26 mai 2026

ICKX 24H 1969

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Le 14 juin 1969, au départ des 24 Heures du Mans, tous les pilotes s’élancent en courant vers leurs voitures selon la traditionnelle procédure du “départ type Le Mans”. Tous, sauf un : Jacky Ickx. Tandis que ses concurrents sprintent pour gagner quelques précieuses secondes, le Belge traverse tranquillement la piste en marchant, prend le temps de boucler correctement son harnais puis démarre… en dernière position. Ce geste, devenu mythique, n’était pas une provocation gratuite mais une protestation contre une procédure qu’il jugeait dangereuse et dépassée.

À cette époque, la sécurité en sport automobile devenait un sujet central. Des pilotes comme Jackie Stewart ou Jochen Rindt commençaient à dénoncer les risques insensés auxquels les pilotes étaient exposés chaque week-end. Ickx partageait leurs inquiétudes mais pas forcément leurs méthodes. Il choisit donc une action symbolique et personnelle : démontrer l’absurdité d’un départ où les pilotes sautaient dans leur voiture sans même attacher correctement leur ceinture. Beaucoup ne bouclaient leur harnais qu’une fois lancés à pleine vitesse dans les Hunaudières, ce qui relevait presque de la folie avec des prototypes dépassant les 350 km/h.

Son geste prend encore plus de poids lorsqu’on sait qu’au premier tour de cette même édition, le pilote John Woolfe se tue après avoir été éjecté de sa Porsche 917. Ce drame accélérera définitivement la remise en question du célèbre départ “en épi”.

Sportivement, pourtant, rien ne semblait sourire à Ickx. Sa Ford GT40 n’était pas favorite face aux redoutables Porsche 917, et son temps des essais ne le plaçait qu’en milieu de grille. Mais dans une course de 24 heures, il savait qu’un départ agressif n’avait finalement qu’une importance relative. Avec son coéquipier Jackie Oliver, il remonte progressivement le peloton pendant que les Porsche officielles rencontrent divers problèmes mécaniques.

La fin de course entre alors dans la légende. Pendant plusieurs heures, la Ford GT40 d’Ickx lutte roue contre roue avec la Porsche 908 de Hans Herrmann et Gérard Larrousse. Les deux voitures tournent exactement au même rythme et le suspense devient total. Dans le dernier tour, Ickx utilise l’aspiration de la Porsche dans les Hunaudières avant de dépasser Herrmann au freinage de Mulsanne. Mais lorsque la Ford franchit la ligne, il reste encore quelques secondes avant la fin officielle des 24 heures : un ultime tour doit être effectué.

Ickx comprend alors que tout se jouera à l’aspiration. Il veut absolument que Herrmann passe devant dans la longue ligne droite afin de pouvoir profiter de son sillage. L’Allemand, expérimenté, anticipe cependant la manœuvre et refuse de doubler. Le Belge ralentit alors volontairement, simulant une panne d’essence. Méfiant, Herrmann reste derrière quelques instants… jusqu’au moment où Ickx actionne son clignotant, laissant croire qu’il abandonne réellement. Herrmann finit par passer. Aussitôt, Ickx réaccélère, prend l’aspiration et dépasse à nouveau la Porsche au freinage de Mulsanne. Cette fois, l’avantage est décisif. Il remporte les 24 Heures du Mans avec seulement 120 mètres d’avance, dans ce qui reste encore aujourd’hui l’une des arrivées les plus célèbres de l’histoire de l’endurance.

Des années plus tard, Ickx reconnaîtra aussi qu’un autre facteur avait joué dans ce duel : la jeunesse. À seulement 23 ans, il estimait disposer d’une forme d’inconscience et d’audace qu’un pilote plus expérimenté ne pouvait plus totalement avoir. Selon lui, si Gérard Larrousse avait été au volant de la Porsche dans les derniers tours plutôt que Hans Herrmann, l’issue aurait peut-être été différente.

Cette victoire de 1969 ne marque pas seulement un exploit sportif exceptionnel. Elle symbolise aussi un tournant majeur dans l’histoire de la sécurité automobile. Dès l’année suivante, la procédure de départ des 24 Heures du Mans sera modifiée afin que les pilotes soient correctement attachés avant le départ.


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