GLAS F1, l’écurie mexicaine fantôme
Il existe en Formule 1 des histoires plus étranges que d’autres. Celle de GLAS en fait partie : un projet d’écurie mexicaine de Grand Prix, très sérieux sur le papier, mais qui n’atteindra jamais la grille de départ sous la forme annoncée. Son promoteur, Fernando González Luna Bueno, disparaît soudainement, laissant derrière lui une affaire aussi insolite que trouble.
Un projet né au Mexique
À la fin des années 1980, le sport automobile connaît un fort essor au Mexique. Des formules de promotion comme la Formule K Chrysler ou la Formule 2 attirent du monde, et plusieurs groupes industriels soutiennent des pilotes du pays pour les faire courir en Amérique du Nord et en Europe. C’est dans ce contexte qu’apparaît GLAS, pour Gonzalez Luna Associates.
L’idée est ambitieuse : créer une écurie mexicaine de Formule 1, avec un pilote mexicain et un fort soutien économique national, notamment de Pemex. Le projet se veut prestigieux et moderne, avec un budget annoncé autour de 20 millions de dollars
L’alliance avec Lamborghini
Le 15 septembre 1989, González Luna signe un accord avec Lamborghini Engineering. Le constructeur italien doit fournir une monoplace complète, baptisée Lambo 1, avec châssis conçu par Mario Tollentino, V12 Lamborghini, suspensions et boîte de vitesses développées sous la houlette de Mauro Forghieri.
Le premier pilote pressenti est Giovanni Aloi, un Mexicain déjà passé par l’endurance et la Formule 3000. Sur le papier, tout semble avancer normalement : les documents de presse circulent, les plans existent, et la voiture prend forme dans les ateliers italiens
Le virage vers le vide
Puis tout bascule. Alors que la voiture devait être dévoilée à l’occasion du Grand Prix du Mexique 1990, González Luna devient introuvable. La monoplace est même envoyée de Modène vers Paris pour être expédiée au Mexique, avant que le déplacement ne soit annulé au dernier moment. L’histoire commence alors à sentir sérieusement le soufre
Le plus étonnant est que, dans un premier temps, certaines factures continuent d’être réglées. Mais très vite, le compte se vide et le financier mexicain reste invisible. Lamborghini coupe alors les liens avec GLAS et récupère la voiture
La Lambo 1 devient italienne
Pour ne pas perdre tout le travail déjà effectué, Lamborghini cherche un repreneur. Le projet est finalement repris par Carlo Patrucco, qui transforme l’aventure mexicaine en structure italienne : Scuderia Modena SpA.
La voiture, devenue Lambo 291 dans sa version de course, connaîtra ensuite la vraie F1, mais sous une autre identité et dans un tout autre contexte. Le rêve mexicain, lui, aura disparu dans un brouillard de promesses, de contrats et de silence.
Une affaire jamais totalement éclaircie
Que s’est-il réellement passé avec Fernando González Luna Bueno ? On ne le sait toujours pas avec certitude. Était-il un investisseur insaisissable, un homme d’affaires dépassé par son propre projet, ou le personnage central d’une opération plus trouble ? L’histoire ne permet pas de trancher définitivement.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que GLAS reste l’un des projets les plus étranges de l’histoire de la Formule 1 : une écurie annoncée avec ambition, déjà presque construite, puis évaporée avant même d’exister réellement.
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