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Lorsque Johnny Herbert arrive en Formule 1 chez Benetton en 1989, il n’est déjà plus physiquement le même homme.
Quelques mois auparavant, à Brands Hatch, son terrible accident en Formule 3000 a failli lui coûter ses jambes — et probablement sa carrière entière. Ses pieds et ses chevilles sont broyés dans l’impact. À un moment, les médecins envisagent même l’amputation.
Et pourtant, à peine sept mois plus tard, Herbert est déjà au départ du Grand Prix du Brésil.
Mais derrière cette apparition presque miraculeuse, la réalité physique est effroyable.
Il ne peut pratiquement pas marcher sans cannes. Dans le paddock, il se déplace parfois avec un petit vélo. Ses mécaniciens doivent quasiment le porter pour l’installer dans sa Benetton. Ses chevilles détruites lui enlèvent une grande partie des sensations dans les pédales, notamment au freinage.
Et malgré cela, il accomplit quelque chose d’extraordinaire.
Pour son tout premier Grand Prix de Formule 1, à Rio, Johnny Herbert termine quatrième. Devant plusieurs pilotes totalement valides, à seulement quelques secondes du podium occupé par Alain Prost, Nigel Mansell et Maurício Gugelmin.
Ce résultat reste encore aujourd’hui l’un des débuts les plus impressionnants de l’histoire de la Formule 1.
Mais le miracle a un prix.
Au fil des courses, les douleurs deviennent insupportables. Les circuits exigeants physiquement comme Imola ou Monaco tournent au supplice. Herbert manque de force dans les jambes et les gros freinages deviennent extrêmement compliqués. Peter Collins, qui dirige alors sportivement Benetton, continue pourtant de croire fermement en lui. Il est persuadé qu’une fois totalement remis, Herbert peut devenir champion du monde.
Mais dans l’ombre, un nouvel homme prend progressivement le contrôle de l’équipe : Flavio Briatore.
Et Briatore ne fonctionne pas à l’émotion.
Après plusieurs courses difficiles et une non-qualification au Grand Prix du Canada, la décision tombe : Johnny Herbert est écarté de l’équipe.
Le plus dur pour lui n’est même pas le licenciement.
C’est la manière.
Herbert découvrira pratiquement son éviction par la presse, sans véritable explication directe.
L’histoire est profondément cruelle.
Un pilote capable d’un exploit quasiment inhumain dès ses débuts en Formule 1 se retrouve rejeté quelques semaines plus tard parce que son corps n’est plus suffisamment performant.
Et pourtant, Johnny Herbert ne disparaîtra jamais vraiment.
Il reconstruira lentement sa carrière, remportera finalement trois Grands Prix en Formule 1 et gagnera les 24 Heures du Mans 1991 avec Mazda.
Mais beaucoup dans le paddock continueront longtemps à penser la même chose :
sans l’accident de Brands Hatch, Johnny Herbert aurait probablement pu devenir l’un des très grands pilotes de sa génération.


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