4 juin 2026

JARIER Ligier JS5

Jean-Pierre Jarier, le transfert qui n'eut jamais lieu

Un deuxième baquet Ligier pour le Grand Prix de France

Nous sommes en 1976.

Pour le Grand Prix de France, huitième manche du championnat du monde, Guy Ligier nourrit une ambition particulière : engager une seconde JS5 aux côtés de celle de Jacques Laffite.

Le pilote choisi est tout trouvé : Jean-Pierre Jarier.

Tout semble réglé. Les discussions ont abouti, les avocats sont intervenus et, selon les informations recueillies par Ligier, rien ne s'oppose à la présence de Jarier sous les couleurs françaises.

L'affaire paraît entendue.

Une attirance réciproque

Il faut dire que depuis le début de la saison, Jarier est un visiteur assidu du stand Ligier.

L'ambiance y est excellente, les relations avec les mécaniciens et les responsables de l'équipe sont chaleureuses, et le courant passe parfaitement avec Guy Ligier.

Cette proximité n'est pas nouvelle.

Dès novembre 1975, lors des premiers essais de la future Ligier, Guy Ligier avait convié trois pilotes français : Jacques Laffite, Jean-Pierre Beltoise et Jean-Pierre Jarier.

À l'époque, Jarier avait décliné l'invitation.

Par respect pour son employeur, Shadow, mais également par amitié pour Beltoise, il ne souhaitait pas créer de malentendu.

Une semaine de préparation

Pourtant, quelques mois plus tard, le projet redevient d'actualité.

Jarier et Laffite effectuent de nombreux tours d'essais sur le circuit Paul-Ricard.

Chez Shadow, la situation est plus compliquée.

L'écurie accuse plusieurs mois de retard dans le paiement du salaire de son pilote français.

Aux yeux de Jarier, cette dette pèse davantage que certaines clauses restrictives de son contrat.

Pendant plusieurs jours, Ligier prépare minutieusement une JS5 destinée à accueillir le pilote parisien.

Tout le monde travaille dans la perspective de voir deux voitures françaises au départ du Grand Prix national.

Le coup de théâtre

Mais à quelques jours de l'épreuve, tout s'effondre.

Le jeudi précédant le Grand Prix, Jean-Pierre Jarier doit finalement renoncer.

Le patron de Shadow intervient personnellement et fait valoir les droits de son équipe sur le pilote.

Dans le même temps, les salaires en retard sont enfin versés.

Les sommes dues arrivent au bon moment.

Juridiques comme financiers, les arguments deviennent alors difficiles à contester.

Jarier reste chez Shadow.

Pour Ligier, la déception est immense.

L'équipe a déjà engagé des dépenses importantes pour préparer cette seconde voiture et constituer un stock conséquent de pièces détachées.

Un transfert avorté aux conséquences inattendues

Ironiquement, cette décision contribue peut-être à sauver Shadow.

Perdre son pilote vedette en pleine saison aurait représenté un coup dur pour l'écurie britannique.

Jarier reste donc fidèle à son équipe malgré les tensions des mois précédents.

Le Grand Prix de France 1976 conserve néanmoins une forte tonalité tricolore.

Cinq pilotes français sont présents au départ :

  • Patrick Depailler sur Tyrrell ;
  • Jacques Laffite sur Ligier ;
  • Jean-Pierre Jarier sur Shadow ;
  • Henri Pescarolo sur Surtees ;
  • Michel Leclère sur Williams.

Une présence française rarement égalée à l'époque.

L'histoire continue

L'épisode n'altère pas les excellentes relations entre Jarier et Ligier.

Dès la saison suivante, Jean-Pierre Jarier pilotera effectivement une Ligier JS7.

Guy Ligier continuera par ailleurs à envisager l'engagement de pilotes français supplémentaires, allant jusqu'à souhaiter offrir une voiture à un jeune espoir nommé Alain Prost lors d'un futur Grand Prix de France.

Quelques années plus tard, en 1981, Jarier se retrouve encore lié à l'équipe de Vichy.

Lorsque Jean-Pierre Jabouille peine à retrouver son niveau après son grave accident du Grand Prix du Canada, Jarier devient pilote de réserve de l'écurie.

Lors des essais du Grand Prix du Brésil, trois Ligier se retrouvent même simultanément en piste : celles de Jacques Laffite, Jean-Pierre Jabouille et Jean-Pierre Jarier.

Une image rare qui rappelle combien le destin de Jarier et celui de Ligier auront souvent été proches, même lorsqu'ils ne parvenaient pas à se rejoindre.

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