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LA FORMULE 1 À SIX ROUES QUI FAISAIT PEUR À LA FIA
Quand on évoque les monoplaces à six roues en Formule 1, tout le monde pense immédiatement à la Tyrrell P34 et ses quatre petites roues avant.
Pourtant, quelques années plus tard, Williams développa un concept encore plus radical.
Et probablement beaucoup plus efficace.
Au début des années 80, la Formule 1 entre brutalement dans l’ère des moteurs turbo. Renault et Ferrari disposent déjà de blocs suralimentés extrêmement puissants, tandis que BMW et Alfa Romeo préparent les leurs. Face à eux, Williams reste fidèle au vieux Ford Cosworth DFV atmosphérique.
Un excellent moteur.
Mais dépassé.
« Nous avions environ 180 chevaux de moins que les turbos », expliquera plus tard l’ingénieur Frank Dernie.
Pour compenser ce déficit énorme, Williams cherche une autre voie.
La réponse viendra de l’aérodynamique.
Dernie comprend rapidement que les énormes pneus arrière génèrent une traînée considérable. Son idée est alors simple : remplacer les deux grosses roues arrière par quatre roues beaucoup plus petites afin de réduire drastiquement la surface frontale.
Les premiers essais en soufflerie sont spectaculaires.
« La réduction de traînée était phénoménale ».
Le concept permet non seulement de diminuer la résistance à l’air, mais aussi d’allonger énormément les tunnels venturi sous les pontons latéraux, ce qui augmente considérablement l’effet de sol.
Williams développe alors une première voiture expérimentale : la FW07D.
Quelques jours après sa victoire lors du dernier Grand Prix de Las Vegas 1981, Alan Jones revient discrètement en Angleterre pour tester cette étrange monoplace à six roues à Donington Park.
Les résultats sont suffisamment prometteurs pour lancer une version plus avancée : la FW08B.
Cette fois, le projet devient extrêmement sérieux.
La voiture possède quatre roues motrices à l’arrière, deux différentiels, des tunnels venturi gigantesques et un niveau d’appui aérodynamique totalement inédit.
Selon Dernie, les simulations indiquaient que la FW08B aurait pu passer le célèbre virage de Signes, au Paul-Ricard, à plus de 300 km/h sans lever le pied.
Encore plus fou : la voiture générait tellement d’appui qu’elle pouvait presque se passer d’aileron arrière.
Ross Brawn, alors jeune ingénieur chez Williams, participe lui aussi au développement aérodynamique du projet.
Plusieurs pilotes essayent la FW08B durant l’année 1982 : Keke Rosberg, Jonathan Palmer, Alan Jones et surtout Jacques Laffite.
Williams craignait un énorme sous-virage en sortie de virage lent à cause de la motricité du train arrière.
Mais ce problème n’apparaît jamais.
« Jacques est revenu aux stands et il avait complètement oublié que la voiture avait six roues », raconte Dernie. « Il l’adorait. »
Au fil des essais, la FW08B devient de plus en plus rapide.
Trop rapide, probablement.
La FIA comprend vite qu’une nouvelle guerre technologique est en train de naître. Une guerre coûteuse, potentiellement dangereuse, et qui pourrait totalement bouleverser l’équilibre de la discipline.
Fin 1982, le règlement est modifié.
Les voitures de plus de quatre roues sont interdites.
Les systèmes à quatre roues motrices sont bannis.
Et avec la disparition progressive de l’effet de sol, la Williams FW08B devient immédiatement illégale avant même d’avoir disputé un seul Grand Prix.
Patrick Head, furieux, estimera toujours que Williams tenait là une révolution technique majeure.
Et beaucoup dans le paddock partageaient cet avis.
Car contrairement à d’autres concepts extravagants de l’époque, la FW08B ne semblait pas être un simple laboratoire roulant.
Elle fonctionnait réellement.
Aujourd’hui encore, cette Williams reste l’une des plus fascinantes « Formule 1 interdites » de l’histoire.
Une voiture qui n’a jamais couru.
Mais qui a peut-être été suffisamment rapide pour faire peur à toute la Formule 1.


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