25 juil. 2026

CEVERT Mosport 1973


« Quand je me suis vu foncer vers les rails, j’étais persuadé que j’allais me tuer. À 150 km/h, de plein fouet. J’étais absolument certain d’y passer. J’ai vraiment eu très peur. Mourir ou bien perdre les deux jambes »

Tout le monde ici en parle encore : deux semaines plus tôt, au Grand Prix du Canada disputé sur le rapide et piégeux circuit de Mosport, François Cevert a été impliqué dans un accrochage spectaculaire avec Jody Scheckter. Forcément, les rumeurs ont enflé certains évoquant même une altercation musclée dans la foulée. Alors, que s’est-il réellement passé ?

Lorsqu’il pénètre dans le stand Tyrrell, Cevert est accueilli chaleureusement par les mécaniciens, visiblement soulagés de le voir debout.

« Alors François, comment vont tes pieds ? »
« Bien ! » répond-il avec un sourire, en sautillant sur le pied droit à la manière de Cassius Clay. « Regardez, je saute ! »
« Oui, mais tu sautes sur le droit… et le gauche ? »
« Le gauche, eh bien… disons qu’il proteste encore un peu. »
Un mécanicien glisse, pince-sans-rire : « Tant que ce n’est pas le pied du frein, ça reste gérable… »

Puis Cevert reprend, plus sérieux, pour rétablir les faits :

« Il n’y a jamais eu de bagarre. Rien de tout ça. Voilà ce qui s’est réellement passé. Après mon arrêt pour changer de pneus, je suis reparti derrière Scheckter. Une fois mes pneus en température ce qui, à Mosport, avec ses longues courbes rapides, arrive assez vite je suis revenu sur lui. Pendant trois tours, j’ai tenté de le dépasser. Il faisait quelques erreurs, mais il défendait sa position de façon très… énergique, disons. À chaque fois que je me montrais, il se décalait pour me fermer la porte.

Finalement, j’ai tenté une feinte. J’étais persuadé qu’il allait couvrir l’intérieur, alors je me suis engagé du côté qu’il laissait ouvert… exactement comme prévu. Je suis arrivé à sa hauteur par la gauche, mais dans un rapide gauche pris en quatrième — un endroit où les voitures sont en appui et très sensibles — il m’a tassé. Nos roues arrière se sont touchées. À ces vitesses, ça ne pardonne pas : la voiture s’est mise instantanément en travers, et je suis parti tout droit dans les rails. Le choc a été frontal. Là, j’ai vraiment eu peur. Sur le moment, je me suis vu très mal… et finalement, je m’en sors plutôt bien. »

Quant à la fameuse « bagarre », Cevert en sourit encore :

« Je suis simplement allé vers lui, j’ai tapé avec mon index sur son casque et je lui ai dit : “Tu n’as rien là-dedans, tu as la tête vide.” J’étais furieux… mais ça n’a duré que trente secondes. Après, mes pieds m’ont rappelé à l’ordre. »

Après cette mésaventure, Cevert s’est offert cinq jours de récupération aux Bermudes. Revenu détendu et en pleine forme, il affichait dans le stand Tyrrell une décontraction presque contagieuse au point que même Jackie Stewart, pourtant réputé pour son calme, semblait presque plus tendu que lui.

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