19 mai 2026

LAUDA NIKI DETERMINATION

LAUDA NIKI Détermination

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« On m’a élevé un peu comme dans un congélateur, dans l’automatisme des banalités inséparables de notre milieu… C’est précisément dans le congélateur familial qu’il faudrait chercher les origines de mon ambition, de mon désir irrésistible de surpasser les autres. »

Chez lui, tout commence par une rupture : celle avec son milieu, avec son nom, avec cette haute bourgeoisie viennoise qui lui promettait une existence confortable, parfaitement balisée.

Les Lauda étaient riches, puissants, influents dans l’industrie du papier. Et surtout, il y avait le patriarche, celui que Niki appelait « le vieux Lauda ». Un homme respecté, décoré, omniprésent. Mais déjà, très jeune, Niki observait les contradictions du monde qui l’entourait avec une lucidité féroce.

Il entendait son grand-père passer ses journées à fulminer contre les socialistes au pouvoir. Puis il le voyait, quelques jours plus tard, recevoir avec le sourire une décoration officielle remise par ces mêmes socialistes, devant les caméras de la télévision autrichienne. Le jeune Niki osa lui faire remarquer cette hypocrisie. Immédiatement, les reproches familiaux tombèrent. On défendait le patriarche, pas l’enfant insolent.

Ce fut probablement l’un des premiers vrais points de rupture.

Progressivement, Lauda s’éloigna de sa famille. Non pas dans un accès de colère spectaculaire, mais avec une froide détermination. Il comprit très tôt qu’il ne pourrait jamais devenir lui-même dans cet univers figé qu’il décrivait comme un « congélateur ». Et surtout, il décida qu’il ne laisserait plus personne choisir à sa place.

Cette logique guidera toute sa carrière.

Contrairement à la légende romantique du jeune prodige révélé par son talent pur, les débuts de Lauda en sport automobile furent surtout une fuite en avant financière. Formule Vee, Formule 3, Formule 2, puis Formule 1 : chaque marche fut achetée à crédit. Littéralement. 

Il empruntait des sommes de plus en plus folles à des banques autrichiennes qui acceptaient de lui faire confiance davantage à cause de son nom que de ses résultats. Car sportivement, ses débuts n’avaient rien d’exceptionnel. Il n’écrasait personne. Il survivait. Mais il avançait.

Toujours plus vite.

Toujours plus loin.

Avec cette conviction absolue que la seule façon d’échapper à sa condition était de forcer le destin.

Le lien avec sa famille n’était pourtant pas totalement rompu. Jusqu’au jour où le « vieux Lauda » décida d’intervenir directement. Pensant sans doute sauver son petit-fils d’une carrière absurde, il fit pression auprès de l’Erste Österreichische Sparcasse afin de faire annuler le soutien financier accordé à Niki pour sa première vraie saison de Formule 1 chez March, en 1972.

Ce fut la rupture définitive.

Lauda quitta immédiatement cette banque trop liée à l’influence familiale et trouva refuge auprès de la Raiffeisen Bank, qui le soutiendra durant plusieurs années. Mais surtout, il coupa les derniers liens affectifs qui le rattachaient encore à son clan.

À partir de là, il n’y eut plus de retour possible.

Les saisons 1972 et 1973 furent un numéro d’équilibriste permanent. Il jonglait avec les dettes, les promesses impossibles et les combines financières pour rester en piste. Chez BRM, il alla même jusqu’à laisser croire qu’un sponsor allait arriver plus tard dans la saison afin d’obtenir son volant. 


Et puis Ferrari arriva.

Enzo Ferrari accepta de régler les millions de schillings réclamés par les créanciers si ce fameux Autrichien faisait le travail. Lauda le fit immédiatement. Ferrari comprit avant tout le monde ce que cachait cette silhouette maigre, ce visage fermé et cette brutalité de caractère : une intelligence de pilote hors norme.

La vie de Niki Lauda fut alors totalement transformée.

Mais jamais grâce à sa famille.

Et cela, il ne l’oublia jamais.

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