
Lotus au Mans : une histoire d'amour impossible
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24 Heures du Mans 1955
Lorsque Colin Chapman engage ses Lotus Mark IX au Mans, il espère franchir une nouvelle étape et accéder au cercle des grands constructeurs internationaux.
Les essais sont encourageants. Une Lotus est chronométrée à plus de 205 km/h et l'équipe affiche de réelles ambitions.
Mais l'édition 1955 est marquée par la terrible catastrophe qui endeuille l'épreuve.
La Lotus de Peter Collins mène sa catégorie lorsqu'au cours de la nuit elle sort de la piste à Arnage. Collins parvient à reculer et à repartir seul. À son retour aux stands, il apprend pourtant sa disqualification pour avoir repris la course sans l'autorisation d'un commissaire.
24 Heures du Mans 1956
Chapman revient plus déterminé que jamais.
Trois Lotus sont engagées.
La première abandonne après une rencontre pour le moins inattendue avec un chien.
La deuxième est victime d'une casse de bielle.
La troisième apporte néanmoins une grande satisfaction à l'équipe en remportant sa catégorie.
Malgré ce succès, Chapman critique déjà les règlements de l'épreuve qu'il juge compliqués, changeants et parfois incohérents.
24 Heures du Mans 1957
Cette édition restera sans doute le dernier véritable souvenir heureux de Colin Chapman au Mans.
24 Heures du Mans 1958
Pas moins de six Lotus sont engagées.
Les abandons se succèdent rapidement et seule une voiture rejoint l'arrivée.
Elle termine 20e et dernière des voitures classées.
24 Heures du Mans 1959
Trois Lotus prennent le départ.
Aucune ne figure à l'arrivée.
24 Heures du Mans 1960
Les Lotus Elite réalisent un remarquable doublé à l'indice de performance.
Pourtant, une confusion intervient lors de l'annonce des résultats. Les organisateurs proclament d'abord un classement erroné.
Après vérification des feuilles de consommation, les officiels français découvrent leur erreur et doivent corriger les résultats au profit des Lotus.
Pour Chapman, cet épisode renforce les doutes qu'il nourrit déjà concernant l'organisation de l'épreuve.
24 Heures du Mans 1961
L'année 1961 marque la rupture définitive.
Lotus se présente avec l'ambition légitime de remporter l'indice de performance.
Mais encore faut-il pouvoir prendre le départ.
Lors du pesage, les commissaires techniques refusent les voitures officielles Lotus ainsi qu'une voiture privée.
Les griefs sont nombreux : réservoir trop important, rayon de braquage insuffisant, garde au sol non conforme et fixation des roues jugée irrégulière.
Mike Costin fait alors remarquer que le règlement exige simplement que le système de fixation soit identique à l'avant et à l'arrière. Selon lui, cette condition est parfaitement respectée.
Les commissaires répondent que non seulement le système doit être identique, mais également le nombre de goujons.
Lotus dispose de vingt-quatre heures pour modifier les voitures.
Pendant que Costin travaille sur les carrosseries, Chapman organise une véritable opération commando. De nouveaux moyeux sont fabriqués en Angleterre pendant la nuit puis expédiés par avion vers Le Mans.
Le lendemain, les voitures se présentent modifiées.
Mais les commissaires changent à nouveau leur interprétation du règlement et considèrent les Lotus toujours non conformes.
Pour Chapman et Costin, accompagnés des représentants du RAC britannique, la décision est incompréhensible.
Les deux Lotus officielles sont définitivement refusées.
Ironie du sort, deux Lotus privées remportent néanmoins l'indice de performance.
Chapman, profondément écœuré par ce qu'il considère comme un traitement injuste, déclare qu'il ne reviendra jamais au Mans.
Consciente du préjudice et soucieuse de préserver le prestige de l'épreuve, l'ACO tente alors de proposer un dédommagement financier.
Chapman annonce une somme que les dirigeants ne peuvent accepter.
Cette fois, la rupture est consommée.
Fidèle à sa parole, Colin Chapman ne reviendra jamais au Mans avec le Team Lotus.
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