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« J’étais probablement l’un des directeurs techniques les plus respectés du paddock ».
« Et Ayrton voulait toujours être dans la meilleure équipe possible. »
À la fin des années 1980, Barnard était déjà considéré comme l’un des ingénieurs les plus influents de la Formule 1 moderne. Chez McLaren, il avait révolutionné la discipline avec l’introduction du premier châssis monocoque en fibre de carbone, avant de poursuivre sa carrière chez Ferrari puis chez Benetton.
C’est justement durant cette période Benetton qu’eut lieu une discussion étonnante avec Ayrton Senna, au Grand Prix de Monaco 1990.
Barnard raconte qu’un vendredi midi, Ayrton l’invita discrètement dans son appartement monégasque pour déjeuner. L’atmosphère était simple, presque intime. La femme de ménage de Senna leur prépara le repas pendant que les deux hommes discutaient de l’avenir.
Puis Senna posa directement la question :
— « Est-ce que je devrais rejoindre Benetton maintenant ? »
Barnard savait parfaitement ce que cela signifiait. Si lui donnait son feu vert, Senna pouvait réellement signer.
Mais l’ingénieur anglais répondit avec franchise :
— « Pour être honnête, j’adorerais t’avoir avec nous. Mais je dois te dire la vérité : nous ne sommes pas prêts pour construire immédiatement une voiture capable de gagner le championnat. »
Cette honnêteté allait profondément marquer Barnard.
À cette époque, Benetton progressait vite, mais l’équipe restait encore techniquement en retard sur McLaren ou Ferrari. Barnard était justement arrivé pour restructurer complètement l’organisation technique : nouvelle soufflerie, nouveaux outils de développement, nouvelle méthodologie aérodynamique.
Mais en 1990-1991, beaucoup d’éléments essentiels manquaient encore.
La future Benetton B191, pourtant élégante et performante, ne disposait pas encore de boîte semi-automatique comme Ferrari ou McLaren. L’équipe ne possédait pas non plus la puissance électronique nécessaire pour développer certains systèmes avancés. Barnard savait exactement où se situaient leurs limites.
« Nous n’avions pas encore l’équipe électronique suffisante ». « Et cela me frustrait énormément. »
Alors il préféra dire non à Ayrton Senna.
« laisse-nous encore un ou deux ans. »
Avec le recul, cette conversation prend une dimension fascinante. Car Barnard avait raison : Benetton n’était pas encore prête en 1991. Mais quelques années plus tard, la structure deviendra effectivement une machine capable de gagner des titres mondiaux.
Simplement, ce ne fut pas Ayrton Senna qui en profita.
Ce fut Michael Schumacher.
Lorsque l’Allemand remporta les championnats du monde 1994 et 1995 avec Benetton, Barnard reconnut lui-même avoir été surpris par la rapidité de cette ascension. Mais il estimait aussi avoir posé les bases techniques qui avaient permis cette évolution.
« Quand je suis arrivé, l’équipe était très loin derrière sur le plan aérodynamique », expliquait-il. « Ensuite, nous avons construit une nouvelle soufflerie et complètement restructuré le département technique. »
Sa relation avec Flavio Briatore se détériora ensuite fortement, jusqu’à provoquer son départ. Mais Barnard considérait malgré tout avoir livré à Benetton ce qu’elle était venue chercher : une organisation capable de devenir championne du monde.
L’histoire retiendra donc ce moment presque irréel : un déjeuner discret dans un appartement monégasque, où Ayrton Senna demanda conseil à John Barnard sur son avenir… et où un simple « pas encore » changea peut-être une partie de l’histoire de la Formule 1.

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