LIGIER JS2 – 1975
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À l’époque, les équipages étaient répartis ainsi : Chasseuil et Lafosse sur la première JS2 à moteur Cosworth, Pescarolo et Migault sur la seconde, tandis que Beltoise et Jarier pilotaient la version Maserati. Cette dernière n’aura tenu que quelques heures avant de finir dans le rail après un accrochage provoqué par une Ferrari. Première voiture éliminée…
Puis Chasseuil rentre au stand et m’annonce qu’il n’a plus de pression d’huile. Et c’est là que je fais probablement perdre les 24 Heures à Ligier. Sous la pression de la course, je raisonne mal. Il me dit qu’il n’a plus aucune pression depuis les Hunaudières. Pourtant, un Cosworth sans pression d’huile sur cette portion n’aurait jamais pu terminer la ligne droite. Mais dans le doute, je décide de faire remplacer le manomètre de pression d’huile… et on perd deux tours inutilement.
À ce moment-là, nous étions troisièmes derrière les deux Mirage. Malgré ces deux tours perdus, tout restait possible car nous avions encore nos deux voitures en course. Mais en début de nuit, la JS2 de Pescarolo et Migault est victime d’un gros accident. Si mes souvenirs sont bons, Migault était au volant. Devant lui, la De Cadenet perd entièrement son capot arrière avec l’aileron dans les Hunaudières. Comme notre voiture était juste derrière, l’avant de la JS2 est pulvérisé.
Guy Ligier tenait absolument à conserver le même principe de structure que sur la voiture de série. La JS2 routière était conçue en monobloc, et il voulait que la voiture de course reste fidèle à cette philosophie. Pourtant, j’avais déjà expliqué qu’un avant démontable serait bien plus simple à remplacer en cas de gros choc.
Mais nous étions restés sur cette solution monobloc. Résultat : l’avant étant totalement détruit, nous avons passé plus d’une heure vingt, peut-être une heure trente, à essayer de réparer la voiture. Nous avions bien un avant de rechange, mais il fallait réussir à le fixer sur une structure complètement dévastée.
On a fabriqué des pattes en aluminium pendant un temps interminable pour tenter de sauver l’auto. Finalement, nous avons préféré abandonner. C’était devenu trop dangereux. Ce qu’on venait de subir pouvait très bien arriver ensuite à un autre concurrent à cause d’une réparation approximative.
À partir de là, il ne nous restait plus qu’une seule voiture en piste.
On s’est alors demandé s’il fallait tenter d’aller chercher la Mirage de tête. Nous avions déjà dépassé l’une des deux, ce qui nous plaçait deuxièmes, entre les deux voitures du team Mirage. Finalement, nous avons choisi d’assurer cette deuxième place jusqu’à l’arrivée plutôt que de prendre des risques inutiles.
Ce qu’on ignorait complètement, c’est qu’eux aussi rencontraient de gros problèmes mécaniques.
Nous avons donc continué ainsi jusqu’au drapeau à damier, et nous terminons deuxièmes à seulement un tour. Quand on sait qu’on avait perdu deux tours bêtement auparavant, je considère encore aujourd’hui que cette victoire des 24 Heures nous a échappé à ce moment-là…
Mais le plus cruel arrive ensuite. Jacky Ickx et Derek Bell remportent la course, et Jacky vient voir Guy Ligier en lui lançant :
« Franchement, c’était sympa de nous laisser gagner ! Pourquoi vous n’avez pas essayé de nous attaquer ? Vous nous auriez passés sans difficulté. Il nous manquait deux rapports et on avait énormément de soucis. »
Autant dire que ce n’était pas exactement le genre de phrase que Guy avait envie d’entendre à cet instant…
Malgré tout, sur le podium, les vainqueurs ont tenu à faire monter Guy sur la plus haute marche. C’était une idée de Derek Bell.
De mon côté, je me disais que j’avais sûrement compromis mon avenir chez Ligier. Après une erreur pareille, je pensais sincèrement que l’histoire allait s’arrêter là.
Et pourtant, c’est exactement l’inverse qui s’est produit. C’est même à partir de ce moment-là qu’est née avec Guy une relation très particulière, une relation qui aura duré toute ma vie.
Le lundi ou le mardi suivant, il m’appelle et me demande :
« Il paraît que tu fais la gueule ? »
Je lui réponds que j’avais quand même de bonnes raisons.
Et lui me dit simplement :
« D’accord… mais avant de partir au Mans, si on t’avait proposé de signer pour une deuxième place à un tour du vainqueur, tu l’aurais prise, non ? »
Au final, cette édition 1975 restera la dernière course officielle de la JS2. Et elle aurait très bien pu offrir à Ligier une victoire historique au classement général des 24 Heures du Mans. Ce ne sera “que” une deuxième place. Avec le recul, c’était surtout un mélange de manque d’expérience et de volonté de bien faire. À ce moment-là, alors qu’il ne faisait même pas encore nuit, personne ne pouvait imaginer que ces deux tours perdus allaient décider du résultat final. Sur le moment, la prudence semblait logique… alors qu’en réalité, c’était une énorme erreur.
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