Pikes Peak 2018
Triple vainqueur de la célèbre course de côte de Pikes Peak au volant de prototypes Norma développés dans ses ateliers d'Alès (2014, 2015 et 2017), Romain Dumas ne s'attendait pas à revenir dans le Colorado avec une voiture électrique. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, l'initiative ne vient pas de lui mais de Volkswagen Motorsport.
« Non, cela vient de la marque. Je connaissais François-Xavier Demaison depuis les années WRC, lorsqu'il travaillait sur les Polo de Sébastien Ogier. Nous nous croisions souvent sur les rallyes et nous parlions surtout technique. Un ami m'a dit qu'il cherchait à me joindre. J'étais persuadé qu'il voulait me parler du Dakar ! Je n'aurais jamais imaginé Volkswagen à Pikes Peak. Mais dès qu'on m'a présenté le projet, j'ai adhéré immédiatement. »
Un développement beaucoup plus compliqué que prévu
Sur le papier, la Volkswagen I.D. R semblait promise au succès avec ses 680 chevaux et son poids contenu.
La réalité fut bien différente.
« Le développement a été très douloureux. Nous avions commencé par construire une Golf TCR équipée d'un moteur électrique et de batteries de même conception. Elle fonctionnait très bien. Nous pensions que le plus difficile était derrière nous. Mais lorsque la voiture définitive est arrivée, les problèmes ont commencé. »
La principale difficulté vient de la différence de structure entre les deux voitures.« La Golf était en acier alors que l'I.D. R était construite en carbone. Cela a créé des interférences auxquelles nous ne nous attendions pas. Nous avons rencontré beaucoup de soucis de fiabilité pendant les essais. Même trois ou quatre jours avant la course, nous ne savions pas vraiment ce qui allait se passer. »
À seulement deux jours du départ, l'équipe trouve finalement une solution.
« À J-2, nous avons décidé de limiter volontairement la vitesse maximale à 220 km/h. Ce n'était pas idéal pour la performance pure, mais cela permettait de maintenir les systèmes et les batteries dans une plage de température acceptable. »
Le record de Loeb dans toutes les têtes
Depuis 2013, la référence absolue de Pikes Peak appartient à Sébastien Loeb avec son chrono de 8 min 13 s.
Avant la course, les simulations de Volkswagen sont particulièrement optimistes.
« Si nous atteignions le sommet sans problème, oui, le record était envisageable. Sur le simulateur, j'avais déjà réalisé des temps autour de huit minutes. Mais sur un simulateur, on passe beaucoup de virages à fond. Dans la réalité, c'est un peu différent... surtout si vous aimez votre famille ! »
La veille du départ, l'équipe hésite encore sur l'objectif à viser.
« Tout le monde était tendu. Nous nous demandions s'il fallait simplement battre le record des voitures électriques ou viser le record absolu. »
Le patron de Volkswagen Motorsport, Sven Smeets, lui laisse le choix mais avec une consigne claire :
« Tu fais comme tu veux, mais tu ne te sors pas. À Wolfsburg, plusieurs centaines de personnes suivent ce projet, y compris les dirigeants du groupe. »
À l'inverse, le directeur technique François-Xavier Demaison l'encourage à attaquer.
Le soir, Dumas revoit une dernière fois les données avec son entourage.
« Je suis allé voir Brice, mon ami d'enfance, associé et ingénieur. Il m'a simplement dit : "Ne prends pas de risques inutiles, mais fais moins de huit minutes." »
Une montée plus compliquée qu'il n'y paraît
Au départ, le Français attaque immédiatement.
« Je suis parti très vite dans la première partie du parcours. »
Mais la montagne rappelle vite qu'elle garde toujours le dernier mot.
« Au milieu de la montée, j'ai perdu environ cinq secondes à cause du brouillard. J'ai également effectué un beau travers sur une zone humide. À partir de là, je me suis dit qu'il fallait surtout aller au bout. »
À l'arrivée, un premier renseignement lui fait croire que l'objectif est manqué.
« La première personne que j'ai vue au sommet était un photographe que je connaissais. Il avait chronométré avec sa montre et m'a annoncé "8 minutes 01". J'étais dépité. »
Quelques instants plus tard, le chrono officiel tombe :
7 min 57 s 148.
« Là, j'étais vraiment heureux. »
Le record absolu de Pikes Peak venait de tomber.
Une façon de piloter différente
Même si les trajectoires restent identiques, piloter une voiture électrique impose de nouveaux repères.
« Les lignes de course ne changent pas. Ce qui est plus compliqué, ce sont les phases que vous n'avez jamais connues auparavant. La voiture récupère de l'énergie au freinage et l'intensité de cette récupération varie au cours de la montée. »
L'absence de bruit moteur modifie également profondément les sensations.
« Sur une voiture thermique, vous savez instantanément grâce au son du moteur où vous vous situez dans la plage de régime et à quelle vitesse vous arrivez dans un virage. Si vous souhaitez passer 10 km/h plus vite au tour suivant, vous disposez déjà d'un repère. Avec une voiture électrique, ce repère sonore disparaît complètement. Le seul indicateur qui reste, c'est la vue. »
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