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JOHN BARNARD
John Barnard n’a jamais été un homme facilement impressionnable.
L’ingénieur britannique a travaillé avec Lauda, Watson, Mansell, Schumacher, Senna ou encore Berger. Pourtant, lorsqu’il évoque Alain Prost, il revient toujours sur deux qualités très particulières : une intelligence de course exceptionnelle et une compréhension technique rare chez un pilote.
Barnard découvre réellement Prost chez McLaren, au milieu des années 80, lorsqu’il conçoit les monoplaces qui permettront au Français de décrocher ses deux premiers titres mondiaux en 1985 et 1986.
Très vite, une chose le frappe : Prost pilote différemment des autres.
À cette époque, les Grands Prix se disputent sans ravitaillement, avec des voitures lourdes au départ et des pneumatiques extrêmement sollicités. Beaucoup de pilotes attaquent immédiatement, détruisant leurs gommes dans les premiers relais.
Pas Prost.
« Les dix premiers tours, on avait l’impression qu’il se promenait ».
Depuis le muret des stands, les ingénieurs observent ce rythme étonnamment calme. Certains pensent même qu’il roule trop lentement.
Mais Prost sait exactement ce qu’il fait.
Pendant que les autres surchauffent leurs pneus et fatiguent leur voiture, lui construit sa course méthodiquement. Tour après tour, il augmente progressivement le rythme, sans jamais brusquer la monoplace.
Et à la fin du Grand Prix, le résultat est souvent le même.
Les autres glissent.
Lui continue d’attaquer.
« Pendant que tout le monde détruisait ses pneus, Alain terminait la course avec des gommes encore parfaites ». « Il était exceptionnel dans la gestion des pneus. »
Cette fluidité naturelle devient l’une des signatures du Français.
Prost ne donne jamais l’impression de piloter à la limite absolue. Pourtant, son efficacité sur la durée d’une course est redoutable. Là où certains gagnent du temps sur un tour, lui en gagne sur cinquante.
Mais ce qui impressionne peut-être encore davantage Barnard, c’est l’implication technique de son pilote.
Le surnom de « Professeur » n’a rien d’une invention médiatique.
Prost possède une mémoire extrêmement précise des réglages utilisés sur la voiture, parfois plusieurs courses auparavant.
« Je pouvais lui parler d’un réglage de barre antiroulis », « et immédiatement il se souvenait exactement de la configuration que nous avions utilisée. »
Parfois, ces discussions concernaient des essais effectués plusieurs Grands Prix plus tôt.
Et Prost se rappelait de tout.
Le comportement du train avant.
La rigidité de suspension.
L’équilibre au freinage.
Les réactions des pneus.
« C’était impressionnant très peu de pilotes avaient cette capacité-là. »
Le plus étonnant est que cette mémoire ne l’a jamais quitté.
Présent lors de cette discussion, Prost avait répondu avec un sourire :
« Même aujourd’hui, je me souviens encore de certains réglages de 1984. »
Pour Barnard, c’est précisément cette combinaison qui rendait Prost si difficile à battre : une intelligence stratégique hors norme, une sensibilité mécanique exceptionnelle et une capacité unique à penser une course dans son ensemble plutôt qu’au tour suivant.
Moins spectaculaire que certains rivaux.
Moins instinctif qu’un Senna.
Mais terriblement efficace.
Parce qu’Alain Prost ne cherchait pas seulement à aller vite.
Il cherchait avant tout à comprendre comment gagner.

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