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Pendant près d’un quart de siècle, Jacky Ickx a incarné à lui seul l’histoire des 24 Heures du Mans. Avec six victoires, le Belge est longtemps resté le pilote le plus titré de l’épreuve avant d’être dépassé dans les années 2000 par Tom Kristensen, porté par la domination d’Audi en endurance. Pourtant, parmi tous ses succès, un seul ressort véritablement au-dessus des autres à ses yeux : celui de 1977.
Cette édition débute pourtant de manière catastrophique pour Porsche. La 936 qu’Ickx partage avec Henri Pescarolo abandonne rapidement sur casse moteur. De l’autre côté du stand, l’unique Porsche restante, pilotée par Jürgen Barth et Hurley Haywood, connaît également de sérieux ennuis mécaniques après une panne de pompe à essence et chute jusqu’à la 41e place. Face à cette situation désespérée, Porsche prend une décision exceptionnelle : transférer Jacky Ickx dans la voiture encore en course.
Ce qui suit entre alors dans la légende du Mans. Dans des conditions effroyables, sous la pluie, dans le brouillard et au cœur de la nuit, Ickx enchaîne les relais à un rythme insensé. Il pousse la Porsche 936 à ses limites pendant des heures, multipliant les records du tour et remontant inexorablement le classement. Le Belge décrira plus tard cette nuit comme le moment où il a roulé le plus proche de ses propres limites. Il évoquera même une sensation de “grâce divine”, comme si tout devenait soudain parfaitement fluide malgré le danger permanent.
Son pilotage est si impressionnant qu’il permet à Porsche de revenir totalement dans la course alors que personne, dans l’équipe, ne croyait encore à la victoire. Ickx, lui, ne doute jamais vraiment. Il aligne les triples relais, maintient une concentration exceptionnelle pendant des heures et signe un tour incroyable en 3’36’’50, un chrono largement en avance sur les références de l’époque.
La victoire finale est elle aussi arrachée dans le drame. À moins d’une heure de l’arrivée, la Porsche subit une nouvelle casse mécanique et termine la course sur seulement cinq cylindres. Barth ramène alors la voiture au ralenti jusqu’au drapeau à damier. Porsche l’emporte finalement après l’une des plus grandes remontées de l’histoire de l’endurance. Pour Ickx, cette course restera toujours sa plus belle victoire au Mans.
Le Belge considère même parfois avoir remporté une “septième” victoire mancelle, même si elle ne figure pas officiellement à son palmarès. En 1991, il agit comme conseiller stratégique auprès de Mazda lors du triomphe historique de la 787B, première victoire d’un constructeur japonais aux 24 Heures du Mans. Cette année-là, la concurrence est pourtant féroce face aux Peugeot dirigées par Jean Todt, mais Mazda réussit l’exploit grâce à la fiabilité de son prototype à moteur rotatif et à une course parfaitement maîtrisée.
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