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LE JOUR OÙ LA FRANCE S’EST RETOURNÉE CONTRE LUI
Le Grand Prix de France 1982, au Castellet, reste l’un des épisodes les plus marquants et les plus douloureux de la carrière d’Alain Prost.
Sportivement, tout semblait pourtant parfaitement maîtrisé.
Le pilote Renault arrivait en leader du championnat du monde et l’écurie française dominait son Grand Prix national. La stratégie définie avant la course était claire : René Arnoux devait protéger Prost et, si nécessaire, lui céder la victoire afin de maximiser les chances de titre mondial.
Pendant une grande partie de l’épreuve, le scénario idéal prend forme.
Les deux Renault turbo contrôlent la course.
Arnoux est devant.
Prost derrière.
Mais dans les derniers tours, tout bascule.
Arnoux refuse d’obéir aux consignes de l’équipe. Les deux pilotes se livrent alors un duel spectaculaire, roue contre roue, devant un public français en délire. Finalement, Arnoux l’emporte.
Le public adore.
La presse aussi.
Mais pour Prost, l’histoire est totalement différente.
« La tactique avait fonctionné parfaitement. On était premier et deuxième et René devait me laisser passer. Sauf qu’il n’a pas accepté. »
Ce qui le marque surtout, c’est l’image qui ressort immédiatement après la course.
Aux yeux du public, Arnoux devient le pilote courageux et passionné.
Et Prost, lui, passe pour le méchant de l’histoire.
« Ce qui est incroyable, c’est que c’est moi qui suis passé pour le mauvais joueur »
La violence de la réaction populaire le choque profondément.
Quelques heures après la course, alors qu’il rentre chez lui à Saint-Chamond, Prost s’arrête dans une station-service Elf.
L’employé qui vient lui faire le plein ignore qu’il parle au pilote lui-même.
« Bravo pour aujourd’hui », lui lance-t-il d’abord.
Puis il ajoute immédiatement :
« Parce que ce Prost… quel connard ! »
Prost racontera souvent cet épisode comme l’un des moments les plus marquants de sa vie.
« C’est probablement le plein d’essence qui m’a le plus contrarié de toute ma carrière ».
Mais le pire arrive ensuite.
La polémique prend une ampleur énorme en France. Prost devient une cible. Il reçoit des insultes, des menaces, et la situation dégénère parfois complètement.
Deux de ses voitures seront même incendiées sur son parking.
À seulement 27 ans, celui qui est alors l’un des plus grands espoirs du sport français découvre brutalement la violence de la popularité.
Cette période le pousse à quitter la France.
Longtemps, beaucoup ont expliqué son départ par des raisons fiscales. Pourtant, Prost a toujours réfuté cette version.
« J’avais décidé de partir vivre en Angleterre Puis j’ai changé au dernier moment pour la Suisse. Ce n’était absolument pas pour des raisons fiscales. »
C’est surtout le besoin de retrouver du calme et de la distance qui motive son choix.
Car ce Grand Prix de France 1982 laissera chez lui une blessure durable.
Une fracture avec une partie du public français.
Et peut-être aussi le début de cette image paradoxale qui le suivra toute sa carrière : celle d’un immense champion souvent moins aimé que ses rivaux plus démonstratifs.
Alors qu’en réalité, Prost faisait simplement ce qu’il avait toujours fait :
penser avant de jouer au héros.






















