titre Auto Hebdo N°1409
L 'affaire Michelin–Ferrari–FIA de 2003 est l'un des épisodes techniques les plus controversés de la Formule 1 moderne, même si elle n'a jamais débouché sur une disqualification ou une réécriture du championnat.
Le contexte
En 2003, la guerre des pneumatiques oppose :
- Michelin, fournisseur notamment de Williams F1, McLaren et Renault F1 Team ;
- Bridgestone, partenaire privilégié de Scuderia Ferrari.
Au cours de la saison, les équipes Michelin progressent fortement. Les performances de Juan Pablo Montoya, Kimi Räikkönen et des Renault deviennent une menace sérieuse pour Michael Schumacher.
Le cœur de la polémique
Ferrari estime que certains pneus Michelin dépassent la largeur maximale autorisée lorsque la voiture roule et que le pneu est en charge.
Le règlement technique imposait alors une largeur maximale de bande de roulement de 270 mm pour les pneus avant.
Le débat portait sur une question d'interprétation :
- fallait-il mesurer cette largeur uniquement sur un pneu neuf ?
- ou la limite devait-elle être respectée en permanence pendant l'utilisation en course ?
Ferrari soutenait que certains pneus Michelin devenaient effectivement plus larges en conditions réelles, procurant davantage de surface de contact avec la piste.
La position de Michelin
Michelin affirmait que ses pneus avaient été validés par les contrôles techniques de la FIA tout au long de la saison.
Les ingénieurs français soutenaient que leurs pneus respectaient le texte du règlement lors des vérifications officielles et que leur déformation en fonctionnement était un phénomène normal.
Ils soulignaient également que les pneus Bridgestone présentaient eux aussi des caractéristiques évolutives liées :
- à la température ;
- à la pression ;
- aux contraintes mécaniques ;
- au phénomène de croissance du pneu à haute vitesse.
L'intervention de la FIA
La FIA a finalement considéré que le règlement pouvait effectivement être interprété de plusieurs manières.
Plutôt que de sanctionner rétroactivement Michelin ou les équipes utilisatrices, elle a choisi de clarifier les règles pour les courses suivantes.
Michelin a introduit une évolution de ses pneumatiques afin d'éviter toute contestation supplémentaire.
Ferrari voulait-elle faire annuler des résultats ?
À l'époque, plusieurs déclarations venues de Ferrari et de son directeur sportif Jean Todt laissaient entendre que l'équipe examinait toutes les options réglementaires.
Cependant, aucune procédure n'a abouti à l'annulation de Grands Prix ni à une modification du classement du championnat.
Le titre pilotes 2003 est finalement remporté par Michael Schumacher lors du dernier Grand Prix de la saison, devant Kimi Räikkönen.
Avec le recul
De nombreux observateurs considèrent aujourd'hui que cette affaire était surtout l'expression de la guerre technologique entre Michelin et Bridgestone.
Comme dans d'autres périodes de la F1, les constructeurs exploitaient les zones grises du règlement :
L'affaire Michelin de 2003 n'a jamais été officiellement reconnue comme une tricherie. Elle a plutôt mis en évidence une ambiguïté réglementaire que la FIA a choisi de clarifier en cours de saison plutôt que de sanctionner rétroactivement.
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