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Ensuite sont arrivés les moteurs turbo 1,5 litre six cylindres avec des puissances totalement déraisonnables. En qualifications, on dépassait les 1300 chevaux. Pour cela, on utilisait des pressions de suralimentation énormes, proches de 5 bars avec des turbos extrêmement performants. À ce moment-là, tout le monde avait basculé dans l’excès le plus total.
Les carburants devenaient eux-mêmes dangereux à manipuler. Il fallait porter des masques et protéger ses mains tellement les mélanges utilisés étaient agressifs. Entre pétroliers, c’était une véritable guerre technologique. Et comme cela ne suffisait toujours pas, on a commencé à refroidir l’essence avant les courses, parfois jusqu’à -15 ou -20 degrés, afin d’en mettre davantage dans les réservoirs et ainsi pouvoir utiliser plus de puissance.
Parfois, cela provoquait même des problèmes énormes : les pompes à essence pouvaient se bloquer ou, pire encore, la dilatation du carburant pouvait endommager la coque carbone directement sur la grille de départ.
Pour décrocher une pole position, la recette était simple : Ayrton Senna, une Lotus 97T, le fabuleux V6 Renault poussé à 5 bars de pression et des pneus qualification capables de tenir un seul tour. Les turbos utilisés spécialement pour les qualifications ne survivaient eux aussi qu’à un tour lancé.
Quand Ayrton rentrait aux stands pour repartir, il fallait immédiatement remplacer les turbos qui arrivaient à plus de 1000 degrés, changer les pneus et remettre juste le minimum d’essence. C’était complètement délirant. Avec cette combinaison, nous avons réussi à signer neuf pole positions consécutives avec Ayrton.
Concernant Senna… oui, passons. Ayrton voulait absolument que je le rejoigne chez McLaren. Ron Dennis m’avait déjà approché très sérieusement l’année précédente, mais j’avais refusé son offre. Lorsque Ayrton a quitté Lotus, je lui ai écrit une lettre dans laquelle je lui expliquais que j’étais désolé de ne pas avoir réussi à lui construire une voiture capable de le rendre champion du monde. Je lui disais aussi que je ne pouvais pas le suivre parce que je voulais respecter mon contrat.
Je terminais cette lettre en lui affirmant que j’étais persuadé qu’il deviendrait plusieurs fois champion du monde. D’ailleurs, un journaliste avait réussi à mettre la main dessus — je ne sais toujours pas comment — c’était Johnny Rives.


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