La vengeance d'Ecclestone
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L'histoire de la Lotus 79 Wing car et de la Brabham-Alfa Romeo BT46B"aspirateur" ressemble à un véritable épisode de guerre politique en Formule 1. À la fin des années 1970, alors que l'innovation technique devient une arme décisive, Colin Chapman et Bernie Ecclestone se retrouvent au cœur d'un bras de fer où la vitesse pure n'est pas le seul enjeu. C'est aussi une question d'influence, de stratégie et de rapports de force entre écuries.
La BT46B de Brabham, équipée d'un ventilateur destiné à aspirer l'air sous la voiture, reste dans l'histoire comme la première et la seule monoplace de F1 de ce type à avoir pris le départ d'un Grand Prix et à l'avoir réussi. Le 17 juin 1978, à Anderstorp, Niki Lauda s'impose sans difficulté au Grand Prix de Suède. La voiture est rapide, spectaculaire, et surtout redoutablement efficace.
Mais cette victoire a déclenché immédiatement une tempête politique. Très vite, plusieurs patrons d'écuries rivales s'inquiètent, au premier rang dont Colin Chapman, patron de Lotus. Bernie Ecclestone, qui cumule alors deux rôles majeurs — propriétaire de Brabham et président de la FOCA — se retrouve sous pression. Les adversaires du BT46B considèrent que cette technologie ouvre une boîte de Pandore : si un ventilateur est autorisé, d'autres solutions pourraient éventuellement être développées, avec des risques potentiels en matière de sécurité et d'équité sportive.
Chapman réagit avec intelligence et rapidité. Dès le soir de la course, il demande à ses hommes, notamment Peter Wright et Martin Ogilvie, d'étudier un projet d'aspirateur Lotus. L'objectif n'est pas seulement technique. Il s'agit aussi de provoquer un choc politique. Chapman sait qu'en montrant qu'il peut lui aussi construire une telle voiture, il alimente la pression sur Ecclestone et l'oblige à céder.
Chez Lotus, le travail commence alors sur une base différente de celle de Brabham. La BT46B utilisait un moteur Alfa Romeo à plat très encombrant, qui limitait fortement les possibilités aérodynamiques.
La Lotus T79, au contraire, dispose de longs pontons latéraux, ce qui ouvre la voie à une autre architecture. Wright et Ogilvie imaginent donc non pas un seul ventilateur central, mais deux ventilateurs placés à l'arrière des pontons, afin de renforcer encore l'effet de succion.
Une maquette est élaborée et modifiée avec ces deux ventilateurs industriels. Les essais sont alors très convaincants. Wright raconte que la maquette, une fois posée sur la table avec les ventilateurs en marche, devient pratiquement impossible à soulever. Le système fonctionne donc parfaitement sur le principe : plus l'air est aspiré sous la voiture, plus l'appui au sol augmenté.
Lotus pousse même l'exercice jusqu'à réaliser des photos de la maquette. Chapman les montre ensuite à Ecclestone comme preuve que Lotus est capable d'aller plus loin encore que Brabham. Le message est clair : si la BT46B est autorisée, Lotus peut produire une voiture encore plus radicale. Dans ce dossier, Chapman joue un coup de bluff extrêmement habile.
Sous cette pression, Ecclestone a finalement choisi de retirer le BT46B. Officiellement, il s'agit d'un retrait volontaire, et non d'une interdiction formelle. C'est un point essentiel, car la voiture n'a jamais été bannie paraucun règlement. En réalité, les constructeurs et les dirigeants ont trouvé un arrangement politique pour éviter l'escalade. La victoire de Lauda en Suède reste cependant dans les mémoires comme l'un des grands moments de la F1 expérimentale.
Chapman, de son côté, a remporté une bataille à moindres frais. Avec un investissement limité, il parvient à faire plier Ecclestone, tout en démontrant qu'il maîtrise aussi bien la technique que le jeu d'influence. Quelques années plus tard, Ecclestone prendra sa revanche dans d'autres dossiers, notamment face à certaines innovations de Lotus.
Ce dernier tiendra toutefois sa revanche quelques années plus tard en faisant interdire de roulage la fameuse Lotus T88 à double châssis de Chapman…
Cette rivalité illustre à merveille ce qu'était la F1 de cette époque : un mélange de génie mécanique, de calcul politique et de coups de poker.
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