Le circuit de Spa-Francorchamps occupait une place à part dans le cœur de Brian Redman.
Un circuit qu’il admirait autant qu’il redoutait. « Après l’arrivée, j’étais heureux d’y avoir couru. Mais avant le départ, je le craignais plus que n’importe quel autre tracé », racontait-il souvent. *
Spa représentait pour lui l’épreuve mentale ultime : des virages pris à des vitesses folles, des routes étroites, et presque aucune marge d’erreur. Pourtant, rien ne lui procurait une satisfaction comparable à une belle performance sur ce ruban d’asphalte belge, où il signera d’ailleurs plusieurs victoires mémorables.
Sa première apparition à Spa remonte à 1966, lorsqu’il partage une Ford GT40 avec Peter Sutcliffe. L’expérience est si brutale qu’il songe immédiatement à ne jamais revenir.
Plus tard, il confiera avoir été sidéré par la vitesse atteinte sur ces routes bordées d’arbres, sans véritables protections. Malgré cette peur, il revient dès l’année suivante et échappe de peu à l’énorme accident de Willy Mairesse sous un déluge. Des décennies plus tard, il avouait encore ne pas comprendre comment il avait réussi à éviter la Ferrari partie en travers juste devant lui.
Avec le temps, Spa devient pour Redman un mélange d’attirance et de terreur. Il reconnaissait sans détour que ce circuit le hantait avant chaque départ. Les nuits précédant la course étaient souvent blanches, envahies par l’angoisse et la conviction qu’il pouvait y laisser sa vie.
L’un de ses souvenirs les plus marquants reste lié à une course où Arturo Merzario, son équipier, ne voulait même plus piloter sur ce tracé.
Une fois revenu au volant, Redman voit Ronnie Peterson fondre sur lui à grande vitesse. Arrivés aux Combes, il adopte instinctivement une trajectoire inhabituelle, héritée d’un ancien accident, afin de conserver une échappatoire en cas de problème.
Au loin, il remarque soudain un mouvement étrange dans la foule : des spectateurs s’agitent, des couleurs bougent. Par réflexe, il freine plus tôt. Quelques mètres plus loin, la chaussée est détrempée par une averse soudaine. Ce qu’il avait aperçu, c’était des parapluies qui s’ouvraient. Redman parvient à garder le contrôle, mais Peterson, lui, finit dans les rails à cet endroit précis.

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