19 mai 2026

DUCAROUGE PIQUET

 « Avec Nelson Piquet, la situation était extrêmement compliquée dès le départ, notamment parce qu’il arrivait après Ayrton Senna et que tout le monde savait à quel point il ne supportait pas Ayrton.

Le premier jour où il est entré dans mon bureau, il a immédiatement remarqué les photos accrochées au mur. Peter Warr avait pour habitude de faire réaliser une photo pour chaque victoire en championnat du monde, toutes prises au même endroit, à Donington. Il y en avait donc sept.

Piquet les a regardées quelques secondes avant de me dire : “Gérard, si tu veux qu’on puisse travailler ensemble, il faut enlever tout ça.”

Il détestait Senna au plus haut point et tout ce qui rappelait le passé récent de Lotus l’irritait profondément. Dès les premiers instants de notre collaboration, l’ambiance était donc particulièrement tendue. Pour ma part, je n’ai jamais accepté ce genre de caprices.

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Un peu plus tard, dans l’atelier, je lui ai présenté une monoplace complète afin qu’il puisse commencer à définir ses réglages de position de conduite : pédales, volant, assise, etc. Et là, j’ai commis une erreur en lui précisant qu’il s’agissait de l’ancien mulet d’Ayrton.

Il est immédiatement sorti de la voiture furieux, comme un diable hors de sa boîte, en déclarant qu’il ne piloterait jamais une voiture utilisée auparavant par Senna. À ce moment-là, je me suis dit qu’avec un caractère pareil, nous allions avoir quelques difficultés…

Il faut dire qu’entre les deux pilotes, les relations étaient déjà exécrables depuis un article publié par Nelson dans la presse people de Rio pendant les essais hivernaux. Toute cette histoire était assez lamentable.

C’est vrai aussi que Nelson revenait d’un accident extrêmement violent à Monza et que son retour était compliqué. Il suivait beaucoup les conseils d’un pseudo coach, une sorte de gourou censé l’aider mentalement, ce qui créait parfois une atmosphère assez particulière autour de lui.

Mais le plus préoccupant restait ses performances. Il était encore très loin de son meilleur niveau et n’était guère plus rapide que Satoru Nakajima. Il devenait également difficile de communiquer avec lui sur le plan technique. Parfois même, au lieu de travailler sur les réglages, il allait simplement s’allonger dans le camion pour dormir.

Les résultats étaient forcément décevants et l’équipe ne se trouvait plus à la place qui devait être la sienne en termes de performance. Pour la première fois de ma carrière, j’ai commencé à penser que la fin de mon contrat pourrait finalement être une bonne chose. Je ne me sentais plus suffisamment motivé pour continuer dans cette ambiance devenue pesante à cause du manque de résultats.

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