30 avr. 2026

TETU Michel

 Michel Têtu Souvenirs

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Jabouille et Arnoux : deux pilotes, deux styles chez Renault F1

Michel Têtu évoque avec précision les pilotes qu’il a côtoyés en F1 dès 1979, Jean-Pierre Jabouille et René Arnoux.

Jean-Pierre Jabouille, un grand pilote. Quelqu’un de très influent, un peu secret, difficile à cerner, mais aux idées bien arrêtées. 

En F2 et dans d’autres disciplines, il a créé des choses, les a développées, et fait progresser les écuries. C’est clair. Il avait d’excellentes idées, mais ne les partageait pas forcément. 

Pas toujours facile à intégrer dans une équipe, mais à l’époque, les pilotes étaient très proches de Gérard Larousse et ça se passait bien. Il n’était pas très tendre avec René Arnoux.

Arnoux, en revanche, était très souple. Un caractère forgé, c’est sûr, agressif aussi probablement plus que Jean-Pierre. En course, mais surtout avec la mécanique. 

Autant Jabouille était très cool, utilisant la voiture dans des conditions fluides sans rien martyriser, autant avec Arnoux, les voitures dérouillaient. Et spécialement les freins. C’était invraisemblable. À tel point qu’on a dû faire fabriquer des étriers de freins spéciaux avec des plaquettes plus épaisses. 

Comme les voitures turbo, du fait de leur taux de compression très faible, n’avaient pas de frein moteur, tout passait par les freins. Et il n’y avait pas encore de freins carbone. René était très dur. Lors du Grand Prix des USA, on craignait de ne pas tenir avec les freins. C’était invraisemblable.

Côté technique, leur grande différence, c’est qu’Arnoux expliquait ce que faisait la voiture et nous permettait d’en déduire les modifications nécessaires, alors que Jean-Pierre avait de très bonnes idées mais ne les partageait pas forcément. 

Il arrivait avec les solutions toutes faites : « Baisse l’avant de 2 mm », « fais-moi mettre un cran de barre en plus », etc. Il détenait l’information et on était un peu à son service. Mais parallèlement, il a énormément fait évoluer les choses, car c’est lui qui réalisait tous les essais techniques. 

Au niveau des motoristes notamment, il a généré des progrès énormes. Par exemple, quand il a mis au point le système DPV, qui réduisait de façon déterminante le temps de réponse du turbo et ouvrait la voie à la suite. Il nous a sortis d’une impasse qui privait la technologie turbo de son potentiel. C’est lui qui a insisté auprès des techniciens et les a aidés à comprendre comment le problème se manifestait. Un peu comme Senna l’a fait plus tard avec Bernard Dudot pour d’autres améliorations optimisant cette technologie.

Il faut se souvenir qu’à cette époque, il n’y avait pas de simulateur. Les simulations se faisaient au banc moteur. Mais on n’était jamais en conditions réelles de course avec ces bancs. Jean-Pierre Jabouille, pour mieux intégrer les contraintes du temps de réponse lié au turbo, a fait monter une boîte de vitesses sur le moteur, avec des masses d’inertie pour reconstituer les roues. De cette manière, en passant lui-même à la « conduite » du banc, il pouvait ressentir les résultats des évolutions réalisées par les techniciens et mieux les guider. Ça a probablement été le premier simulateur F1. Il a été d’un apport exceptionnel pour cette nouvelle technologie.

Il faut aussi rappeler qu’à l’époque, on n’avait pas de télémétrie. On n’utilisait des systèmes embarqués que pour les essais. C’était trop lourd et encombrant sinon. Les informations des pilotes étaient donc déterminantes. (Senna faisait des retours d’une précision extraordinaire.) Jean-Pierre, au début, lors du déverminage des voitures de cette ère turbo, a fait très fortement progresser le système. Et Renault Sport doit le remercier. Pour Le Mans aussi, il a effectué un travail colossal. Il était très pointu en aérodynamique. C’est Marcel Hubert qui s’occupait des voitures du Mans à l’époque. Il a beaucoup travaillé avec lui. Il avait une pertinence d’analyse sur ce plan-là, un peu hors du commun


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