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Imaginer une immense star hollywoodienne de cinquante ans débarquer aux 24 Heures du Mans pour sa première participation et passer tout près de la victoire paraît presque irréel. Pourtant, en 1979, Paul Newman a bien failli réussir cet exploit extraordinaire.
L’acteur américain, déjà passionné de sport automobile et loin d’être un simple amateur derrière un volant, était engagé cette année-là sur une Porsche 935 de l’équipe Dick Barbour Racing aux côtés de Rolf Stommelen et Dick Barbour. Pendant une grande partie de la course, leur voiture semblait capable de créer l’un des plus grands exploits de l’histoire du Mans.
Mais cette édition 1979 allait devenir célèbre pour une autre raison : le génie improvisé de Manfred Kremer.
À quelques heures de l’arrivée, la Porsche 935K3 n°41 du Kremer Racing domine pourtant largement l’épreuve. Klaus Ludwig et les frères Bill et Don Whittington possèdent alors environ quinze tours d’avance sur la Porsche de Paul Newman.
Puis ...
Dans la ligne droite des Hunaudières, la courroie de la pompe à injection casse brutalement. La voiture s’immobilise sur le bord de la piste.
Le problème devient encore plus critique lorsque Don Whittington tente de monter la courroie de secours transportée à bord… qui casse elle aussi presque immédiatement.
Dans des conditions épouvantables, sous une pluie incessante et avec très peu d’outils disponibles, le pilote américain tente malgré tout de réparer la voiture sur l’herbe détrempée.
Lorsque la Porsche redémarre enfin, elle s’arrête de nouveau quelques mètres plus loin. Cette fois, la victoire semble définitivement perdue.
Mais Manfred Kremer refuse d’abandonner.
Comme la Porsche possède encore une avance confortable sur ses poursuivants, le patron de l’équipe allemande cherche une solution totalement improvisée.
Son idée paraît folle : utiliser la courroie d’alternateur de secours présente dans la voiture et la transformer pour remplacer la pièce défectueuse.
Grâce à du ruban adhésif et beaucoup d’ingéniosité, Don Whittington parvient à bricoler une réparation de fortune directement au bord de la piste.Selon certaines versions, il aurait enroulé le scotch autour des poulies afin de permettre à la courroie de tenir suffisamment longtemps. D’autres racontent qu’il a simplement continué à expérimenter jusqu’à trouver une solution qui fonctionne.
Une chose est sûre : les instructions venaient directement de Manfred Kremer par radio.
Cette communication radio entre les stands et la voiture constitue d’ailleurs un détail très important de cette histoire.
À l’époque, les systèmes “pits-to-car” étaient quasiment inexistants en endurance européenne. Les frères Whittington faisaient partie des premiers à utiliser ce type de technologie au Mans.
C’est grâce à cette liaison radio que Kremer peut guider son pilote étape par étape pendant cette réparation improbable.
Contre toute attente, le bricolage tient bon.
La Porsche redémarre et rejoint les stands au ralenti. Don Whittington évite même d’accélérer pour ne pas aggraver la situation.
Après plus d’une heure passée à effectuer un seul tour, la voiture revient finalement dans la voie des stands sous les yeux incrédules de toute l’équipe.
Le Mans, les sandwichs… et les réparations clandestines
Une autre anecdote encore plus incroyable circule autour de cette panne.
À cette époque, le règlement interdisait toute assistance extérieure avant que la voiture ait franchi la ligne d’entrée des stands.
Un mécanicien aurait alors trouvé une solution totalement improbable : prendre un scooter et apporter au pilote bloqué un « sandwich jambon-mayonnaise » contenant discrètement une courroie cachée à l’intérieur.
Une fois le sandwich ouvert, la pièce de rechange aurait permis de réparer la Porsche directement au bord de la piste.
Après cela, plusieurs courroies supplémentaires auraient même été scotchées à l’arceau de la voiture pour éviter une nouvelle catastrophe.
Vraie histoire ou légende de paddock, cet épisode reste l’un des récits les plus célèbres du Mans.
Paul Newman passe tout près de l’exploit
Pendant ce temps, la Porsche de Paul Newman récupère la tête de la course.
L’acteur américain semble alors filer vers une victoire historique.
Mais à son tour, l’équipe Dick Barbour Racing rencontre un problème mécanique typique des Porsche 935 de l’époque.
Lors d’un arrêt au stand, l’écrou central de la roue avant gauche se bloque complètement sous l’effet de la chaleur et des résidus de freinage.
L’équipe doit démonter une partie complète de la suspension pour retirer la roue coincée. L’intervention coûte plus de vingt minutes.
L’astuce du froid qui change tout
Chez Kremer, Bernie et les mécaniciens connaissaient parfaitement ce problème récurrent.
Ils avaient prévu une méthode ingénieuse : utiliser de l’azote liquide pour refroidir les moyeux avant chaque changement de roue afin d’éviter le phénomène de soudure thermique.
L’équipe de Newman n’avait pas pensé à cette astuce.
Cette seule erreur suffit à faire basculer la course.
Pendant que la Porsche américaine reste immobilisée, la Kremer Racing reprend la tête de l’épreuve et ne la quittera plus jusqu’à l’arrivée.
Une victoire devenue mythique
La Porsche 935K3 n°41 remporte finalement les 24 Heures du Mans 1979 devant la Porsche de Paul Newman.
Kremer place même une seconde voiture sur le podium avec Laurent Ferrier, François Servanin et François Trisconi.
Cette édition restera également célèbre pour une autre histoire incroyable : quelques minutes avant le départ, les frères Whittington auraient tout simplement acheté la voiture victorieuse directement à Kremer Racing avec une énorme somme d’argent transportée… cousue dans une combinaison.
Le Mans, Hollywood et une Triple Couronne manquée
L’histoire aurait pu devenir encore plus incroyable.
La Porsche pilotée par Paul Newman remportera plus tard les 24 Heures de Daytona puis les 12 Heures de Sebring.
Si elle avait gagné Le Mans en 1979, elle aurait réalisé une Triple Couronne de l’endurance unique dans l’histoire automobile : Daytona, Sebring et Le Mans avec le même châssis.
Aucune voiture n’a encore réussi un tel exploit aujourd’hui.
Finalement, ce sont quelques morceaux de ruban adhésif, une courroie improvisée et l’ingéniosité de Manfred Kremer qui ont empêché Paul Newman d’entrer définitivement dans la légende absolue du Mans.
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