hulme sait que son heure arrive. Il ralentit doucement, longe le rail de sécurité, gare la voiture sur l'herbe et coupe le moteur.

Victime d'une crise cardiaque à 58 ans, il meurt sans bruit, fidèle à sa réputation d'homme discret qui détestait attirer l'attention.




SCHURTI insolites

Avec Lins (à droite)

Manfred Schurti

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Trop jeune et privé de permis, il devait cacher sa moto en dehors de la maison pour échapper à la vigilance de sa mère, farouchement opposée au sport mécanique. 

Bien qu'il ait débuté par les deux roues (devenant champion suisse de motocross en 250 cm3 à 21 ans), Schurti a ensuite basculé vers le sport automobile sur le tard. Il s'est fait un nom mémorable en endurance au sein de l'équipe Martini Racing, brillant notamment au volant des redoutables Porsche 935 aux 24 Heures du Le Mans et sur le circuit du Nürburgring. 

RONDEAU RAGNOTTI

Jean Rondeau et Jean Ragnotti 

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Aux 24 Heures du Mans 1980, Jean Rondeau engage plusieurs voitures de sa propre conception. Il installe un équipage de choc sur la Rondeau M379 n°15 (sponsorisée par ITT et Le Point) : le géant Henri Pescarolo (1m80) et le très agile Jean Ragnotti (1m60). 

L'énorme différence de taille entre les deux hommes complique grandement les réglages du pédalier et du baquet pour les passages de relais en course. Un journaliste, intrigué par ce casse-tête logistique, demande alors à Ragnotti comment ils vont faire pour conduire la même voiture.

Fidèle à sa réputation de blagueur impénitent, « Jeannot » répond du tac au tac au micro :

« Ce n'est pas compliqué : Henri reste dans la voiture pendant les 24 heures et moi, je me mets sur ses genoux ! » 

Derrière les pitreries de Ragnotti, la voiture s'avère redoutable : elle signe la pole position. Si la n°15 abandonnera malheureusement en course sur casse moteur, c'est l'autre voiture de l'écurie, pilotée par Jean Rondeau lui-même et Jean-Pierre Jaussaud, qui remportera cette édition mythique, faisant de Rondeau le seul constructeur-pilote vainqueur au Mans. 

Le dimanche matin de cette même édition 1980, alors que la voiture de Ragnotti et Pescarolo a abandonné, Jean Ragnotti revient se promener dans les stands pour soutenir l'écurie Rondeau et suivre la fin de course. 

Soudain, l'équipe technique l'interpelle, un brin inquiète : deux gendarmes arpentent le paddock du Mans à sa recherche. 

On imagine alors un excès de vitesse mémorable ou une rébellion sur la route. La réalité est beaucoup plus insolite : la maréchaussée sarthoise venait simplement lui signifier une vieille contravention impayée datant de 1978 ! Cette année-là, Ragnotti courait au Mans pour Alpine-Renault. Les gendarmes avaient profité de sa présence officielle au Mans deux ans plus tard pour enfin lui mettre la main dessus et lui réclamer son dû au milieu des pneus et des moteurs Cosworth.