3 juin 2026

Barrichello L'agitateur agité

 Barrichello

L'agitateur agité

Pendant des années, Rubens Barrichello a incarné le rôle du parfait lieutenant chez Ferrari.

Rapide, loyal, efficace… mais rarement prioritaire.

À force de voir le Brésilien céder des victoires, des positions et parfois même ses ambitions au profit de Michael Schumacher, une image lui colle à la peau : celle du porteur d'eau officiel de Maranello.

Pourtant, la fin de saison 2002 va réserver quelques surprises.

Monza 2002 : le retour d'ascenseur

À Monza, Ferrari a déjà tout gagné.

Michael Schumacher est champion du monde depuis plusieurs courses, le titre constructeurs est également assuré et la Scuderia domine outrageusement la saison.

Il reste cependant un objectif : permettre à Barrichello de terminer vice-champion du monde.

La machine Ferrari se met donc discrètement en marche.

D'ordinaire, Schumacher construit sa victoire en alignant des tours rapides avant les ravitaillements afin de conserver la tête de la course. Cette fois, le scénario paraît différent.

L'Allemand réduit légèrement son rythme.

Pendant ce temps, Barrichello revient progressivement.

Après son deuxième arrêt, au 37e tour, le Brésilien ressort juste devant son équipier. Schumacher est alors contraint de lever le pied, allant même jusqu'à freiner pour éviter un contact à la première chicane.

Les deux Ferrari roulent ensuite à un rythme très mesuré.

Résultat : plusieurs retardataires retrouvent même l'occasion de se dédoubler.

Voir deux Ferrari franchir l'arrivée avec un tour d'avance sur le troisième aurait sans doute été spectaculaire sur le plan sportif, mais peut-être un peu embarrassant pour l'image d'une Formule 1 déjà accusée de manquer de suspense.

Après Barrichello porteur d'eau, voici donc Schumacher assistant de luxe.

Indianapolis : croire au Père Noël

Quelques semaines plus tard, le Grand Prix des États-Unis offre une scène devenue célèbre.

Barrichello a déjà bénéficié de plusieurs coups de pouce au cours de la saison.

Une victoire au Nürburgring.

Une autre en Hongrie.

Une aide évidente à Monza.

Mais visiblement, cela ne suffit pas.

À Indianapolis, Schumacher domine la course avant de décider, dans les derniers mètres, d'attendre son équipier afin de franchir la ligne côte à côte.

L'idée est simple : offrir à Ferrari une arrivée historique.

Le problème, c'est que Barrichello n'a pas reçu le mémo.

Ou peut-être croit-il encore à un dernier cadeau.

Au moment où Schumacher ralentit légèrement, Rubens accélère.

Le Brésilien franchit la ligne en premier.

Victoire officielle : Barrichello.

La radio aurait presque pu retranscrire la scène ainsi :

— Qui a gagné ?

— Rubens.

— Pardon ?

L'une des arrivées les plus cocasses de l'histoire récente de Ferrari.

Enfin libre ?

Fin 2005, Barrichello quitte Ferrari.

Après six saisons passées dans l'ombre de Schumacher, il pense pouvoir démontrer qu'il vaut mieux que son rôle de numéro deux.

Direction BAR-Honda.

Enfin, la liberté.

Enfin, la possibilité de prouver sa vraie valeur.

Enfin... en théorie.

Le réveil est brutal

Chez BAR puis Honda, Barrichello découvre rapidement qu'il n'a plus Schumacher devant lui.

Mais il a désormais Jenson Button à côté.

Et le Britannique se révèle souvent plus rapide.

Course après course, qualification après qualification, Rubens peine à prendre l'ascendant.

L'homme qui rêvait de sortir de l'ombre de Schumacher se retrouve confronté à une réalité moins confortable : battre un équipier reste difficile, quel que soit son nom.

Les larmes de 2009

L'histoire prend pourtant un tournant inattendu.

Honda se retire.

Ross Brawn rachète l'équipe pour une somme symbolique et crée Brawn GP.

Contre toute attente, la nouvelle équipe domine le championnat 2009.

Barrichello retrouve enfin une voiture capable de gagner.

Mais c'est encore son équipier qui attire les projecteurs.

Cette fois, il s'appelle Jenson Button.

Rubens remporte quelques courses, réalise une belle saison, mais voit une nouvelle fois le titre mondial lui échapper.

Et comme souvent dans sa carrière, il termine avec le sentiment d'être passé tout près sans jamais atteindre le sommet.

L'éternel paradoxe

Barrichello restera l'homme des occasions manquées.

Trop fort pour être un simple second pilote.

Pas tout à fait assez pour s'imposer durablement comme numéro un.

Chez Ferrari, il se plaignait de devoir aider Schumacher.

Ailleurs, il découvrit que battre ses équipiers n'était pas forcément plus facile.

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