25 mai 2026

LIGIER LES JUPES

 LIGIER JS11 

MICHEL BEAUJON ET LES JUPES

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Tout est vraiment venu du travail effectué en soufflerie. On avait énormément travaillé sur l’aérodynamique. À cette époque, avec l’effet de sol, tout reposait sur une chose : réussir à obtenir l’étanchéité maximale sous la voiture afin de créer cet effet de succion qui plaquait littéralement l’auto au sol, comme une ventouse. Cette étanchéité était assurée par des jupes mobiles installées tout autour du dessous de la voiture.

Mais ce n’était pas simple du tout. Il fallait déjà comprendre parfaitement le principe, puis surtout trouver un moyen pour que cette étanchéité reste efficace même en pleine courbe. Sinon, la perte d’appui était immédiate. Et là, c’était extrêmement dangereux.

De notre côté, on avait installé les jupes dans des sortes de cassettes. Elles étaient guidées sur toute leur longueur par de minuscules roulements à aiguilles, d’environ huit dixièmes de diamètre, montés sur plusieurs rangées. Grâce à ça, les jupes coulissaient parfaitement. Le système fonctionnait remarquablement bien, mais sa mise au point demandait un travail énorme.

Les jupes restaient constamment en contact avec le sol. Verticalement, il y avait très peu de frottements grâce aux roulements à aiguilles, ce qui permettait qu’elles restent toujours plaquées contre la piste.

Quand on me demande comment elles descendaient, la réponse est simple : essentiellement grâce à leur propre poids. En plus, on avait ajouté des rubans élastiques pour renforcer l’appui au sol. D’ailleurs, au début, ceux qu’on utilisait n’étaient pas assez efficaces. Je me souviens avoir passé tout un après-midi à Buenos Aires, pendant la semaine du Grand Prix d’Argentine, à chercher les bons rubans élastiques afin de trouver enfin la bonne solution.

Les jupes étaient fabriquées en nida. À leur base, pour éviter que la jupe elle-même ne s’use directement sur l’asphalte, on avait fixé des patins en céramique. Ces barreaux de céramique étaient collés dans des tubes en aluminium montés sous la jupe.

Toute la difficulté consistait à trouver le bon compromis : obtenir l’étanchéité maximale, donc accepter le frottement avec le sol, mais sans détruire les éléments prématurément. Après beaucoup d’essais, on a fini par trouver une solution suffisamment fiable pour que la céramique tienne toute la durée d’un Grand Prix sans éclater.

Les jupes, ça a vraiment été une aventure incroyable. On y a passé des heures et des heures. Et surtout, c’était extrêmement dangereux. Si une jupe restait bloquée ouverte en pleine courbe, c’était pratiquement l’accident assuré. Les vitesses de passage en courbe étaient devenues folles avec l’effet de sol. Les pilotes encaissaient des forces latérales énormes. On était clairement arrivé aux limites physiques de l’être humain. Certains pilotes devaient même attacher leur casque au cockpit pour supporter les charges en virage.

Quand ces systèmes ont finalement été interdits, on était vraiment à l’extrême limite de ce qu’il était possible de faire.

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