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Johnny Herbert a lui aussi approché l’univers McLaren et Ron Dennis. Mais contrairement à d’autres pilotes fascinés dès le premier contact par l’organisation quasi militaire de Woking, lui en est ressorti avec une impression très différente.
Il se souvient encore parfaitement de cette première rencontre dans l’ancienne usine McLaren.
« J’attendais à l’extérieur. La secrétaire est venue me dire que je pouvais entrer. Ron était prêt. »
Herbert imaginait une discussion classique, presque chaleureuse : quelques banalités, une poignée de main, une manière de briser la glace. Quelque chose comme :
— « Bonjour Johnny, comment vas-tu ? Comment va la famille ? »
Mais dès que la porte s’ouvrit, Ron Dennis attaqua immédiatement :
— « Je dois remplacer un de mes pilotes par un autre. »
Pour Herbert, le choc fut instantané.
« Dans ma tête, en dix secondes, c’était terminé. Je me suis dit : je ne peux pas travailler ici. »
La discussion continua pourtant normalement. Ron lui fit visiter l’usine, ils parlèrent de l’équipe, des projets, de la Formule 1. Mais Herbert avait déjà compris à quel point McLaren fonctionnait différemment des autres structures.
Chez Ron Dennis, tout semblait clinique, organisé, méthodique. Les émotions passaient toujours après la performance.
Et pourtant, avec le recul, Herbert reconnaît aujourd’hui l’immense influence qu’a eue Dennis sur la Formule 1 moderne.
Il cite notamment Mika Häkkinen comme l’exemple parfait du « pilote façonné » par Ron Dennis.
Selon lui, Dennis a progressivement transformé Häkkinen en une sorte de mélange entre sa propre rigueur obsessionnelle et l’approche mentale d’Ayrton Senna. Le Finlandais est devenu un pilote extraordinairement structuré, froid sous pression, totalement intégré au fonctionnement McLaren.
Et cela a parfaitement fonctionné.
Häkkinen remportera deux titres mondiaux avec McLaren à la fin des années 1990.
Herbert ne cache pas non plus que Ron Dennis pouvait être un personnage difficile, parfois extrêmement exigeant humainement. Mais il considère malgré tout qu’on ne peut absolument pas minimiser ce qu’il a construit.
Sous sa direction, McLaren est devenue l’une des organisations les plus professionnelles et les plus performantes de l’histoire du sport automobile. Dennis ne contrôlait pas seulement les voitures : il contrôlait l’image globale de l’équipe, la présentation des ateliers, l’apparence des mécaniciens, les relations avec les sponsors, jusqu’au moindre détail du paddock.
Herbert estime même que beaucoup de ce que l’on considère aujourd’hui comme « normal » en Formule 1 — la perfection visuelle des motorhomes, la discipline interne, le marketing ultra-contrôlé, la culture de l’excellence industrielle — provient directement de la vision imposée par Ron Dennis chez McLaren.
« Il était méticuleux sur absolument tout ».
Et c’est peut-être cela qui résume le mieux Ron Dennis : un homme capable de transformer une équipe de course en une organisation presque chirurgicale, où rien n’était laissé au hasard.
Même si, pour certains pilotes comme Johnny Herbert, cette perfection pouvait aussi paraître profondément intimidante.

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